28-10-2008 Éclairage Irak : braver le danger pour apporter de l’aide et de l’espoir aux civils
Lorsque la guerre a éclaté en Irak en 2003, la vie est devenue un combat de tous les instants pour de nombreuses personnes. Quatre employés du CICR nous parlent de leur travail dans cet environnement très difficile, de leur motivation, de leur vie et des épreuves qu’ils traversent quotidiennement.
Jacqueline
Jacqueline a vécu toute sa vie à Bagdad. Elle travaille pour le CICR depuis 1995. Elle a été témoin de l’attentat à la bombe contre la délégation du CICR, qui a coûté la vie à deux employés et à un certain nombre d’autres personnes, et en a blessé bien davantage.
Elle déclare : « Aujourd’hui, Bagdad est plus sûre qu’il y a un an, mais moins que le mois dernier. La situation est très instable ». Comme pour le confirmer, deux explosions ont lieu tout près du bureau. « Je vis actuellement seule dans la maison familiale, qui est proche de l’endroit où se trouvait auparavant la délégation du CICR. Je n’ai pas l’intention de quitter ce pays. Tout ce que je souhaite, c’est de pouvoir marcher dans la rue, regarder les gens discuter et rire, et me sentir en sécurité à nouveau.
J’avais l’habitude d’arriver tôt au bureau et de boire un thé avec Zoheir, un garde embauché à peu près en même temps que moi, avant de commencer à travailler. Ce matin fatidique d’octobre, le premier jour du Ramadan, vers 8 heures 30, je m’apprêtais à sortir de chez moi lorsque j’ai entendu l’explosion. J’étais sûre qu’il s’agissait de notre délégation, située à 100 m à peine. L’explosion a été si forte que le ventilateur de ma cuisine est tombé sur mon père et l’a blessé. J’ai vérifié qu’il allait bien et je suis sortie de la maison en courant. Il y avait de la fumée, tout était détruit, et mon jardin était couvert de décombres.
Au bureau, j’ai trouvé Zoheir et Dikran, un autre collègue qui travaillait avec nous depuis deux jours à peine, sans vie sur le sol. En une seconde, tout était perdu. Mais ceux d’entre nous qui étions encore en vie devions nous concentrer sur la situation présente. Nous étions accablés de colère et de chagrin.
Au lieu de me décourager, l’attentat m’a motivée à rester solidaire de mes collègues. Même mon père trouve que mon rôle est important et m’a encouragée à ne pas quitter mon emploi.
Je comprends pourquoi certains collègues ont dû s’en aller. Ils doivent penser à leur famille. Plusieurs vies dépendent de la leur. Les employés qui sont restés sont prudents. Nous vivons dans la peur permanente d’un attentat contre nos bureaux ou qu’il nous arrive quelque chose. Nous faisons de notre mieux, mais nous n’avons aucune maîtrise sur le reste.
Je suis heureuse que nous puissions continuer à surmonter les obstacles et aider les gens. Mais nous devons faire davantage. Je suis fière d’être restée au CICR. Avec le temps, je réalise à quel point la décision du CICR de demeurer en Irak a aidé des milliers de personnes dans des périodes très difficiles ».