Les guerres qui ont désintégré la Yougoslavie ont causé la perte d’une infinité de personnes. Avec le temps, l’interminable cortège des morts, des blessés et des réfugiés s’est dissipé sous nos yeux d’Occident. La poussière est retombée sur ces territoires déchirés qui se sont fébrilement dotés de frontières en tous genres. A l’horizon pointe désormais l’intégration européenne garante de stabilité, une denrée en rupture de stock périodique dans les Balkans.
Après les récentes élections en Serbie et la proclamation imminente de l’indépendance du Kosovo, toutes les options sont ouvertes, y compris l’apaisement. Mais quelle que soit la tournure des événements, le sort des disparus dans l’ex-Yougoslavie reste d’une terrible actualité.
Aujourd’hui, près de 18 000 personnes sont toujours portées manquantes sur les listes établies par le CICR depuis 1991. A savoir plus de 2300 en Croatie, près de 13 500 en Bosnie-Herzégovine et environ 2000 au Kosovo.
Pour leurs familles, le calvaire se poursuit sur fond d’incertitude mortifère. De facto, l’espoir de retrouver un parent vivant est infinitésimal. Pour les familles des disparus, ce qui importe avant tout, c’est obtenir une preuve irrécusable de la mort de celui ou celle qui n’est plus là. Histoire de pouvoir enfin faire le deuil. Et dans le meilleur des cas, de tourner la page…
Comme me l’a dit sobrement un de nos collaborateurs à Pristina dont le père disparu a finalement pu être identifié après exhumation d’une fosse commune: «Finies les questions!». Sur le terrain, la recherche de disparus s’apparente à une longue patience, qui requiert une bonne dose de perspicacité et de persuasion. Un travail délicat en forme d’enquête où chaque information peut s’avérer décisive.
Très engagé depuis des années dans les Balkans, le CICR et ses divers partenaires internationaux et nationaux spécialisés dans la recherche des disparus mènent un vaste exercice d’élucidation. L’identification des corps s’appuie sur la récolte d’objets personnels des disparus – en particulier les vêtements – et sur les analyses approfondies visant à déterminer le profil ADN des victimes grâce aux progrès de la médecine légale.
Régulièrement sollicitées au cours de ce processus éprouvant, les familles qui le désirent disposent d’un soutien psychologique.
Pour mémoire, les disparus du Kosovo sont principalement d’origine albanaise, serbe et rom. La plupart remontent aux années noires de 1998-1999 durant lesquelles les pires exactions liées au «nettoyage ethnique» ont été commises, suivies peu après d’un cycle infernal de représailles.
Depuis quatre ans, les autorités de Pristina et de Belgrade se sont engagées à apporter des réponses concrètes aux familles des disparus dans le cadre d’un groupe de travail présidé par le CICR: au cours des deux dernières années, plus de 550 cas ont pu être identifiés et les dépouilles mortelles ont été enfin restituées à leurs familles. Près de 2000 cas sont encore en attente.
A terme et nonobstant l’évolution de la situation du Kosovo dans un avenir proche, seule une volonté politique affirmée de la part des autorités peut permettre de surmonter les réflexes d’omerta qui freinent le travail d’élucidation.
Une chose est sûre: l’incertitude tue!