« Cela arrive fréquemment, explique Mapendo, 23 ans. Des groupes armés font irruption et nous sommes obligés de nous enfuir. Puis, nous revenons et le scénario se répète. La dernière fois, nous avons mis longtemps avant de revenir. » Cette mère de trois enfants raconte comment ils ont fui en 2002 pour ne revenir qu’en 2006.
« Quand ils font irruption dans les villages, ajoute-t-elle, ils pillent tout sur leur passage, battent les habitants, violent les femmes et détruisent nos récoltes. Lorsque nous sommes revenus en 2006, notre maison avait été incendiée et tous nos biens avaient été volés. » Mapendo vit aujourd’hui avec sa famille dans une petite hutte faisant partie d’une propriété appartenant à de la parenté.
« Lorsque nous avons été déplacés, cela a été extrêmement dur. Nous nous sommes enfuis et avons passé plusieurs nuits sans nulle part où nous abriter, nous faisant tremper par la pluie, nous et nos enfants. Nous n’avions rien à manger ni rien à boire. Nous avons survécu grâce à la générosité d’autres personnes. »
Une nouvelle variété de manioc pour améliorer la situation économique
Mapendo est aujourd’hui membre de l’ADEMU (Action pour le Développement de Mubugo), une des dix associations actives dans le village de Karasi, dans le Sud-Kivu, auxquelles le CICR fournit une nouvelle variété de manioc, tout en formant ses membres à des techniques de plantation et d’entretien des cultures. « Nos champs de manioc sont notre unique moyen de subsistance. C’est de ça que je vis, explique Mapendo. Je suis une formation, avec les autres membres de l’association, et nous apprenons de nouvelles méthodes de travailler la terre. Nous espérons ainsi parvenir à produire plus que par le passé pour améliorer notre situation économique. »
« Chaque fois qu’un conflit éclate, explique Murhabazi Byamungu Cosmas, un agronome du CICR, les gens sont déplacés et abandonnent leurs champs. Ceux-ci sont envahis par les mauvaises herbes qui étouffent les cultures. Lorsque les habitants des villages reviennent, les récoltes sont souvent maigres et la situation économique des paysans empire. On ne pense qu’aux effets directs des conflits, mais les conséquences à long terme de la guerre, même après que tout est rentré dans l’ordre, sont souvent tout aussi dévastatrices. »
Des variétés plus résistantes
Comme le précise en outre M. Cosmas, la variété de manioc que cultivent généralement les paysans de la région est très sujette à la maladie connue sous le nom de mosaïque du manioc, qui anéantit souvent l’ensemble des récoltes. Le CICR procure aux associations deux variétés plus résistantes, que les membres plantent dans les champs communautaires.
Tandis que les feuilles et les racines de la plante sont récoltées pour être consommées, les troncs sont replantés pour la saison à venir. Lors de la deuxième récolte, 70% des troncs sont distribués aux membres des associations bénéficiaires du projet pour être utilisés comme boutures ; les 30% restants sont restitués au CICR qui les distribue à d’autres associations de la région.
« La variété que nous cultivons traditionnellement est très sensible à la mosaïque du manioc, explique Munyabungo Chibumbiro, 45 ans, président de l’ADEMU. Une fois que la plante est attaquée par le virus, elle ne produira plus rien ; mais la nouvelle variété introduite par le CICR est très résistante. »
De nouvelles méthodes qui promettent de meilleurs résultats
« Nous avions l’habitude de défricher les champs par le feu avant de planter les boutures de manière désordonnée, mais le CICR nous a enseigné de nouvelles méthodes qui permettront d’obtenir de bons résultats. » L’agronome du CICR a en effet appris aux agriculteurs à construire des monticules pour planter les boutures et à tirer profit de la pente des terrains pour une bonne irrigation. Il leur a aussi montré comment espacer correctement les monticules et limiter le nombre de boutures plantées dans chacun d’eux, de manière à accroître la production.
Les dix associations regroupent 350 familles. Chaque association a aussi reçu des houes, des machettes, des haches, des pierres à aiguiser et des bâches de plastique en vue des récoltes. M. Cosmas précise enfin que le CICR procèdera de la même manière lorsqu’en février, juste à temps avant la prochaine saison des semences, il distribuera des semences d’arachide ; ce qui permettra aux agriculteurs de compter sur une culture secondaire.
« La formation que nous avons reçue du CICR est très importante, et nous n’allons pas garder ces nouvelles connaissances pour nous, conclut Munyabungo Chibumbiro. Au contraire, nous transmettrons ces méthodes très utiles à d’autres qui pourront les mettre en pratique et en tirer profit à leur tour. »