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6-12-2007  Interview  
Protéger les enfants dans les conflits armés
Le droit international humanitaire énonce clairement que les droits des enfants doivent être respectés pendant les conflits armés. Cependant, cela ne suffit pas toujours à empêcher que les enfants ne soient, d'une manière ou d'une autre, touchés par la violence. Dans cet entretien, la conseillère du CICR pour la protection de l'enfant, Kristin Barstad, décrit la façon dont le CICR aborde ce problème.

Kristin Barstad, conseillère du CICR pour la protection de l'enfant,
Comment le CICR agit-il pour protéger les enfants victimes de conflits armés ?

Le CICR encourage le respect des droits et de la dignité des enfants – comme de tout autre civil – en leur fournissant une assistance en vue d'atténuer les effets des conflits armés. Bien qu'il agisse de manière impartiale pour aider toutes les victimes des conflits, il s'efforce de répondre aux besoins spécifiques des enfants, notamment dans les cas suivants :

  • Les enfants séparés de leur famille en raison d'un conflit armé
      Le CICR a pour mandat de rechercher les familles au-delà des frontières. Lorsqu'il trouve un enfant séparé de sa famille en raison d'un conflit, il l'enregistre – à la demande de l'enfant ou de son tuteur – et essaie de retrouver sa famille afin de rétablir les liens. Si les recherches sont fructueuses, la première étape consiste à faciliter la communication entre l'enfant et sa famille – au moyen du téléphone ou de messages Croix-Rouge, par exemple. Si les conditions de sécurité le permettent et que l'enfant et la famille sont d'accord, le CICR organise ensuite un regroupement familial. L'opération prend fin une fois que les collaborateurs du CICR ont effectué un suivi du regroupement et se sont assurés que l'enfant se porte bien.

      Entre 2003 et 2006, le CICR a réuni avec leur famille 6 237 enfants non accompagnés ou séparés de leurs proches. En 2006, 775 enfants au total ont été réunis avec leurs parents.

    • Les enfants impliqués dans les forces armées ou les groupes armés

      Le recrutement d'enfants dans les forces armées ou les groupes armés est source de grande préoccupation pour le CICR. La priorité première est d'empêcher que le recrutement n'ait tout simplement lieu, objectif que l'institution réalise de deux manières : par la promotion de normes établies dans des cadres juridiques clairs et à travers des opérations sur le terrain.

      Outre sa participation active à l'élaboration du droit applicable durant les conflits armés, le CICR organise des sessions de formation à l'intention des forces armées, de la police et des porteurs d'armes, afin de faire connaître le droit humanitaire et d'autres normes fondamentales.

      Sur le terrain, le CICR entreprend régulièrement des démarches auprès des groupes armés ainsi que des autorités et des forces gouvernementales pour leur rappeler leurs obligations et l'interdiction de recruter des enfants-soldats. Nous avons ainsi pu obtenir la démobilisation de nombreux enfants, surtout en Asie et en Afrique. Pour ces enfants démobilisés, le CICR s'efforce de rechercher leur famille et de faciliter le regroupement familial si les conditions de sécurité le permettent et si c'est dans l'intérêt supérieur de l'enfant.

      Entre 2003 et 2006, le CICR a réuni avec leur famille 1 740 enfants démobilisés. Au total, 306 d'entre eux ont été regroupés avec leur famille l'an dernier.

    • Les enfants privés de liberté

      Le CICR visite les personnes privées de liberté, y compris les jeunes, dans les situations de conflit armé international, de conflit armé non international et de troubles internes. Sur les 41 918 détenus visités l'an dernier, 1 682 étaient des enfants.

      Les structures carcérales ne sont pas adaptées aux mineurs. Le CICR fait donc tout son possible pour que les autorités pénitentiaires prennent en compte les besoins et les droits particuliers des enfants privés de liberté.

      Par exemple, si l'enfant n'avait pas atteint l'âge de la responsabilité pénale dans un pays donné, le CICR demanderait sa libération. De même, l'institution interviendrait si un enfant était condamné à mort ou s'il était placé en détention préventive durant une longue période, ce qui est illégal. Il pourrait aussi demander la libération d'un enfant pour des motifs d'ordre humanitaire, par exemple des raison médicales.

      De plus, les enfants ne devraient pas être détenus avec des adultes – à moins que, cas exceptionnel, ce ne soit dans leur intérêt supérieur. Ils devraient également avoir un accès correct à la nourriture et à l'eau, aux soins de santé, à l'éducation, etc. Le CICR adresserait toujours des recommandations aux autorités si les conditions de détention n'étaient pas adéquates pour les enfants. Il peut fournir une partie de l'assistance nécessaire si les autorités ne sont pas en mesure de le faire. L'institution facilite aussi les visites de familles aux mineurs en détention. En 2006, elle a ainsi rendu possibles 71 visites de ce genre.


      Les enfants touchés par un conflit armé bénéficient-ils d'une protection juridique spéciale ?

      Oui, les quatre Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels de 1977 accordent une protection spéciale aux enfants pendant les conflits armés. En fait, on dit que les enfants bénéficient d'une double protection en vertu du droit international humanitaire : la protection générale, dont ils jouissent en tant que civils ou personnes ne participant plus aux hostilités, et la protection spéciale, en tant qu'enfants. Plus de 25 articles des Conventions de Genève et de leurs Protocoles additionnels concernent spécifiquement les enfants. Ces dispositions incluent des règles sur la peine de mort, l'accès à la nourriture et à des soins médicaux, l'éducation dans les zones de conflit, la détention, la séparation d'avec la famille et la participation aux hostilités. Les droits garantis par la Convention relative aux droits de l'enfant, presque universellement ratifiée, sont applicables durant les conflits armés.

      Non seulement le CICR se préoccupe des questions déjà mentionnées, relatives à la séparation des membres d'une même famille, au recrutement et à la détention, mais en plus, il encourage toujours le respect des droits des enfants en général, tels que le droit à l'éducation.


      De nombreux enfants se retrouvent séparés de leur famille pendant un conflit armé. Peuvent-ils être adoptés ?

      Non, ou du moins rarement. Les enfants non accompagnés ou séparés de leur famille ne doivent pas être adoptés à la hâte, au plus fort d’une situation d’urgence. L’expérience a montré que la plupart des enfants non accompagnés ont, en fait, des parents ou d’autres membres de leur famille qui souhaitent les prendre en charge, et qui peuvent le faire. Des recherches menées de manière efficace permettront de retrouver ces personnes.

      Par conséquent, l'adoption ne devrait pas être envisagée s'il y a un espoir raisonnable de voir les recherches aboutir et le regroupement familial avoir lieu, et ce, dans l'intérêt supérieur de l'enfant.

      Avant toute adoption, il doit être établi que celle-ci est bien dans l’intérêt supérieur de l’enfant ; toute adoption doit être conforme au droit – national, international et coutumier – applicable. La priorité est toujours donnée à l'adoption par des membres de la famille, où qu'ils vivent. Si ce n'est pas possible, on privilégie l'adoption au sein de la communauté à laquelle l'enfant appartient ou, au moins, au sein d’une famille de même culture que lui.

      La Convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, ainsi que sa Recommandation de 1994 concernant l’application [de la Convention] aux enfants réfugiés et autres enfants internationalement déplacés, constituent le cadre général régissant les adoptions internationales.


      Le CICR fournit-il une assistance spécifique aux enfants victimes de conflits armés ?

      Le CICR entend porter assistance à toutes les victimes de conflits armés afin de protéger leur vie et leur santé, et d'alléger leurs souffrances. L'assistance fournie correspond aux besoins évalués. Les besoins élémentaires des enfants sont généralement semblables à ceux des adultes : nourriture, eau, abri, soins de santé, etc. En raison de leur âge, on peut imaginer que les enfants ont des besoins supplémentaires qui leur sont propres et que le CICR s'efforce de satisfaire. Il fournit donc des articles pour bébés, des soins de santé adaptés aux mères et aux enfants, du matériel scolaire et d'autres produits.


      Le droit à l'éducation peut-il être « suspendu » durant un conflit armé ou autre situation d'urgence ?

      Non, le droit d'accès à l'éducation n'est pas annulé à cause d'un conflit armé. L'éducation joue un rôle essentiel dans la réponse que l'on peut apporter pour couvrir les besoins des enfants et faire respecter leurs droits lors de situations de conflit et d'après-conflit – à la fois en termes de prévention et de réadaptation. S'agissant de la santé psychosociale de l'enfant, l'éducation donne un rythme de vie régulier, des possibilités de s'exprimer et l'occasion d'être en interaction avec d'autres enfants. Le statut même d'« élève » est utile dans le sens où il protège parfois les enfants du recrutement forcé – bien qu'ils demeurent toujours exposés, certains ayant été enrôlés alors qu'ils étaient à l'école. Les écoles peuvent aussi aider les enfants à acquérir les compétences nécessaires dans la vie courante, particulièrement vitales dans les situations de conflit armé. Dernier aspect, mais non le moindre, ce que les enfants apprennent à l'école est une des rares choses qu'on ne peut leur enlever, où qu'ils aillent !

      Comment le CICR collabore-t-il avec les autres organisations humanitaires pour que les enfants bénéficient d'une assistance appropriée dans les situations d'urgence ?

      La complémentarité et la coopération entre toutes les organisations concernées, y compris les pouvoirs publics, sont primordiales quand il s'agit d'apporter assistance et protection à toutes les victimes de conflits armés. Pour les enfants non accompagnés ou séparés, des rôles directeurs spécifiques doivent être établis dans des domaines clés. Par exemple, le CICR serait chargé des recherches, tandis qu'une autre organisation (ou les pouvoirs publics) serait responsable de la prise en charge provisoire de l'enfant. La tâche de chaque organisation dépend de son mandat, de ses compétences techniques et de sa capacité de gérer une situation donnée. Toute organisation souhaitant agir en faveur des enfants séparés doit collaborer avec les autres partenaires concernés. Il va sans dire que le CICR adhère à ce principe.

    • ©ICRC/C. Von Toggenburg /cf-e-00078
      République centrafricaine

      ©ICRC/L. Merlo/af-e-0033
      Afghanistan. Centre orthopédique de Kaboul

      ©ICRC/
      Yemen. Prison centrale de Hodeida.

      ©ICRC/ W. Lembryk/cd-e-00366
      Congo (RDC) Centre pour enfants-soldats démobilisés.

      ©ICRC/B. Heger / lr-e-00113
      Liberia. Le CICR cherche à réunir des enfants avec leur famille.

      ©ICRC/A. Meier / il-e-00226
      Israël, Gaza. Un bus transporte des familles palestiniennes qui rendent visite à leurs proches détenus en Israël

      ©ICRC/V. Nagiyev / az-e-00167
      Azerbaïdjan. Enfant lisant une brochure de prévention contre les mines dans une aire de jeux sécurisée

      ©ICRC/B. Heger / am-e-00200
      Arménie. Concours de dessin sur le thème de la guerre.


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      6-12-2007