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24-09-2008  Éclairage  
Géorgie : portrait en provenance de Zougdidi
Bon nombre des personnes ayant fui le conflit de 1992-1993 en Abkhazie sont toujours déplacées en Géorgie occidentale, et sont maintenant rejointes par les familles que les récents affrontements ont mises à la rue. Une équipe du CICR, dont fait partie Jessica Barry, est sur place veillant à leurs conditions de vie.

Une femme qui petit à petit a tout perdu

©ICRC/J.Barry
Nadia est accueillie par la directrice de la maison de retraite.


Nadezhda Sokolova, ou Nadia, comme tout le monde la surnomme, est née au Bélarus en 1935 et a grandi dans la ville russe d'Orenbourg. Elle a épousé un Géorgien avec qui elle s'est installée à Soukhoumi, sur la côte abkhaze de la mer Noire. Quand le conflit a éclaté dans la région en 1992, elle et son mari ont fui vers un village proche de Zougdidi.

Le couple était pauvre, même s’il possédait de la terre. Il vivait dans une petite maison ressemblant à un cabanon, avec un très vaste jardin chaotique.

Au fil des années, les tragédies se sont abattues sur la famille. Nadia a commencé à perdre la vue. En 2007, son mari est décédé. Peu après, elle est devenue complètement aveugle.

Alors que les habitants du village la connaissaient bien, elle s'est retrouvée extrêmement seule après le décès de son mari. Seule une voisine gardait un œil sur elle et lui apportait de la nourriture.

Pendant la guerre qui a éclaté en août dernier, la population vivant dans les régions au bord du fleuve Ingouri a fui à mesure que les troupes russes avançaient vers Zougdidi. Tous les habitants du village de Nadia sont partis, y compris sa voisine. Elle s'est alors retrouvée complètement abandonnée.

Enfin une lueur d'espoir
Grâce à quelques soldats, qui ont informé le CICR de son sort, la vieille femme n'est pas restée seule longtemps.

Des délégués se sont rendus au village le 24 août et l'ont trouvée dans sa cabane avec rien d'autre qu'un cadre de lit métallique, un vieux matelas et une chaise branlante.

Dans les jours qui ont suivi, ils lui ont rendu visite à plusieurs reprises, lui apportant des draps, des pantoufles, des vêtements et de la nourriture. Malgré sa cécité, Nadia était vive et sûre d'elle, n'hésitant pas à dire ce qu'elle pensait.

« C'est dur de n'avoir personne à qui parler », a-t-elle un jour confié à ses visiteurs. « Si seulement je pouvais quitter cet endroit. »

C'était, en quelque sorte, un appel au secours.

L'équipe du CICR a fait des recherches pour trouver une maison de retraite où Nadia pourrait retrouver l'attention et la compagnie qui lui manquaient depuis la mort de son mari. Grâce à la Société de la Croix-Rouge de Géorgie, un endroit adapté a très vite été trouvé. Nadia était ravie.

Les formalités administratives ont été effectuées en quelques jours. La vieille femme a avoué qu'elle regrettait une seule chose en partant, c'est de ne plus pouvoir se rendre sur la tombe de son mari, au cimetière du village.

Le 16 septembre, en route pour son nouveau foyer, Nadia a acheté un sachet de caramels pour le personnel de l'établissement, qui l'a accueillie avec sourires et embrassades.

« Nous avons ici une dame qui vient d'Ukraine », a expliqué le directeur à Nadia en lui présentant une vieille femme gaillarde vêtue d'un cardigan bleu et d'un bonnet noir. « Vous pourrez discuter en russe. »

« Je vais tout vous montrer, n'ayez pas d'inquiétude », lui a dit sa nouvelle amie.

Alors qu'une heure plus tard les délégués du CICR qui avaient accompagné Nadia se préparaient à partir, les deux femmes étaient toujours en pleine conversation, assises côte à côte sur le lit de Nadia dans une chambre lumineuse et confortable aux rideaux de dentelle.

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24-09-2008