Les inondations ont reculé à Mindanao, mais les cultures ont été détruites et les combats provoquent chaque jour de nouveaux déplacements de population. Le CICR, en coopération avec la Croix-Rouge philippine et les autorités nationales, continue d’aider à répondre aux besoins essentiels, notamment en fournissant de l’eau potable, des vivres et d’autres articles de première nécessité. Depuis le 12 août, l'institution a ainsi porté assistance à plus de 150 000 personnes à Mindanao.
Situation générale
« Même si des combats n’ont pas éclaté à la fin du ramadan, comme certains le craignaient, la situation des déplacés à Mindanao reste difficile », a déclaré Felipe Donoso, chef de la délégation du CICR aux Philippines. Des affrontements opposent constamment les forces gouvernementales au Front islamique moro de libération (Moro Islamic Liberation Front, MILF) et provoquent chaque jour de nouveaux déplacements de population. « En une seule journée, 213 familles – plus de 1 000 personnes – sont arrivées dans l’agglomération de Datu Piang », a confirmé Perry Proellochs, délégué du CICR au centre de Mindanao. Pendant le week-end des 11 et 12 octobre, des combats ont de nouveau éclaté dans des villages de la municipalité toute proche de Mamasapano, contraignant plusieurs centaines de personnes à partir de chez elles. « Ces personnes se déplacent par camions entiers », a ajouté Perry Proellochs.
La région de Maguindanao, où se trouvent Datu Piang et Mamasapano, est la plus gravement touchée par le conflit armé. Rien qu’à Datu Piang, point de convergence évident pour les villages avoisinants, il y a plus de 24 000 déplacés. Ce chiffre monte à 41 000 si l’on prend en compte l’ensemble de la municipalité. Et Perry Proellochs de continuer : « Les gens se réfugient même sous les maisons à pilotis. En effet, Datu Piang est construite sur des marécages, et comme un pont s’est effondré, il ne reste qu’une seule route. Quand il y a des combats, les gens affluent sur cette route, qui ne donne qu’un accès limité au monde extérieur. »
Ce qui est encourageant, c’est que les eaux qui avaient inondé les centres d’évacuation pendant la deuxième moitié de septembre se sont maintenant retirées, relâchant ainsi la pression sur les communautés déplacées et les communautés d’accueil. La mauvaise nouvelle, c’est que de nombreuses cultures ont été détruites par les inondations, mettant plus encore en danger les communautés concernées.
La persistance de la situation actuelle est à elle seule préoccupante. « Nous sommes présents à Mindanao depuis 26 ans. Pendant toute cette période, les déplacements de courte durée étaient déjà par trop courants. Mais aujourd’hui, certaines personnes sont déplacées depuis deux mois, ce qui met à rude épreuve les structures gouvernementales, malgré des efforts très louables », indique F. Donoso. Certaines communautés, comme celle de Datu Piang, doivent faire face à une augmentation de 50% de leur population et partager des ressources qui ne sont déjà pas abondantes dans les meilleur moments.
Action conjointe CICR / Croix-Rouge philippine
Dans ce contexte en constante mutation, le CICR, en partenariat étroit avec la Croix-Rouge philippine, a fait progresser ses activités humanitaires, qui complètent celles des agences gouvernementales et des ONG. La semaine passée, des équipes mixtes CICR/Croix-Rouge philippine ont distribué de la nourriture à 3 394 personnes.
Parfois, des opérations humanitaires comme celles-là doivent être retardées pour des raisons de sécurité. Par exemple, une distribution prévue le 7 octobre à Dapiawan a dû être reportée à cause de la présence d’hommes armés dans la zone. Mais le jour suivant, le 8 octobre, les chefs de 782 familles (une famille est en moyenne composée de cinq personnes) se sont rassemblés dans la cour d’un dispensaire local pour recevoir du savon de ménage et des rations alimentaires comprenant notamment du riz, de l’huile, des sardines, des pâtes, du sucre et du sel. En fonction des résultats d’une évaluation des besoins qui a cours, ces mêmes personnes recevront peut-être aussi des articles ménagers de première nécessité.
« En collaboration avec la Croix-Rouge philippine, le CICR distribue directement les secours aux personnes déplacées, sans passer par des intermédiaires », explique Isabelle Bucher, coordinatrice du CICR chargée de la sécurité économique. « En outre, le CICR ne limite pas son aide aux groupes qui ont trouvé refuge dans des écoles et d’autres lieux du même genre, mais, quand c’est possible, il s’efforce d’atteindre les déplacés qui sont dans des familles d’accueil. C’est évidemment plus difficile sur le plan logistique, mais cela nous permet de nous assurer que nos secours parviennent aux bonnes personnes et qu’aucune n’a été oubliée. »
Les ingénieurs du CICR approvisionnent plus de 50 000 personnes déplacées en eau potable et mettent à leur disposition des installations sanitaires. Au total, 25 projets ont été menés à terme. Quatorze autres sont en cours de réalisation et six projets supplémentaires sont prévus. « L’hygiène personnelle, l’élimination correcte des déchets et l’accès à l’eau potable, à des installations sanitaires et à un abri convenable sont d'une importance cruciale si l’on veut éviter les épidémies », a souligné le coordonnateur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, Marco Albertini. Jusqu’à présent, seuls quelques cas de rougeole, de diarrhée et d’infection des voies respiratoires supérieures ont été enregistrés, bien que les maladies de la peau soient en augmentation à cause de la cohabitation massive.
À Mindanao, le CICR dispose de deux bureaux, à Davao et à Zamboanga ; il a aussi du personnel basé en permanence à Cotabato City (Maguindanao) et à Iligan (Lanao del Norte). Sept à huit équipes constituées de collaborateurs du CICR et de membres du personnel de la Société nationale déploient des activités quotidiennes sur le terrain, en coordination avec les forces armées et les autorités locales. Elles évaluent d’abord les besoins des déplacés, puis, après quelques jours, distribuent les secours. Depuis le 12 août, elles ont remis des vivres et des articles ménagers de première nécessité à plus de 110 000 personnes.
Conformément au mandat de l’institution, les délégués du CICR suivent de près la situation des personnes détenues pour des raisons liées au conflit. De même, ils donnent suite aux allégations d’ordre humanitaire et font en sorte que les belligérants prennent toutes les mesures nécessaires pour épargner les civils. Ils en discutent ensuite dans le cadre d’entretiens bilatéraux et confidentiels avec les parties au conflit.
Enfin, le CICR a récemment lancé une campagne d’affichage dans les régions de Mindanao touchées par le conflit, pour mettre en garde la population contre les dangers des munitions non explosées.
L’opération d'urgence menée conjointement par le CICR et la Croix-Rouge philippine vient compléter les activités d’assistance déployées par les organismes publics nationaux et d’autres organisations internationales.
Le CICR à Mindanao : faits et chiffres
Depuis le début de la crise, le 10 août 2008, le CICR a :
- doublé ses effectifs à Mindanao, qui comptent actuellement 53 collaborateurs, chauffeurs compris ;
- distribué des vivres à 99 067 personnes dans les provinces de Cotabato-Nord, Maguindanao, Lanao del Norte et Sarangani ;
- distribué des articles ménagers de première nécessité à 49 020 personnes dans ces provinces ;
- approvisionné plus de 50 000 personnes en eau potable et mis à leur disposition des installations sanitaires dans les provinces de Cotabato-Nord, Maguindanao et Lanao del Norte – ce qui a impliqué la construction ou la protection de 15 puits peu profonds équipés de pompes à main, l’installation de huit réservoirs et bornes-fontaines, la remise en état d’un système de distribution d’eau dans une école, la prise en charge des frais d’électricité et d’eau pour les puits alimentant trois centres d’évacuation, et la construction de plus de 100 latrines ;
- fourni des médicaments et du matériel médical à huit centres de soins de santé et un hôpital de Mindanao et soigné une centaine de personnes, dont des blessés de guerre et des personnes déplacées ;
- monté un entrepôt à Davao, à partir duquel l'institution peut distribuer chaque jour jusqu’à 3 000 rations alimentaires ou des assortiments d’articles ménagers de première nécessité ;
- organisé des séances de diffusion du droit international humanitaire à l’intention des forces armées philippines et des unités territoriales des forces de défense civile (Civilian Armed Forces Geographical Units, CAFGU).
Activités dans d’autres régions des Philippines
Parallèlement, le CICR poursuit les activités qu’il mène ailleurs aux Philippines. L’institution suit notamment de près les conséquences pour les civils du conflit entre les forces armées et la Nouvelle armée du peuple dans le sud de Luçon et les Visayas. Les délégués du CICR y rencontrent des familles éprouvées, des victimes de violations du droit international humanitaire et des personnes déplacées par les combats, entre autres. Ils informent ensuite les parties au conflit des préoccupations de l'institution. D'autres activités portent sur des projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement dans des régions durement atteintes par le conflit.
Le CICR visite également des personnes détenues et soutient des travaux de rénovation touchant à l’eau, la santé et l’habitat qui sont réalisés dans 26 prisons et dont quelque 14 000 détenus bénéficieront. Depuis le début de 2008, il a aussi distribué des articles d’hygiène à plus de 7 500 détenus dans huit prisons. Un programme de visites familiales a en outre permis aux membres de plus de 400 familles de rendre visite à des proches détenus dans différents endroits.
Le CICR mène régulièrement des activités destinées à sensibiliser le public au droit international humanitaire et aux principes humanitaires fondamentaux. Rien qu’en septembre, il a organisé plusieurs manifestations sur cette question, dont un séminaire de trois jours, auquel ont pris part 21 officiers de police de haut rang.
Le CICR travaille chaque jour en coopération avec la Croix-Rouge philippine à Mindanao, comme dans d’autres régions de l’archipel.
Informations complémentaires :
Iolanda Jaquemet, CICR Manille, tél. : +63 90 868 382 64
Carla Haddad Mardini, CICR Genève, tél. : +41 22 730 24 05 ou +41 79 217 32 26