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24-09-2009  Interview  
Soudan : situation de violence et de déplacement pour les communautés du Sud, aide toujours nécessaire pour la population du Darfour
Des affrontements au Sud-Soudan ont fait des centaines de morts et causé le déplacement de milliers d'autres cette année. Au Darfour, pendant ce temps, les opérations militaires ont nettement diminué mais le banditisme s'aggrave. Jordi Raich Curco dirige les opérations du CICR au Soudan. Il décrit la situation ainsi que l'action menée par l'institution.

© CICR
Jordi Raich Curco, chef de la délégation du CICR au Soudan.
Quelle est la situation actuelle au Sud-Soudan ?

Des affrontements entre communautés se produisent dans le Sud depuis un certain temps, surtout dans des régions reculées des États du Jonglei et du Nil supérieur, dans des localités telles qu'Akobo, Nasir et Pibor. La violence y a fait au moins 1 200 morts et a entraîné le déplacement de plus de 20 000 personnes depuis le début de l'année. Les civils, surtout les femmes et les enfants, sont de plus en plus souvent la cible d'attaques.

Les pluies sont arrivées tard cette année, et il n'y en a pas eu assez, ce qui a rendu la vie encore plus difficile pour les habitants obligés de fuir et les communautés locales qui les ont accueillis. Des personnes qui étaient déjà très vulnérables doivent affronter des épreuves supplémentaires car beaucoup ont perdu leurs moyens de subsistance lorsqu'elles ont dû abandonner leurs terres. Il est difficile pour le gouvernement ou les organisations humanitaires d'atteindre ces gens, pour plusieurs raisons : la situation de sécurité est souvent instable dans cette partie du pays, la région est isolée, l'infrastructure des transports est mauvaise et le terrain devient encore plus difficile pendant la saison des pluies.

Que fait le CICR pour aider les personnes touchées par la violence au Sud-Soudan ?

Jusqu'à présent, le CICR a aidé près de 17 000 personnes à Akobo et Nasir, et nous envoyons une équipe d'évaluation à Pibor. C'est dans ces trois endroits qu'il semble y avoir le plus de besoins.

Au cours de la première semaine de septembre, le CICR a distribué des semences, des outils et du matériel de pêche donnés par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à l'intention de quelque 15 000 déplacés à Akobo, afin que cette population puisse retrouver son autosuffisance et que les familles aient les moyens de se nourrir.

Quelques jours plus tard, une barge du CICR a apporté 22 tonnes de matériel dont les déplacés avaient un besoin urgent, notamment des feuilles de plastique pour abris temporaires, des vêtements, du savon et d'autres articles ménagers de première nécessité. Par ailleurs, une équipe du CICR a réparé plusieurs robinets et remis en état une pompe qui distribue de l'eau potable à dix points d'eau de la ville.

À Nasir également, une barge du CICR a amené des semences, du matériel de pêche et des articles ménagers essentiels à 1 500 personnes dont les maisons avaient été brûlées au cours d'une attaque en juin.

Les affrontements qui ont eu lieu à Pibor ont aussi déplacé des communautés, et une équipe du CICR se trouve actuellement dans cette localité pour évaluer leur situation. C'est sur la base des conclusions de cette équipe que le CICR décidera des mesures à prendre.


Il semblerait que les attaques de l'Armée de résistance du Seigneur se multiplient près de la frontière avec la République démocratique du Congo. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Une nouvelle série d'affrontements et d'attaques a commencé en décembre 2008 après l'échec de la signature d'un accord de cessez-le-feu entre l'Ouganda et l'Armée de résistance du Seigneur (LRA). Des attaques attribuées à la LRA ont ciblé des civils dans quatre pays : le Soudan, l'Ouganda, la République démocratique du Congo (RDC) et la République centrafricaine. Après une période de calme relatif, les combats ont repris fin juillet, avec des attaques contre des villages de la Province orientale de la RDC et le long de la frontière de la République centrafricaine avec le Sud-Soudan. Au Soudan, des attaques subies par les villes d'Ezo, de Source Yubo et de Tambura, dans l'État d'Équatoria occidental, ont fait fuir des habitants et causé des pertes en vies humaines et des destructions de biens. Selon les chiffres des Nations Unies, depuis le début de cette année, les combats ont provoqué le déplacement plus de 66 000 Soudanais et forcé près de 17 000 Congolais à chercher refuge dans des camps au Sud-Soudan.

Les attaques ont dispersé des familles, et le CICR recherche les proches de plus d'une centaine d'enfants congolais réfugiés. Certains enfants ont maintenant été réunis avec leurs familles en RDC. Des équipes du CICR ont réparé des pompes à eau et d'autres équipements d'approvisionnement en eau pour les réfugiés congolais à Sakure, Sangua et Gangura, et ont fait de même pour les déplacés soudanais à Ezo et Naandi. À Makpandu, le CICR a fait don d'une pompe submersible au HCR, et il a creusé trois nouveaux forages à Maridi. Le CICR a aussi distribué des articles ménagers essentiels aux familles déplacées dans ces zones.

Que pense le CICR de la situation actuelle au Darfour ? Est-il vrai que le conflit soit terminé, comme certaines organisations l'ont déclaré récemment ?

Il n'y a toujours pas d'accord de cessez-le-feu ni d'accord de paix entre les belligérants. Cela signifie qu'il y a toujours un conflit armé non international qui n'est pas résolu. Cependant, le niveau de violence armée et le nombre d'opérations militaires importantes ont nettement diminué par rapport à 2003 et 2004. On a observé quelques signes encourageants, notamment la participation du CICR à la remise au gouvernement soudanais de 60 prisonniers détenus par le Mouvement pour la justice et l'égalité. Des négociations sont en cours dans plusieurs pays, et nous espérons qu'elles apporteront la paix au Darfour.

Cela dit, il y a eu plusieurs affrontements armés dans cette région cette année, ce qui a entraîné de nouveaux déplacements de population. La forte augmentation du banditisme et de la criminalité est une source de préoccupation croissante. Ce sont les habitants de la région qui souffrent le plus, mais les organisations humanitaires sont elles aussi touchées. Il y a déjà eu quatre enlèvements de travailleurs humanitaires cette année, et certaines des personnes kidnappées sont toujours détenues par leurs ravisseurs. Nous ne devons pas oublier que toutes ces personnes sont venues au Darfour pour aider la population victime du conflit.

Le CICR peut-il continuer à travailler au Darfour malgré les dangers que cela représente ?

L'opération du CICR au Soudan reste la plus vaste qu'il mène dans le monde. Nous accomplissons beaucoup, malgré les problèmes d'accès et de sécurité. En plus de fournir une assistance d'urgence après les affrontements armés, le CICR aide les communautés isolées à conserver leurs moyens d'existence traditionnels. Cette année, 400 000 personnes ont reçu des semences et des outils avant la saison des pluies afin de pouvoir avoir leurs propres cultures. Nous avons aussi lancé un projet de multiplication de semences en coopération avec les instituts de recherche agricole de trois villes. Dans des régions reculées à population nomadique, nous continuons d'organiser la vaccination du bétail, jusqu'à 850 000 bêtes, contre cinq maladies importantes.

Une autre priorité est de donner à la population accès à de l'eau potable dans les zones reculées de la région, où nos équipes chargées de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement sont en train de rénover et d'entretenir des points d'eau ruraux et urbains qui desservent une population de plus d'un quart de million de personnes, et de dispenser la formation nécessaire à des comités locaux de gestion de l'eau. Nous assurons aussi des soins à plus de 90 000 personnes grâce à dix centres de soins de santé primaires soutenus par le CICR dans des zones isolées où ce type de services n'existe pas, en raison de problèmes de sécurité, entre autres. Avec l'aide de volontaires du Croissant-Rouge soudanais, nous continuons à fournir eau et assainissement et à gérer un centre de soins pour plus de 131 000 déplacés dans le camp Gereida. Et avec le concours des Sociétés de la Croix-Rouge britannique et australienne, nous nous occupons des enfants souffrant de malnutrition en menant un programme d'alimentation thérapeutique au centre nutritionnel. En outre, le CICR récolte et distribue dans tout le Darfour des centaines de messages Croix-Rouge contenant des nouvelles familiales.

Il est important de mentionner, par ailleurs, que le CICR suit les allégations de violations du droit international humanitaire et communique ses constatations confidentiellement à toutes les parties au conflit. En même temps, il rappelle à ces parties leur obligation de ne pas faire de mal aux civils pendant les affrontements armés.

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24-09-2009