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30-09-2000  Revue internationale de la Croix-Rouge No. 839, p. 663-671 par Tigran S. Drambyan
Des pages méconnues de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale : les prisonniers de guerre soviétiques en Finlande entre 1941 et 1944

Tigran S. Drambyan, docteur en histoire et professeur, est historien à Moscou. Pendant la Seconde Guerre mondiale l’auteur a été officier dans l’armée rouge.

Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. G. Santayana

Abstract in English


Au cours des décennies écoulées, un grand nombre d’ouvrages, d’articles, de mémoires et d’autres publications russes ont été consacrés au problème des prisonniers de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, toutes ces publications – dont l’intérêt scientifique et le contenu informatif pour le lecteur sont indubitables – ont en commun une particularité flagrante : leurs auteurs évitent systématiquement d’évoquer la situation des prisonniers de guerre soviétiques en Finlande, leur utilisation comme main-d’œuvre dans l’économie finlandaise et, surtout, l’activité humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge à Genève et de la Croix-Rouge finlandaise. Grâce à cette action, plus de 40 000 prisonniers soviétiques détenus dans les camps finlandais ont pu, de juin 1942 à octobre 1944, recevoir régulièrement de l’assistance sous forme de colis Croix-Rouge.

Nous nous sommes fixé pour tâche de combler cette lacune de l’historiographie russe et, grâce à une abondante documentation, de décrire de manière sereine et objective, l’histoire et les particularités du séjour des prisonniers de guerre soviétiques en Finlande entre 1941 et 1944.

Les documents utilisés pour ces recherches proviennent des archives des ministères finlandais de la défense et de la santé, et des archives de la Croix-Rouge finlandaise. Nous avons aussi utilisé les informations contenues dans les travaux des historiens finlandais Eino Pietola et Aare Sallinen, ainsi que dans le livre de Nikolaï Dyakov, écrivain moscovite qui fut détenu dans un camp de prisonniers de guerre en Finlande. Ce livre, paru en 1990, est intitulé Pod tchoujim nebom (Sous un ciel étranger). Nous avons également consulté l’ouvrage de André Durand, Histoire du Comité international de la Croix-Rouge. De Sarajevo à Hiroshima (Genève, 1978).

L’Union soviétique et les Conventions de Genève

Rappelons d’abord qu’au début de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique n’était pas liée par la Convention de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. Le gouvernement soviétique n’avait ratifié que la Convention de 1929 pour l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées en campagne, ce qui fut notifié au dépositaire par une déclaration spéciale du commissaire du peuple de l’URSS chargé des affaires étrangères, M. Litvinov, le 25 août 1931. Le CICR s’est efforcé à plus d’une reprise de persuader l’Union soviétique d’apposer sa signature au bas de la Convention de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. L’une de ces tentatives a été entreprise par le CICR au début des hostilités entre l’URSS et la Finlande, le 4 décembre 1939. Le CICR proposa alors ses services aux belligérants et envoya son représentant en Finlande. Les autorités finlandaises l’autorisèrent même, à titre exceptionnel, à visiter un camp de transit pour prisonniers de guerre soviétiques en Finlande, tandis que la Croix-Rouge finlandaise soumettait à Genève une liste de soldats et de commandants de l’armée rouge faits prisonniers au cours des opérations militaires.

Après la fin des hostilités, en hiver 1939/1940, tous les prisonniers de guerre (environ 5000) ont été rapatriés par la Finlande en mars 1940. Il ressort de certains documents d’archives du Commissariat du peuple aux affaires intérieures (NKVD) de l’URSS – longtemps tenus secrets, mais désormais accessibles – que les prisonniers libérés furent immédiatement internés dans le camp de prisonniers du NKVD à Youja (région de Ivanovo), puis fusillés en août 1940. Par ailleurs, au 24 juin 1940, le camp du NKVD à Sestroretsk hébergeait 18 prisonniers de guerre finlandais qui avaient refusé de retourner en Finlande [1].

Les prisonniers de guerre soviétique de 1941 aux mains des Finlandais

Selon les donnés officielles de la Direction des affaires des prisonniers de guerre auprès de l’état-major du commandant en chef des forces armées finlandaises, 64 188 soldats et officiers de l’armée rouge furent faits prisonniers entre juin et septembre 1941 [2]. Nombre d’entre eux étaient blessés. Les prisonniers de guerre soviétiques étaient répartis dans 23 camps à travers la Finlande.

En septembre 1941, l’armée rouge stoppait l’attaque des forces germano-finlandaises dans l’Isthme de Carélie, après avoir déjoué leur tentative de prendre le port de Soroka et d’avancer jusqu’à Mourmansk, où parvenaient les livraisons de matériel et d’équipement envoyées en crédit-bail par les alliés de la coalition anti-hitlérienne. D’octobre 1941 jusqu’au 9 juin 1944, il n’y eut pas sur ce front d’hostilités actives ; la situation s’était stabilisée, et de part et d’autre on passa à une guerre de positions. Or, c’est précisément au cours des quatre premiers mois d’affrontements militaires dans l’Isthme de Carélie que furent pris la grande majorité des prisonniers de guerre. Ainsi, dès août 1941, on comptait 17 215 soldats et commandants soviétiques aux mains des Finlandais, tandis que, le 9 septembre 1941, lorsque l’ offensive des forces finlandaises et allemandes fut arrêtée, les camps de Finlande comptaient déjà plus de 60 000 militaires de l’armée rouge.

Ces premiers mois de guerre se caractérisent par une mortalité très élevée parmi les captifs : entre le 10 juin 1941 et février 1942, on compte 14 282 décès dans les camps finlandais, tandis que, pour toute la période de la guerre, entre 1941 et 1944, le nombre des morts atteint 18 700. L’Institut d’études militaires et la Croix-Rouge finlandaise expliquent cette mortalité très élevée parmi les prisonniers de guerre soviétiques par une alimentation insuffisante, par le caractère épuisant du travail et par les maladies. Autant de phénomènes, dont l’action conjuguée a sans aucun doute accru la vulnérabilité des prisonniers.

L’administration des camps pour prisonniers de guerre soviétiques en Finlande, suivant les instructions de la Croix-Rouge finlandaise, exemptait les captifs malades du travail. Ceux-ci étaient placés dans des lazarets où ils recevaient les soins médicaux indispensables, dispensés par le personnel médical finlandais, mais aussi par des médecins, eux-mêmes prisonniers de guerre. Parmi eux, on comptait un certain nombre de médecins hautement qualifiés de Leningrad et de Moscou. Pour le personnel médical finlandais et soviétique des lazarets des camps de prisonniers, le serment d’Hippocrate était sacré.

La mortalité demeura élevée parmi les captifs soviétiques jusqu’au printemps 1942. C’est alors que le maréchal Carl Gustaf Emil Mannerheim, commandant en chef des forces armées finlandaises, après avoir pris connaissance du rapport de la commission de la Croix-Rouge finlandaise sur la situation déplorable des prisonniers dans les camps, retira la responsabilité de la direction et de la protection des camps à l’état-major des unités de l’arrière. Il la confia alors à une instance nouvellement créée, la “ Direction des questions relatives aux prisonniers de guerre ”, qui dépendait de l’état-major du commandant en chef des forces armées finlandaises. Il fixa à cette structure la tâche d’améliorer radicalement la situation des prisonniers dans les camps et de veiller à ce qu’ils soient traités de manière plus humaine.

À la même époque, le 1er mars 1942, le maréchal Mannerheim, en sa qualité de président de la Croix-Rouge finlandaise, signalait au CICR que la Croix-Rouge finlandaise était disposée à accepter une aide alimentaire et autre pour les prisonniers de guerre soviétiques en Finlande. Voici un extrait de la lettre du maréchal Mannerheim [3] :

“ Nous sommes désireux de respecter les exigences édictées par les traités internationaux et les lois humanitaires dans le traitement de nos prisonniers de guerre, mais nous nous trouvons devant une crise, dont il nous est impossible de venir à bout par nos propres moyens. La situation critique de notre pays pour ce qui est dû au ravitaillement ne nous permet pas d’améliorer ni la quantité ni la qualité de la nourriture des prisonniers. Nous ne sommes même pas en mesure de garantir que le niveau d’aujourd’hui pourra à la longue être maintenu. Toute augmentation des rations des prisonniers devrait s’effectuer au détriment de notre population civile.

” En portant une telle situation à la connaissance du Comité international de la Croix-Rouge, nous espérons qu’il voudra bien s’intéresser au sort de nos prisonniers et qu’il trouvera le moyen de leur venir en aide. Le besoin le plus urgent que nous éprouvons pour le moment consiste en vivres et médicaments. Pour notre part, nous serions très heureux de recevoir un délégué du Comité à la disposition duquel nous donnerions toutes les facilités de contrôler que les envois destinés aux prisonniers de guerre sont entièrement et exclusivement mis à l’usage des prisonniers de guerre soviétiques en Finlande. ”

La réponse à cette lettre ne se fit guère attendre : le CICR s’adressa à de nombreuses Sociétés de la Croix-Rouge, en leur demandant d’apporter une aide humanitaire à la Croix-Rouge finlandaise, afin de lui permettre d’apporter une assistance concrète aux prisonniers de guerre soviétiques sur son sol. Cet appel suscita une réponse des Croix-Rouges américaine, argentine, canadienne, suédoise et suisse.

Grâce aux mesures prises par le CICR, 500 tonnes de vivres ont été distribuées dans les camps de prisonniers de guerre soviétiques en Finlande entre juin 1942 et octobre 1944. Chaque colis contenait du lait en poudre, des conserves de viande, du sucre, d’autres produits alimentaires et des cigarettes. En outre, les captifs reçurent 500 000 cachets de vitamines et des médicaments.

Une comparaison de la situation des prisonniers de guerre soviétiques dans les camps finlandais avec celle de leurs homologues dans les camps allemands témoigne sans ambiguïté, du sort relativement enviable des premiers. Qu’on en juge : dans les camps finlandais, les prisonniers de guerre n’étaient pas contraints par la force de travailler. L’administration des camps définissait deux normes différentes pour les rations quotidiennes, selon que le prisonnier travaillait ou non. Relevons, par ailleurs, que la ration quotidienne des prisonniers de guerre qui travaillaient ne se distinguait pas beaucoup de celle du soldat finlandais.

En outre, le travail des prisonniers de guerre employés dans l’économie était rémunéré selon des tarifs fixés par les autorités. Les prisonniers employés dans l’agriculture étaient payés 50 marks finlandais par jour par le fermier qui les employait. Dans l’industrie, la rémunération journalière versée par l’employeur atteignait 60 marks. Les archives de l’ancien état-major général des unités de l’arrière, qui administrait les camps de prisonniers pendant la première année de guerre, permettent de constater que les prisonniers de guerre effectuaient essentiellement des travaux tels que l’assèchement de marais, l’exploitation de la tourbe, la pose de rails de chemin de fer, les travaux des champs et les opérations de chargement dans le port de Vaasa.

L’armistice entre la Finlande et l’URSS a été ratifié par le Parlement le 19 septembre 1944. Trois semaines plus tard, le rapatriement des prisonniers de guerre soviétiques en Finlande commençait : le premier groupe comptait 1078 personnes. Relevons, cependant, que l’on ignore toujours quel a été le sort de 44 453 prisonniers de guerre soviétiques, dont la liste avait été remise par la Croix-Rouge finlandaise à la partie soviétique avant leur rapatriement.

Comme il a été possible de l’établir grâce aux documents de la Commission soviétique de contrôle qui surveillait le respect, par la partie finlandaise, des conditions de l’armistice et le rapatriement en URSS des prisonniers de guerre soviétiques qu’elle détenait, le désir de retrouver la patrie n’habitait pas tous ces prisonniers, et de loin. Dès les premiers jours du rapatriement, plus de 100 prisonniers de guerre choisirent de rester en Finlande ou de gagner la Suède. Mais on ignore toujours quel fut leur sort. Parmi ceux qui ne regagnèrent pas l’URSS, il faut aussi compter les enrôlés volontaires dans l’armée finlandaise. On comptait parmi eux plus de 2000 allemands de la Volga et des personnes originaires des républiques du Caucase.

Dans ce contexte, il n’est pas sans intérêt de rappeler que 2475 prisonniers de guerre finlandais ont été détenus par l’Union soviétique pendant les années de guerre (entre 1941 et 1945). Sur ce nombre, 404 moururent en détention. Ils furent 1931 à retourner par groupes en Finlande. Enfin, 20 prisonniers de guerre finlandais refusèrent de regagner leur pays, choisissant de demeurer en Union soviétique et acquérant la citoyenneté de ce pays [4].

Témoignages de prisonniers de guerre

Outre les archives de l’état-major général des unités de l’arrière, dont le chef transmettait régulièrement à la Croix-Rouge finlandaise des informations sur la situation dans les camps de prisonniers de guerre, on trouve des pièces importantes dans les travaux de chercheurs finlandais. Eino Pietola [5] et Aare Sallinen [6], par exemple, ont étudié le problème des prisonniers de guerre en Finlande. L’ancien prisonnier de guerre soviétique en Finlande, Nikolaï Dyakov [7], a écrit ses mémoires à ce sujet.

Dyakov se rappelle : “ Dès les premiers jours de ma captivité, je constatai l’existence de deux Finlandes : d’une part, celle de Risto Ryti, de Väinö Tanner et du mouvement de Lapua, qui faisait cause commune avec Hitler, et, d’autre part, une grande Finlande, celle que l’on ne peut désigner que par le nom authentiquement finnois de Suomi , ce mot tendre et musical, celle qui vénère et adore son dieu : le travail, la Finlande des ouvriers et des paysans. Les habitants de cette Finlande laborieuse surent toujours rester et restent toujours des hommes dignes, au sens le plus noble du terme. ” [8]

On trouve quelques témoignages de prisonniers de guerre après leur retour en URSS dans un article passionnant et très complet du chercheur finlandais Aare Saallinen, “ Les prisonniers du camp finlandais no 11 ” [9]. Toutefois, sur ce camp no 11, situé à Valkeakoski, aucun document ni aucun témoignage n’existe concernant le sort de ses pensionnaires, qui travaillaient dans une usine de papier pour remplir des commandes de guerre de l’Allemagne. Le camp no 11 semble avoir gardé son secret. Or, Aare Sallinen est parvenu, au terme de longues recherches dans les archives du ministère de la Santé et de la Croix-Rouge finlandaise, à trouver des témoignages de prisonniers de guerre soviétiques détenus à Valkeakoski. Il a ainsi publié les noms de 105 prisonniers du camp no 11, ainsi que ceux de quinze autres prisonniers qui furent remis par les autorités finlandaises aux Allemands. L’auteur a poursuivi ses recherches, afin de déterminer quel avait été le sort des prisonniers du camp no 11 après leur retour dans leur patrie.

Voici ce qu’il écrit : “ En 1980, P. F. Nikoutev, l’un des anciens prisonniers de guerre que les Finlandais avaient restitué à la partie soviétique après la fin de la guerre, raconta qu’après avoir été remis aux Soviétiques et avoir subi une rapide vérification, les prisonniers libérés ont été embarqués à Belomorsk sur deux vieux bateaux à vapeur. Le premier explosa après avoir parcouru tout juste un kilomètre. Aucune tentative de sauvetage ne fut entreprise. Le deuxième bateau parvint à bon port. Nikoutev fut jugé et condamné à dix ans de réclusion ; on l’envoya travailler à Komi. Ayant appris ces faits, je me suis alors demandé : tous les rapatriés sont-ils rentrés chez eux ? (…)

” Le jours de l’inauguration du monument à la mémoire des 27 prisonniers de guerre soviétiques du camp no 11 à Valkeakoski, aucun des proches de ces disparus ne vint se recueillir sur leurs tombes. Le monument fut inauguré en présence de l’attaché militaire de l’ambassade soviétique en Finlande, le général Konstantinov, et son adjoint, le colonel Moudrik, venus de Helsinki. Je leur transmis les informations concernant les prisonniers de guerre enterrés dans le cimetière. Ils me remercièrent, mais je ne reçus jamais aucune réponse de leur part. Je m’adressai par la suite à la société Finlande-URSS, sans que mes démarches suscitent davantage d’intérêt. (…)

” Certes, je comprends que l’on n’a pas fait le meilleur accueil aux prisonniers de guerre à leur retour, et je sais que cet opprobre est retombé sur leurs familles, qui furent privées de toute assistance sociale. Pourtant, les prisonniers ne sont pas coupables ; la faute en revient à des événements dont ils n’étaient pas les instigateurs (…)

” Pour moi, ce sont des personnes, certes éloignées, mais dont j’ai appris à connaître, pour beaucoup d’entre eux, les personnalités et les noms. J’aimerais recevoir des informations de leur part ou à leur sujet. Je voudrais être utile à l’un ou l’autre d’entre eux. ” [10]

Ce sont là les paroles d’un simple travailleur finlandais, ancien combattant, mû exclusivement par le désir généreux d’éclaircir le sort des anciens prisonniers du camp no 11 de Valkeakoski, d’établir un contact avec eux et d’essayer, dans la mesure du possible, de leur apporter une aide.

Notes

1. Voenno-istoritchesky Journal, no 6,1990, p. 53. Voir aussi V.B. Konassov, V.M. Podolsky et A.V. Terechtchouk, Neizvestnye stranitsy istorii, Moscou, 1992, p. 6.

2. Toutes les données concernant le nombre de prisonniers de guerre soviétiques en Finlande entre 1941 et 1944 sont tirées de l’article de Eino Pietola, “ Voennoplennye v Finlyandii. 1941-1944 gg. ”, publié dans la revue Sever (Petrozavodsk), no 12, 1990, pp. 91-132.

3. A. Durand, Histoire du Comité international de la Croix-Rouge — De Sarajevo à Hiroshima, Institut Henry-Dunant, Genève, 1978, p. 443 et suiv.

4. V.P. Galitsky, Finskie voennoplennye v lageryakh NKVD (1939-1953 gg.), monographie, Moscou, 1997, pp. 67, 140 et 141.

5. Supra note 2.

6. A. Sallinen/P. Leontev, “ Ouzniki finskogo lagerya no 11 ”, Sever, 1990, pp. 110-117.

7. N.F. Dyakov, “ Pod tchoujim nebom. Zapiski o finskom plene. 1941-1944 gg. ”, Sever, 1991, no 3, pp. 95-123, no 4, pp. 103-140, no 5, pp. 106-127.

8. Ibid.

9. Op. cit. (note 6).

10. Ibid., p. 115 et suiv.

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