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4-06-2008  Éclairage  
Côte-d'Ivoire : de l'eau propre au robinet, envers et contre tout
Depuis le début de la crise en 2002, le CICR est la seule organisation à pouvoir gérer et entretenir le système de distribution d'eau dans le nord de la Côte d'Ivoire qui alimente les foyers de plus d'un million et demi de personnes. Le retour au calme autorise aujourd'hui l'opérateur privé à reprendre les commandes. Iolanda Jaquemet raconte l'histoire de cette réussite opérationnelle due en grande partie à la collaboration entre le CICR et les agents courageux de la compagnie des eaux.

© CICR / Iolanda Jaquemet
Yéo Kanaga, responsable de l'usine de traitement du Kan, s'entretient avec Jacques Maradan, ingénieur eau et habitat du CICR.
"Sans le CICR, franchement, nous n'aurions pas pu tenir", résume Yéo Kanaga. Un bruit assourdissant couvre sa voix, tandis que le bâtiment se met à trembler. La pompe de reprise de la station du Kan envoie l'eau purifiée dans le château d'eau, d’où elle sera distribuée en ville.

En toute logique, le système aurait dû s'écrouler, entraînant le cortège de maladies liées à la consommation d'une eau contaminée. Lorsque la crise éclate, en septembre 2002, un grand nombre de ceux qui faisaient tourner les stations fuient vers le sud du pays. "Dans la région de Bouaké, 14 employés sur 80 sont restés", se souvient Yéo, l'un des 14.

Yéo Kanaga se souvient encore de ce jour de 2002 où des hommes en armes ont soupçonné que la cargaison de réactifs chimiques destinés à la station d'eau potable de Bouaké, à l'est de la Côte-d'Ivoire, était du "poison". "Ils m'ont demandé d'en consommer pour prouver le contraire", dit Yéo. Si le chef de l'usine du Kan, qui fournit de l'eau à plus de 100.000 habitants de cette ville commerçante, avait avalé les poudres à l'état pur, il aurait en effet eu toutes les chances de mourir empoisonné.

Mais pour le million et demi de personnes raccordées au réseau de la SODECI, la compagnie privée qui gère l'eau potable en Côte d'Ivoire, les réactifs dilués ont été une source de vie ininterrompue. "Au plus fort de la crise, il n'y a guère eu plus de trois jours sans eau", affirme fièrement Yéo Kanaga.

Pour les employés, se rendre au travail signifie risquer sa vie. Un jour, Yéo essuie des tirs à l'arme automatique alors qu'il tente de rejoindre la station sur sa moto. "Je ne l'ai jamais dit à ma famille, mais ce jour-là j'ai voulu démissionner. En même temps, si je ne travaillais plus, il n'y avait plus d'eau."

Les barrages, l'insécurité généralisée font que la SODECI ne peut plus envoyer les camions chargés de réactifs, ni les indispensables pièces de rechange pour les 115 stations, petites et grandes, qui émaillent la moitié nord du pays.

L'enjeu est tel que le CICR décide de prendre les choses en main. Après négociation avec les parties au conflit, des camions de l'organisation franchissent les barrages, chargés des précieux réactifs, en un ballet incessant : "Rien que pour la région de Bouaké, il faut 27 tonnes de réactifs toutes les deux semaines", explique Jacques Maradan, ingénieur eau et habitat du CICR.

Mieux : le CICR assure le transport des agents de la SODECI restants, désormais épaulés d'ouvriers formés sur le tas, jusqu'à leur lieu de travail. À Bouaké, l'un des collègues de Yéo loge durant des mois à la délégation du CICR. Les ingénieurs de l'organisation travaillent en symbiose avec les spécialistes locaux, visitant chaque station au moins une fois par mois.

Lance-roquette ? Non, pompe de forage !

Discrètement, l'organisation humanitaire prend provisoirement le relais de la SODECI, faisant tourner les stations du nord. "C'était la première fois dans l'histoire du CICR que nous travaillions à la place d'un opérateur privé", souligne Jacques Maradan.

Dès 2004, l'action prend même une nouvelle ampleur. Faute d'entretien et d'investissements, les stations commencent à se dégrader, les pompes doseuses ou les suppresseurs d'air tombent en panne. Du coup, le CICR fournit aussi les indispensables pièces de rechange.

Parfois, cela donne lieu à de nouvelles péripéties. Comme ce jour où il faudra patiemment expliquer à un barrage que "Non, la pompe de forage flambant neuve destinée à la station de Bouaké n'est pas un lance-roquette"…

Au début, tout le monde était persuadé qu'il s'agissait juste de pallier une crise passagère. "Nous pensions entreprendre cette action pour six mois", dit Claude-Alain Zappella, chef de la délégation du CICR en Côte d'Ivoire. "Mais de six mois en six mois, nous sommes aujourd'hui en 2008."

Aujourd'hui, suite aux accords de Ouagadougou, "la crise est en voie de résolution, et il appartient désormais aux acteurs habituels de faire face à leurs obligations", poursuit Claude-Alain Zappella. Le désengagement du CICR est progressif. Chaque mois, depuis janvier 2008, la livraison de réactifs diminue d'un douzième, et c'est la SODECI qui en assure le transport.

Fin 2008, l'opérateur privé reprendra entièrement la gestion de l'hydraulique du nord, après une longue parenthèse humanitaire. Un beau signe de normalisation.

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4-06-2008