3. ACTIVITES DU CICIR, SE LA FEDERATION INTERNATIONALE ET DES SOCIETES NATIONALES DE LA CROIX-ROUGE OU DU CROISSANT-ROUGE
Dans les situations de conflit armé, les stations produisant de l'énergie sont souvent mises hors d'état de fonctionner. Cela entraîne la paralysie du système de distribution d'eau, mais aussi de l'évacuation des eaux usées, ce qui augmente les risques d'épidémies. Lorsque les stations de pompage sont prises pour cibles, non seulement la population civile se trouve privée d'un bien indispensable, mais encore faut-il réparer les installations. Ces réparations sont longues et coûteuses.
Les conséquences de l'utilisation de l'eau comme moyen de guerre sont graves sur le plan humanitaire. Aussi le CICR s'efforce-t-il d'assurer la protection des biens indispensables à la survie de la population civile. Il s'emploie à préserver sa santé en période de conflit armé. A cet effet, il emploie des ingénieurs et des spécialistes de santé publique, dont les tâches principales consistent, d'une part, à réparer les installations endommagées et les égouts et, d'autre part, à assurer dans les situations d'extrême urgence des distributions d'eau et le rétablissement des installations d'hygiène publique, afin de garantir la survie de la population et de la protéger contre les épidémies. Les conditions d'accès à l'eau sont toujours difficiles, même après la fin des hostilités, et le CICR doit en général prolonger son intervention en fonction des besoins urgents.
Les Sociétés nationales, souvent déjà engagées avant l'éclatement d'un conflit dans le domaine de la santé publique, poursuivent leurs activités dans ce domaine et peuvent apporter un appui précieux au CICR pendant les hostilités. Plusieurs d'entre elles disposent d'un personnel qualifié capable d'effectuer des travaux de réparation des systèmes d'approvisionnement. Pour le moment, le nombre de personnes requises n'est pas suffisant pour faire face au volume de la demande et des problèmes rencontrés. Les Sociétés nationales contribuent aussi à résoudre les problèmes d'urgence dans le domaine de la distribution de l'eau, ressource vitale, et à en assurer l'approvisionnement au-delà de l'urgence. En effet, sans eau potable la santé publique est condamnée à la paralysie; et sans santé publique, le meilleur programme de soins de santé primaires sera voué à l'échec.
La protection de l'eau, en tant que source indispensable en tout temps et en tout lieu, ne saurait être assurée par un seul organisme. Elle exige les efforts de tous, et plus particulièrement l'action concertée de l'ensemble des composantes du Mouvement.
Les Sociétés nationales, appuyées par leur Fédération internationale, ont un grand rôle à jouer pour développer les résultats obtenus dans le domaine des soins de santé primaires et préserver les acquis du développement. Dans les situations où de nombreuses personnes sont déplacées ou réfugiées, la Fédération et les Sociétés nationales jouent un rôle important pour faire en sorte que ces personnes aient un accès adéquat à l'eau. En plus des activités en situation d'urgence, il y a lieu d'entreprendre une action préventive pour que des situations de pénurie n'aboutissent pas à des épidémies généralisées, ou même à des troubles, voire des conflits.
4. RECOMMANDATIONS
Par sa nature et ses buts, le droit humanitaire ne saurait s'appliquer à l'ensemble de la matière hydraulique, régie en principe par des instruments nationaux et internationaux initialement prévus pour le temps de paix. En droit humanitaire, la protection des personnes appelle la protection des biens, et toutes les règles brièvement rappelées visent l'intérêt humanitaire des personnes protégées avant tout. Le champ d'application pourrait paraître réduit, mais le plein respect des dispositions pertinentes est la condition essentielle de la protection des biens indispensables à la survie de la population civile. L'eau est le premier de ces biens et les ressources et installations hydrauliques destinées à l'usage civil doivent être maintenues à l'écart des opérations militaires. Sinon, ce sont des populations entières qui en souffriront.
Pour que lesdites dispositions produisent leurs effets et servent les buts humanitaires pour lesquelles elles sont prévues, les parties contractantes, et les belligérants en particulier, doivent s'acquitter de leurs obligations. Parmi elles, précisément, figure l'accès de la population aux biens indispensables. Cet accès ne doit pas être entravé et ceux qui ont pour tâche de réparer et de faire fonctionner les systèmes et les installations hydrauliques de caractère civil doivent être protégés. Les parties contractantes contribueront à une meilleure application du droit humanitaire, par les mesures préventives entreprises dès le temps de paix, telles que la diffusion des règles applicables et l'instruction des forces armées. Sur un autre plan, la coordination et la coopération entre les organismes chargés de réparer les systèmes d'approvisionnement en eau sont nécessaires pour limiter les dommages causés par les conflits armés.
Face aux nombreuses difficultés déjà évoquées, les activités menées par les composantes du Mouvement, séparément ou en commun, sont loin d'être exclusives. En effet, la coopération doit s'étendre également aux milieux spécialisés extérieurs, afin de préparer des programmes d'action appropriés aux différentes situations, et de rechercher des solutions communes, le cas échéant. Cela ne saurait être atteint sans une action continue d'information, de concertation et de coordination dont dépend, dans bien des situations, la survie des populations civiles.