Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
15-09-1995  Rapport  
Les secours: un appui au développement
Annexe III de "Principes et intervention en matière d'assistance et de protection dans le cadre de l'action humanitaire internationale; XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge"

Préparé par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

En février 1995, la Fédération internationale, en collaboration avec la Croix-Rouge danoise, l'Office humanitaire de la Commission européenne (ECHO) et DANIDA, a entrepris d'examiner un certain nombre de récentes opérations de secours pour y reconnaître les éléments que devrait présenter un programme de secours qui aide au développement par son exécution.

Neuf éléments essentiels ont été ainsi reconnus. Ils sont maintenant insérés dans les programmes de formation de la Fédération et dans la méthodologie de ses interventions contre les catastrophes.

I. Tirer parti des capacités, tout en remédiant aux vulnérabilités. La nécessité de remédier aux vulnérabilités est jugée certes importante, mais des programmes de secours qui cherchent délibérément à utiliser les capacités, compétences, ressources et organisations des survivants seront plus efficaces que ceux qui voient en eux des bénéficiaires passifs et impuissants.

II. Reconnaître les besoins et capacités des divers groupes de survivants. Les programmes de secours qui aident au développement reconnaissent que les survivants se divisent en nombreux groupes dont diffèrent les capacités, vulnérabilités et besoins. Le programme de secours est conçu de façon à s'adresser à chacun de ces groupes divers avec leurs capacités et besoins propres.

III. Participation. Les programmes de secours qui aident au développement ont délibérément fait participer les survivants aux décisions prises pour leur permettre de reprendre en charge leur propre existence. Même dans des situations particulièrement difficiles, où des secours sont apportés à de nombreuses populations déplacées, on peut commencer en appelant leurs dirigeants à évaluer la situation et à identifier les ressources dont ils disposent pour l'affronter.

IV. Responsabilité. Dans les programmes de secours, les exécutants se sentent traditionnellement responsables envers leurs institutions et leurs donateurs, mais ils devraient également se tenir pour responsables envers les survivants d'une catastrophe. Au minimum, les renseignements sur l'aménagement, l'exécution et la durée prévue du programme de secours devraient être largement communiqués à ses bénéficiaires.

V. Des stratégies fondées sur la réalité de la catastrophe. Les programmes de secours concernent maints types différents de catastrophes: celles déclenchées par des événements naturels, celles qui se développent lentement sur de vastes étendues, celles causées par la guerre et l'effondrement économique. Les programmes de secours qui aident au développement adaptent leurs stratégies pour s'adapter aux caractéristiques de la catastrophe, au lieu d'assurer seulement des livraisons selon un modèle préétabli pour un seul genre de catastrophe.

VI. Contrôle décentralisé. Un programme de secours qui aide au développement confie des décisions à des responsables aussi proches que possible des bénéficiaires.

VII. Préoccupation du maintien des moyens d'existence. Les programmes de secours qui aident au développement se préoccupent autant de ce qui se passe après les secours que de leur mode d'exécution. Ils apportent une assistance qui complète, loin de les concurrencer, les moyens normaux d'existence des survivants.

VIII. Se fonder sur les institutions locales. Des programmes de secours imposés risquent de nuire aux institutions locales que souvent elles utilisent sans être renforcées et abandonnées à la fin de l'opération. Des programmes de secours qui aident au développement cherchent à travailler avec ces institutions locales et à tirer parti de leurs capacités pour poursuivre encore l'oeuvre humanitaire quand le besoin de secours a cessé.

IX. Installer des services valables et durables. Les programmes de secours déclenchent souvent l'instauration d'un réseau de services sociaux de santé, d'enseignement et d'adduction d'eau qui devront persister après la cessation des secours. Ils doivent donc être valables et fournis de telle façon qu'ils aient une bonne chance de durer ensuite.

S'affranchir des contraintes des systèmes existants
Dans l'intervalle des opérations de secours, les institutions et le personnel qui s'en charge conviennent tous qu'ils devraient trouver des moyens d'engager des programmes de secours de façon à mieux aider au développement, mais quand la crise éclate et que des décisions doivent être prises sur-le-champ avec un minimum d'informations, les responsables ne se risquent pas à utiliser d'autres modalités d'intervention que celles qui ont été dûment essayées et éprouvées.

Le système international d'aide compte maints agents, qui tous doivent participer au processus de changement si l'objectif final du système, à savoir la distribution de secours, doit changer. Vouée à trouver de meilleures façons de secourir, la Fédération internationale adresse les recommandations suivantes aux institutions exécutantes, aux donateurs et aux institutions de recherche.

Recommandations aux institutions exécutantes

1. Modifier l'organisation et la mentalité du personnel

Pour constituer les équipes de secours, il faudrait s'assurer qu'elles présentent des compétences suffisantes et les charger d'orienter les secours vers une aide au développement et l'utilisation maximale des capacités de la collectivité. Les programmes de formation du personnel doivent inclure les concepts d'aménagement des secours en vue du développement.

2. Normes de programmation

Pour apporter des secours qui aident au développement, les institutions doivent se fixer des normes humanitaires élevées et justifiées. Nous recommandons que, comme début, les institutions souscrivent à celles fixées par le Code de conduite pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et pour les organisations non gouvernementales lors des opérations de secours en cas de catastrophes.

3. Compétences spécialisées et coordination

Les grands programmes de secours attirent de nombreuses institutions extérieures. Pour améliorer l'efficacité et la qualité des services que nous fournissons, nous recommandons à ces institutions d'examiner d'un oeil critique leurs qualifications et de chercher à développer leurs compétences, spécialisées si nécessaire, au lieu de se cantonner dans les services de médiocre qualité.

En outre, nous recommandons aux institutions de reconnaître la nécessité d'un juste milieu entre leur droit à une action indépendante et la valeur humanitaire que les actions de coordination peuvent apporter. Elles devraient être disposées à toute coordination qui bonifie le programme.

4. Modifier la composition des budgets

Nous recommandons aux institutions de donner à leurs plans d'action et aux budgets correspondants la souplesse nécessaire pour aborder des perspectives à plus long terme, en se fondant sur les capacités locales, tout en remédiant aux vulnérabilités. Il faut pour cela modifier les pratiques budgétaires actuelles.

5. Soutenir la population et les organisations locales

Nous recommandons aux institutions de chercher à renforcer les capacités locales en employant du personnel local, en achetant des matériaux sur place et en commerçant avec les entreprises locales. Chaque fois que possible, elles devraient travailler avec les organisations humanitaires locales en les associant à l'aménagement et à l'exécution et coopérer avec les pouvoirs publics locaux.

6. Etablir des programmes en vue d'assurer leur durée, la prévention des catastrophes et la préparation

Les institutions devraient chercher à assurer des moyens d'existence autant que la survie. Les programmes de secours ne doivent pas nuire aux moyens mis en oeuvre par la population assistée pour lui permettre de se suffire à elle-même. Nous recommandons que tout programme de secours traite la question de cette autosuffisance et de la préparation aux catastrophes.

7. Concordance des actions, politiques et messages

Nous recommandons aux institutions d'examiner leurs politiques actuelles d'intervention contre les catastrophes et de les adapter de façon que les secours aident au développement. En outre, ces institutions devraient veiller à accorder dans cet esprit leurs documents de publicité et de propagande et faire pression sur leurs organisations homologues dans les gouvernements et la communauté internationale pour qu'elles conçoivent aussi les secours dans un esprit de développement.

8. Examen des programmes

Maints programmes de secours se poursuivent de manière identique d'année en année. Nous recommandons aux institutions de les réexaminer chaque année pour y apporter des changements qui progressivement utilisent de plus en plus les cadres locaux ainsi que les qualifications et capacités.

9. Partager l'expérience avec les donateurs et les médias

Les institutions doivent mieux communiquer aux donateurs les succès obtenus et les échecs éprouvés et entamer avec eux un dialogue sur les changements de politique nécessaires. De même, elles doivent travailler plus efficacement avec les médias à faire comprendre ces questions et à dissiper des stéréotypes tels que celui de l'impuissance des sinistrés.

Recommandations aux donateurs

10. Lier les programmes de secours et de développement

Actuellement, la structure organique et les mécanismes de financement de maintes institutions donatrices reposent encore sur à l'idée d'une dichotomie entre secours et développement. Nous recommandons à ces institutions de chercher les moyens de promouvoir un dialogue entre leurs divisions qui s'occupent respectivement de secours et de développement, ainsi que de prévoir des crédits au développement dans leurs programmes de secours.

11. Responsabilité et mesure de la qualité des programmes de secours

Mesurer la qualité de programmes de secours qui aident au développement exige un jeu de paramètres avec les qualifications correspondantes et diffère de l'évaluation d'une simple livraison de secours. Nous recommandons aux institutions donatrices d'étudier de nouveaux moyens d'évaluer, avec rapports à l'appui, les programmes de secours qui présentent les caractéristiques d'une aide au développement.

12. Soutien aux activités locales de secours et préparation aux catastrophes

Agir par l'intermédiaire des organismes locaux, et mettre en valeur et les soutenir est essentiel pour orienter les secours vers le développement. Nous recommandons aux institutions donatrices de reconnaître comme légitime l'octroi de crédits au renforcement des institutions locales, au titre des programmes de préparation aux catastrophes et de secours.

13. Soutenir les réexamens des programmes

Promouvoir de nouveaux modes d'action exige un apprentissage plus poussé. Nous recommandons aux institutions donatrices de seconder les examens portant sur les programmes nationaux et internationaux de secours en vue de promouvoir des secours qui aident au développement.

Recommandations aux organes de recherche

14. Elaboration de méthodes pratiques d'analyse de capacités et de vulnérabilités en cas de catastrophes

Des secours qui aident au développement mettent davantage en relief la compréhension des capacités et vulnérabilités locales que les secours destinés à assister les nécessiteux, quoiqu'il existe peu de méthodes d'une telle compréhension. Nous recommandons aux organes de recherche d'élaborer donc des méthodes d'analyse des capacités et vulnérabilités qui conviennent à la fourniture de secours, en s'inspirant de l'expérience acquise.

15. Elaboration de méthodes pour évaluer la qualité des secours fournis

Mesurer et évaluer la qualité des programmes de secours qui aident au développement exigent un jeu de paramètres et qualifications connexes  autre que ceux utilisés pour évaluer la simple fourniture de secours. Peu de méthodologies ont été élaborées pour permettre de procéder à de telles évaluations. Nous recommandons aux organes de recherche d'en établir, en puisant dans l'expérience acquise et en étroite coopération avec les organes d'exécution et les institutions donatrices.

16. Instauration de systèmes pour rendre compte des secours

Présentement, les responsables des secours en rendent compte surtout par la présentation de rapports financiers assortis d'un exposé de leurs activités. Nous recommandons aux organes de recherche d'aider à élaborer des systèmes d'information plus holistiques, qui renseignent non seulement sur les quantités fournies, mais aussi sur les caractéristiques des programmes de secours, à savoir le renforcement des capacités, la participation et la responsabilité envers les survivants.

17. Evaluation des effets des secours internationaux sur les institutions locales

Maints organes d'exécution se préoccupent du fâcheux effet que les grands programmes de secours exercent sur les institutions locales, bien qu'il n'y ait guère de documentation et de recherche systématiques à ce sujet. Nous recommandons de charger des organes compétents de procéder à de telles recherches.

18. Vulgariser les résultats des recherches

Des recherches même bien conduites ne sont efficaces que si elles parviennent jusqu'aux exécutants. Nous recommandons que les résultats des recherches précitées soient vulgarisés par des publications, des réunions et d'autres méthodes visant les organes d'exécution et les institutions donatrices.

Partager :
Autres documents dans cette section :
Focus > Mouvement CR > Conférence internationale > 26e Conférence 

Vers le haut
Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
© 2008  Comité international de la Croix-Rouge
15-09-1995