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24-04-2008  Éclairage  
Comores : une équipe chirurgicale du CICR envoyée sur place lors des récents combats
Tandis qu’en mars dernier, les tensions s’intensifiaient dans cet État de l’océan Indien, le CICR a envoyé une équipe chirurgicale sur l’île d’Anjouan, pour aider les hôpitaux de la région à faire face à un éventuel afflux massif de blessés. Interview.

©CICR/P. Yazdi
Bureau de la délégation régionale du CICR à Nairobi. L’équipe chirurgicale envoyée aux Comores du 19 au 31 mars 2008.

Le 25 mars dernier, des troupes de l’Union des Comores débarquaient sur l’île d’Anjouan. Avec le soutien de l’Union africaine, les forces armées comoriennes, appuyées notamment par des troupes soudanaises et tanzaniennes, ont repris le contrôle de l’île, après que toutes les négociations pour une résolution pacifique de la crise eurent échoué. La situation prévalant dans ce petit État de l’océan Indien constitué des îles d’Anjouan, de Moheli et de la Grande Comore, s’était détériorée l’an dernier, lorsque les résultats des élections qui s’étaient déroulées à Anjouan avaient été contestés par les autorités fédérales.

Une équipe chirurgicale du CICR se trouvait aux Comores déjà trois jours avant le début de l’offensive, prête à faire face à toute urgence éventuelle. Jean-Marc Fiala, un chirurgien suisse, Andrea Reis, une anesthésiste allemande, et Miwa Hanai, une infirmière japonaise, ont vécu des jours de grande tension, des combats ayant éclaté à proximité de leur hôtel. De retour à Nairobi, ils racontent leur mission pour le site Web du CICR.


Quel était le but de votre mission ?

Jean-Marc Fiala
Le CICR nous a envoyés sur place pour apporter notre soutien au Croissant-Rouge comorien et pour aider l’hôpital Hombo d’Anjouan, au cas où il y aurait beaucoup de blessés. Comme nous voulions être prêts à opérer aussi dans d’autres hôpitaux, nous avons emporté avec nous du matériel chirurgical de base, notamment une boîte d’amputation et des anesthésiants. Du matériel chirurgical supplémentaire avait été envoyé sur place au préalable. Nous sommes arrivés juste à temps à la Grande Comore pour prendre le dernier vol pour Anjouan le 22 mars.


Quelle est la première chose que vous avez faite en arrivant ?

Jean-Marc Fiala
Nous nous sommes rendus directement à l’hôpital pour nous présenter et évaluer les besoins. On nous attendait et nous avons immédiatement eu un excellent contact. Les médecins et les infirmiers nous ont dit que notre aide serait hautement appréciée si l’hôpital se retrouvait soudainement submergé par un afflux massif de blessés, estimant cependant qu’ils étaient en mesure de gérer seuls une situation modérément difficile.

Andreas Reis :
Le même jour, nous avons également rendu visite à nos collègues du Croissant-Rouge, qui avaient déjà mis en place plusieurs postes de premiers secours, avec le soutien de la délégation régionale du CICR de Pretoria. Ils nous ont dit combien ils avaient aimé les trousses de pansements (bandes, désinfectants, gants stériles, etc.) qu’ils avaient reçus du CICR.


Où étiez-vous lorsque les combats ont éclaté ?

Jean-Marc Fiala :
Nous nous étions installés dans un hôtel et nous nous tenions prêts à intervenir à tout moment. Toutefois, les violences qui ont éclaté le 25 à l’aube nous ont empêchés de nous déplacer, et nous avons dû rester toute la journée à l’intérieur de l’hôtel, à l’abri des combats. Et, même si je n’en étais pas à ma première expérience en zone de conflit – j’ai travaillé par exemple en Afghanistan –, j’ai trouvé cette situation passablement effrayante.

Miwa Hanai :
C’était ma première mission avec le CICR et, malgré la tension, je continue à penser que cela a été une très bonne expérience, qui m’a permis de me rendre compte des circonstances dans lesquelles le CICR est amené à travailler.


Avez-vous pu vous rendre à l’hôpital le jour suivant ?

Jean-Marc Fiala :
Oui, nous y sommes allés directement le lendemain matin. Il y avait peu de monde dans les rues, et tous les commerces étaient fermés. En arrivant à l’hôpital, nous avons pu constater qu’il y avait heureusement peu de blessés. À la fin des combats, le lendemain, on dénombrait deux morts, plus vingt personnes blessées par balle, qui avaient reçu des soins. Le personnel de l’hôpital s’en était très bien sorti.

Andrea :
Les postes de premiers secours du Croissant-Rouge étaient aussi tous opérationnels. Nous en avons visité un, dans la zone la plus exposée (Ouani), et nous avons été impressionnés de voir avec quel dévouement les membres et les volontaires de la Société nationale s’acquittaient de leur tâche. Ils avaient soigné les blessés légers sur place et transféré les cas plus graves à l’hôpital.


De manière générale, quel sentiment vous a procuré cette mission ?

Andrea
Nous sommes très heureux qu’il n’y ait pas eu beaucoup de victimes. Cela aurait pu être bien pire, et nous étions prêts à intervenir. Mais les médecins et le personnel infirmier de l’hôpital Hombo ont fait un excellent travail. Ce qui a été difficile pour nous, c’était d’attendre pris au milieu des combats, sans pouvoir faire quoi que ce soit ; s’occuper des blessés vous empêche de penser aux dangers qui vous entourent !

Interview réalisée par Nicole Engelbrecht et Yolanda Jaquemet, déléguées du CICR à Nairobi

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24-04-2008