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14-05-2009  Interview  
Soudan : satisfaire les besoins des civils dans des conditions complexes
Au Soudan, les derniers événements, notamment l’expulsion d’organisations non gouvernementales, ont eu un impact sur la situation humanitaire. Comme par le passé, le CICR répond aux besoins urgents, en coordination avec d’autres acteurs humanitaires. Explications de Jordi Raich Curco, chef de délégation au Soudan.

Le gouvernement du Soudan a expulsé 13 organisations non gouvernementales (ONG) après la mise en examen, en mars dernier, du président soudanais Omar Al-Bashir par la Cour pénale internationale. En quoi cela a-t-il affecté la situation humanitaire au Soudan, en particulier au Darfour ?

© CICR
Jordi Raich Curco, chef de la délégation du CICR au Soudan.

Le départ des 13 ONG internationales du Darfour et d’autres régions du Soudan a eu des conséquences négatives pour les organismes humanitaires et leur travail dans le pays, en particulier au Darfour, et notamment dans les zones reculées où seules quelques rares ONG fournissent des services.

Les organismes des Nations Unies et les partenaires qui leur restent, ainsi que le gouvernement soudanais, cherchent actuellement d’autres moyens de poursuivre leurs programmes et d’en lancer de nouveaux. Les acteurs humanitaires encore présents au Soudan ont tenu une série de réunions et mené une mission conjointe au Darfour – avec des représentants du gouvernement et des Nations Unies – afin d’évaluer la situation et de trouver des moyens de répondre aux besoins.

La situation est jugée stable, les principaux besoins – à savoir les vivres, les soins de santé et l’eau potable – étant couverts jusqu’à la fin du mois de mai.

Quelles ont été les conséquences de ces événements pour les opérations du CICR au Darfour ?
    Au Darfour, le CICR continue d’axer ses activités sur les zones rurales et reculées où les besoins restent les plus pressants. L’objectif de son approche est double : répondre aux urgences en fournissant une assistance (vivres, articles ménagers, services de santé) aux personnes en détresse ; et aider à préserver les moyens de subsistance des personnes en danger de façon à ce qu’elles ne deviennent pas dépendantes de l’aide humanitaire. À cette fin, le CICR se concentre sur l’amélioration de la production agricole et des services vétérinaires, la réhabilitation des principaux points d’eau vitaux et le soutien aux dispensaires et aux services pour amputés.

    Le CICR coordonne son action avec les autres membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Soudan, en particulier avec le Croissant-Rouge soudanais, son principal partenaire dans le pays. Avec le départ des ONG, le Croissant-Rouge soudanais s’est lui-même trouvé dans le besoin, la nécessité de combler certains des vides laissés mettant ses capacités à rude épreuve.

    Avez-vous dû modifier votre stratégie en raison des derniers événements ?

    Je ne dirais pas qu’elle a été modifiée. Nos principales opérations au Darfour et dans le reste du pays se poursuivent. Nous disposons constamment d’au moins 16 équipes qui travaillent depuis11 structures permanentes dans tout le pays. Le Soudan est notre plus grande opération dans le monde et, étant donné l’ampleur de nos activités au Darfour, nos capacités ne sont pas suffisantes.

    C’est pourquoi, bien que les interventions en cas d’urgence restent la priorité de l’institution, le CICR interviendra aussi lorsque des vies sont en jeu et qu’il peut avoir un impact. Par exemple, le CICR mène actuellement une campagne contre une épidémie de méningite dans l’ouest du Jebel Marra au Darfour. Cette activité imprévue est une réponse à un besoin soudainement apparu dans une région où le CICR est l’une des seules organisations présentes et capables de lutter contre ce problème. Cette campagne est menée en coopération avec Médecins Sans Frontières (Suisse), le ministère de la Santé, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance et l’Organisation mondiale de la santé.

    Cette campagne a pour but de vacciner 65% de la population âgée de 2 à 30 ans dans la région touchée par l’épidémie. À ce jour, quelque 36 000 personnes (près de 80% de la population cible) ont été vaccinées.

    Quels sont les principaux défis que le CICR a rencontrés récemment dans la conduite de ses opérations ?
      La sécurité entrave toujours les activités que nous voudrions mener dans certaines régions du pays. Nous sommes préoccupés par la détérioration des conditions de sécurité dans certaines zones du Darfour, et appelons les différentes communautés et parties à respecter les travailleurs humanitaires. De plus, la saison des pluies est imminente. Elle entraînera des contraintes logistiques et détériora l’état des routes, ce qui restreindra les déplacements du CICR, en particulier dans le centre et le sud du Soudan.

      Un problème que nous essayons souvent de résoudre, en particulier avec les médias, est comment susciter de l’intérêt pour tout le pays, et pas seulement pour le Darfour. Alors que le Darfour est au centre de l’attention depuis quelques années, le reste du pays connaît aussi des besoins et des situations d’urgence.

      Ces derniers mois, par exemple, l’Armée de résistance du Seigneur, un groupe armé ougandais, a attaqué la région bordant la frontière avec la République démocratique du Congo et l’Ouganda, contraignant les habitants à fuir de leur village. Alors que les civils congolais cherchent refuge au Soudan, les villageois soudanais fuient vers des lieux plus sûrs dans leur pays. Le CICR et le Croissant-Rouge soudanais ont fait de grands efforts pour fournir une aide d’urgence et essayer de retrouver les membres des familles dispersées durant leur fuite.

      Le CICR est-il encore présent dans le Sud-Soudan, après la signature de l’Accord de paix global en 2005 ?

      Le CICR garde une mission dans le Sud-Soudan, où nous travaillons depuis 1986. Malgré la stabilité relative qui y règne depuis la signature de l’accord, les tensions et les affrontements occasionnels privent les habitants de toutes ressources.

      Dans le Sud-Soudan, qui est en transition entre la guerre et une ère de paix et de développement, le CICR s'attache à répondre aux besoins humanitaires et à promouvoir le droit international humanitaire. Dans la région de la frontière nord-sud et dans le Sud-Soudan, les délégués du CICR enregistrent les allégations de violation du droit humanitaire et engagent un dialogue confidentiel avec les parties concernées dans la région de la frontière sur la façon de prévenir d’autres infractions.

      L’assistance fournie par l’institution au Sud-Soudan est en partie destinée à éliminer certaines des séquelles de la longue guerre qui a pris fin avec la signature de l’accord.

      Quelque 35 000 personnes handicapées du Sud-Soudan, dont de nombreuses victimes de guerre, ont dorénavant accès à des soins et à une assistance dans un nouveau centre de réadaptation physique à Juba. Construit et équipé par le CICR pour 1,8 million de dollars US, ce centre ultramoderne fournit des prothèses et des orthèses aux amputés et aux personnes souffrant d’un handicap physique. Le CICR est encore impliqué dans les activités du centre, et soutient la formation de ses employés afin de maintenir la qualité des services.

      Le centre a une capacité de 60 lits destinés aux habitants du Sud-Soudan et accueillera jusqu’à 100 patients par mois lorsqu’il sera pleinement opérationnel.

      © CICR/P. Dutilleul
      Région de Jebel Marra, Nord Darfour. Le CICR distribue des vivres, des semences et des outils agricoles à des civils.


      © CICR/P. Dutilleul
      Région de Jebel Marra, Nord Darfour. Des villageois reçoivent de la nourriture, des semences et des outils agricoles du CICR.


      © CICR/P. Dutilleul
      Samra, à l’est de Kabkabiya. Le CICR distribue des semences et des outils agricoles à des villageois.

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