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LSE-torture-110505
17-06-2005    
La torture : violation suprême des droits de l'homme ?
Fidèles à ce qui est devenu maintenant un événement annuel régulier, le Centre for Human Rights de la London School of Economics (LSE) et le CICR ont organisé le 11 mai 2005 une table ronde publique sur une question d'actualité liée au droit international humanitaire et au droit des droits de l'homme.

Après les poursuites engagées contre des soldats britanniques pour mauvais traitements infligés à des détenus irakiens, et la large couverture médiatique assurée par la presse au cas de détenus britanniques récemment libérés de Guantanamo Bay, il a été décidé d'intituler le débat : « La torture : violation suprême des droits de l'homme ? »
La Convention contre la torture a été signée il y a vingt ans ; cependant, en discutant de ce que l’on appelle la guerre mondiale contre le terrorisme, certains commentateurs ont récemment avancé le fameux argument de la « bombe à retardement » pour justifier le recours à la contrainte physique pendant l'interrogatoire des suspects.

Ils sont favorables à une utilisation limitée de mauvais traitements pour obtenir des suspects des informations qui pourraient empêcher la réalisation imminente d’un acte criminel ou terroriste grave.

Cette théorie suscite de nombreuses questions : par exemple, à quel point doit-on être certain que le suspect détient des informations sur la « bombe à retardement » pour considérer le recours aux mauvais traitements comme justifié ? Quel niveau de dangerosité la « bombe à retardement » doit-elle atteindre pour que l'on puisse recourir aux mauvais traitements ? Enfin, même si les mauvais traitements infligés dans certains cas étaient susceptibles de donner de bons résultats, leur utilisation n'éroderait-elle pas sérieusement l'interdiction générale dont ils font l'objet ?

Le débat sur la torture touche à un certain nombre de questions plus fondamentales : y a-t-il dans la condition humaine quelque chose d'inéluctablement brutal qui rend l'utilisation de la torture inévitable ? Pourquoi recourt-on si fréquemment à la torture, en dépit de l'interdiction légale sans équivoque qui pèse sur elle et du consensus presque universel sur le caractère immoral de cette pratique ? Même s’il est toujours mal de torturer, peut-on néanmoins justifier, dans la lutte contre le terrorisme, certaines formes de mauvais traitements qui ne vont pas jusqu’à la torture ?

Le professeur Conor Gearty du Centre for Human Rights de la LSE a présenté la célèbre journaliste de la BBC, Lyse Doucet, qui a présidé la rencontre. En lançant le débat, la journaliste a fait allusion à des arguments avancés par certains professeurs de droit américains favorables à l'établissement d'un cadre juridique qui permettrait l'utilisation de la torture dans des cas spécifiques.

Les quatre orateurs ont ensuite fait part de leurs vues sur les questions suivantes :

  • le contexte juridique de l’élaboration d’une législation internationale interdisant la torture (M. Nigel Rodley, professeur de droit à l'université d'Essex et ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture) ;

  • les questions éthiques et la question de la responsabilité individuelle que soulève l'argument en faveur du recours à la contrainte pour obtenir des informations de la part de détenus, dans le but de renforcer la sécurité publique (M. Chris Brown, professeur de relations internationales à la LSE) ;

  • les aspects juridiques de la détention à Guantanamo Bay et le fait de remettre des détenus à des pays tiers où ils risquent de subir des mauvais traitements (Mme Victoria Brittain, journaliste et coauteur d'une pièce de théâtre sur Guantanamo Bay) ;

  • la difficulté de définir ce qui constitue la torture et l'expérience du CICR en ce qui concerne les effets de la torture sur les détenus (M. Alain Aeschlimann, chef de la Division de l'Agence centrale de recherches et des activités de protection, CICR).

Ces exposés ont été suivis d'un débat animé entre le public et le groupe de spécialistes. Ce débat a confirmé l'opinion générale selon laquelle la torture est une pratique odieuse, et il a permis de souligner l'importance des visites effectuées par le CICR dans les lieux de détention à travers le monde.

Il est possible de consulter le curriculum vitæ des participants ainsi que la transcription de leurs communications sur le site de la LSE .

Autres documents dans cette section :
Droit humanitaire > Le DIH en bref > DIH et droits de l'homme 

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17-06-2005