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15-06-2004    
Le CICR en première ligne dans la lutte pour un traitement humain des personnes privées de liberté
La politique du CICR de ne pas publier les rapports sur ses visites aux personnes privées de liberté en situation de conflit armé et de troubles internes a récemment fait l’objet d’un long débat. Cependant, la porte-parole de l’institution, Antonella Notari, défend le bien-fondé de cette démarche.

Être un délégué du CICR qui visite des personnes privées de liberté pour des raisons liées à un conflit armé ou à des troubles internes est une responsabilité peu enviable. Lors des entretiens privés, il entend parfois des témoignages de violations graves du droit international humanitaire telles que la torture ou la violence arbitraire, qui vont susciter en lui un désir irrésistible de parler, de dénoncer publiquement les auteurs de ces abus dans l’espoir d’y mettre fin au plus vite. Cette attitude satisferait un désir très naturel et compréhensible mais ne serait pas nécessairement la plus bénéfique pour les personnes privées de liberté. En outre, les délégués comprennent qu’il est fondamental de maintenir leur présence dans les endroits où se trouvent les détenus.

Cette présence régulière du CICR dans les lieux de détention lui donne la possibilité de mener son action de protection et d’assistance et d’agir en qualité d’intermédiaire neutre entre autorités détentrices et détenus, afin d’améliorer le traitement si nécessaire et de maintenir les liens entre les personnes privées de liberté et leur famille. Néanmoins, ce travail discret, hors de la vue du public, ne doit jamais être assimilé à la docilité ou à la collusion. Dans le monde entier, le CICR intervient énergiquement auprès des autorités détentrices quand les détenus vivent dans des conditions qui n’atteignent pas le niveau requis par la législation pertinente. Si le CICR s’abstient de dénoncer publiquement les violations du droit international humanitaire, il n’agit ni par peur ni par négligence, mais parce que son expérience de 140 ans démontre que ses méthodes, fondées sur la persuasion, le dialogue et la diplomatie humanitaire, sont appropriées. Bon nombre d’anciens détenus qui ont été visités par des délégués ont témoigné des améliorations que le CICR est à même de négocier.

L’attention particulière prêtée par le CICR au contact direct avec les parties au conflit pour garantir l’accès aux détenus est aussi une conséquence de sa mission humanitaire unique de protéger la vie et la dignité des personnes touchées par la guerre et les conflits armés. Les conflits armés font souvent naître les pires des sentiments humains et, par conséquent, les personnes privées de liberté sont parfois extrêmement vulnérables. Ce phénomène a été reconnu par les plus de 190 États parties aux Conventions de Genève ainsi que par de nombreuses autres entités. Largement respecté en sa qualité de gardien impartial du droit international humanitaire, le CICR a l’autorisation de contrôler la situation de milliers de lieux de détention dans le monde entier, où aucune autre organisation ne peut se rendre.

Cela ne signifie pas que le CICR est en mesure d’éradiquer toute violation du droit international humanitaire dans tous les endroits où il est présent. Cependant, les dénonciations publiques ont aussi leurs propres limites. Dans de nombreuses régions où le CICR mène son action, la population ne s’intéresse absolument pas aux détenus et des déclarations publiques peuvent passer inaperçues. Dans d’autres situations, beaucoup d’organisations internationales respectées utilisent la pression du public pour améliorer les choses, mais s’ils n’y parviennent pas, le CICR essaiera encore d’être présent comme dernière ligne de défense. La plus grande peur de tout délégué du CICR est de perdre le contact, surtout quant les abus sont manifestes.

Néanmoins, la confidentialité n’est pas inconditionnelle. En dernier recours, le CICR se réserve le droit de dénoncer publiquement les violations du droit international humanitaire dans les circonstances suivantes : si les violations sont graves et répétées, si les démarches entreprises par le CICR n’ont pas réussi à les faire cesser, si la dénonciation publique est la mesure la plus bénéfique pour les personnes privées de liberté et si les délégués ont été témoins directs des violations ou si l’authenticité et l’ampleur de celles-ci ont été documentées de façon vérifiable et digne de confiance. Même si ce dernier recours devait être approuvé, le CICR insisterait pour maintenir l’accès au lieu de détention afin de protéger les personnes concernées.

D’une manière générale, le CICR reste convaincu que sa politique de confidentialité est la plus bénéfique pour les personnes privées de liberté à travers le monde. Partout où ils sont présents, les délégués du CICR accomplissent leur travail avec dévouement, professionnalisme et courage, et ils le font dans des conditions difficiles, en dialoguant avec les détenus, les autorités, les interrogateurs et la hiérarchie militaire et civile. Travaillant discrètement mais avec dynamisme, ils sont souvent la première et la dernière ligne de défense pour les personnes détenues lors d’un conflit armé, fournissant un effort tenace, hors de la vue du public, pour protéger la vie et la dignité humaines.

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15-06-2004