Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
congo-brazzaville-feature-180208
18-02-2008  Éclairage  
République du Congo : trois orphelins retrouvent une famille en RDC
En juillet 2007, deux religieuses se présentent à la délégation du CICR à Brazzaville. Elles aimeraient que l'organisation rapatrie trois jeunes orphelins, dont elles ont la charge, à Zongo, en République démocratique du Congo (RDC). Récit d'un périple plein de joies et d'appréhensions, par Valery Mbaoh et Latif M'Backe.

none
Orphelinat Notre-Dame-de-Nazareth à Brazzaville.
Zongo est situé juste en face de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. Là-bas les attend le frère aîné de leur père décédé. D'après les religieuses, cet oncle pourrait prendre soin d'eux et leur redonner un environnement familial.

Les enfants sont mineurs. L'aînée, Adèle*, a 14 ans ; La cadette, Lucie*, en a 11, et Jean*, le benjamin, 4. En 1997, parents et enfants se réfugient en République du Congo afin de fuir la violence qui accompagne la chute du président Mobutu en RDC. Mais après le décès du père et de la mère, les enfants sont recueillis à l'orphelinat Notre-Dame-de-Nazareth à Brazzaville. L'institution a déjà pris contact avec l'oncle de Zongo mais ne peut assurer les frais du voyage.

L'oncle s'étant dit d'accord pour accueillir les enfants, les deux religieuses ont obtenu de l'ambassade de RDC les laissez-passer nécessaires au voyage. "Il ne leur manque que l'argent pour les billets d'avion" disent-elles aux délégués du CICR. Ces derniers expliquent que l'opération de rétablissement des liens familiaux envisagée peut prendre du temps mais ils s'engagent à faire tout leur possible pour aider ces enfants, si ceux-ci y consentent.

Le 18 juillet 2007, deux employés du CICR se rendent à l'orphelinat pour faire leur connaissance. Les enfants, visiblement étonnés de cette visite, sont également contents à l'idée de rejoindre un jour leur oncle à Zongo. "Je ne veux pas rester ici" dit l'un, le visage serré. Et les deux autres d'ajouter : "Nous voulons aller chez notre oncle."

La machine administrative se met en marche. À chaque visite du CICR, les enfants s'impatientent un peu plus, interrogent, et finissent par ne plus vraiment y croire. Mais quand vient enfin le moment de sauter le pas, Lucie dit ne plus vouloir partir. Adèle* quant à elle persiste : "Moi je pars" dit-elle, et Jean, le plus jeune, reste enthousiaste. Partagée entre ses amis de l'orphelinat, son frère et sa sœur, Lucie hésite. Malgré l'angoisse qu'elle ne peut cacher, elle finit par se décider : "Moi aussi je veux partir" lâche-t-elle doucement. Six mois se sont écoulés entre la mission d'évaluation à Zongo, l'obtention de toutes les autorisations administratives nécessaires et les préparatifs du voyage.

Un baptême de l'air mouvementé

C'est enfin le jour du départ. Lorsque les employés du CICR arrivent à l'orphelinat, les enfants sont prêts et attendent avec impatience. Après les dernières accolades, Lucie fond en larmes, réalisant peut-être qu'elle ne reverra plus ses compagnons de jeu. Un regard vers ceux qui les ont accueillis, un dernier signe de la main en guise d'adieu et la voiture du CICR s'ébranle pour l'aéroport.

Pendant les formalités d'embarquement, Jean, l'air jovial, sautille, tandis que ses sœurs restent anxieuses à l'idée de prendre l'avion. Les minutes s'égrènent et le moment du départ approche, quelques petits sandwichs et des boissons sont servis. Le vol spécial du CICR qui doit les ramener à Bangui durera quatre heures.

Sur le tarmac, le pilote annonce le départ et les enfants, mis en confiance, montent à bord sans hésiter. Lorsque raisonne le bruit assourdissant des moteurs, ils comprennent qu'ils quittent définitivement Brazzaville, la ville qui a vu naître le plus jeune d'entre eux et où reposent désormais leurs parents. À cet instant, Lucie, suivie des autres, agite une main innocente en signe d'au revoir.

Le temps est agité et la traversée des zones de turbulences ne se fait pas sans mal : on vomit, on s'agrippe aux sièges. Les deux filles assises côte-à-côte se tiennent solidement les bras. À l'atterrissage à l'aéroport de Bangui, le sourire se lit de nouveau sur le visage des enfants. Ils sont transférés dans une résidence CICR pour y passer la nuit.

Pour rejoindre Zongo, située dans la province de l'Équateur, au Nord de la RDC, il suffit de traverser le fleuve Oubangui. Le trajet ne dure qu'une dizaine de minutes. Quelques volontaires de la Croix-Rouge de la RDC, le président du comité local, les parents des enfants et les autorités municipales attendent sur la rive opposée.

Un nouvel environnement à apprivoiser

À la vue des enfants, l'oncle, la soixantaine environ, ancien greffier du tribunal du district de Zongo, laisse éclater sa joie : "Ce jour est un événement heureux pour moi, je ne peux vous exprimer ce que je ressens, dit-il. Je n'avais pas les moyens d'aller chercher les enfants du défunt cadet à Brazzaville. Je suis content de les voir retrouver la terre de leurs ancêtres."

Après les formalités de débarquement, la petite foule s'engage sur le grand boulevard bordé de manguiers qui mène vers la maison familiale. La ville de Zongo, avec ses quelque 5000 âmes, porte encore les stigmates de la longue guerre en RDC.

La maison, sur l'avenue Mobutu, est un vieux bâtiment en argile avec une toiture en taules de zinc. L'oncle s'occupe immédiatement des présentations et installe les enfants et leurs bagages dans ce qui constituera désormais leur résidence.

Apparemment dépaysée, Lucie jette un coup d'œil autour de la maison et baisse la tête. Sa grande sœur Adèle reste muette, tandis que Jean danse au rythme de la musique trépidante qui filtre de l'église située en face de la maison.

Devant une foule de voisins, le CICR explique les raisons de cette réunion familiale et remet à l'oncle des produits alimentaires – haricots, sucre, riz, farine de maïs – et des articles de première nécessité pour subvenir aux besoins des enfants.

Les délégués du CICR recommandent que les enfants continuent leurs études scolaires. Le président de la Croix-Rouge locale promet de faire les démarches nécessaires en ce sens.

Le moment du retour de l'équipe du CICR s'approche. Quelques photos, des accolades en signe d'au revoir. Lucie et Adèle explosent en sanglots. Sur leur visage, mêlée à la joie, se lit une grande tristesse et la peur d'affronter un environnement qu'elles découvrent pour la première fois.

* noms d'emprunt

Autres documents dans cette section :
Dans le monde > Afrique > Congo-Brazzaville 

Vers le haut
Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
© 2009  Comité international de la Croix-Rouge
18-02-2008