Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
water-day-interview-200307
20-03-2007  Interview  
Journée mondiale de l'eau : fournir de l'eau à des millions de gens affectés par les conflits
Plus d'un milliard de gens n'ont pas accès à l'eau. Pour près de 300 millions d'entre eux, ce problème est exacerbé par un conflit armé ou la violence interne. À l'occasion de la Journée mondiale de l'eau 2007, Robert Mardini, responsable de l'unité eau et habitat du CICR, explique l'approche spécifique de l'organisation dans des contextes de conflit armé.

1. Que signifie ne plus avoir accès à l'eau potable dans un conflit armé ?

D'une part, cela signifie que la vie est menacée de manière très directe pour des raisons purement physiologiques : l'homme ne peut pas survivre plus de trois jours sans eau. D'autre part, tout le monde a besoin d'eau pour se laver, cuisiner, nettoyer ses affaires. Le manque d'eau amène une dégradation de l'hygiène corporelle et de l'environnement direct comme le logement et le matériel de cuisine, provoquant le développement parfois spectaculaire des épidémies.

À cela s'ajoute dans un conflit armé la nécessité de s'exposer pour trouver de l'eau. Aller chercher de l'eau dans une ville en guerre peut vouloir dire que vous mettez votre vie en jeu pour quelques litres d'un liquide très commun ! Dans certains milieux semi-désertiques, comme dans la Corne de l'Afrique, les variations climatiques d'une année sur l'autre et l'insécurité poussent nomades et populations sédentaires à s'affronter pour l'accès à l'eau. C'est une donnée fondamentale autant pour les humains que pour le bétail. Quand le bétail meurt de soif, les populations ne peuvent plus assurer leur subsistance. Les nomades sont alors obligés de migrer à la recherche de pâturages au-delà de leurs zones traditionnelles et entrent souvent en conflit avec d'autres populations.


2. Le manque d'eau provoque parfois de forts antagonismes entre différentes communautés. Quelle est la valeur ajoutée du CICR dans de telles circonstances ?

Dans les contextes de crise où le CICR intervient, il est parfois difficile d'identifier avec certitude les raisons à l'origine des tensions entre communautés. Des problèmes existants sont parfois exacerbés par la raréfaction des ressources en eau, ou alors, dans cas extrêmes, la lutte pour l'eau peut devenir la principale cause des affrontements. Quoi qu'il en soit, les ingénieurs CICR sur le terrain ont pour objectif de trouver des solutions adaptées pour apaiser les tensions. L'amélioration de l'accès à l'eau se fait à travers la réhabilitation de stations de pompage, de forages, de puits et parfois de distributions directes en cas d'urgence.

Nos ingénieurs doivent aussi avoir une connaissance de l'environnement socioéconomique des communautés pour déterminer quelles solutions sont les plus adaptées et éviter qu'un projet soit en fait à l'origine de tensions supplémentaires. Nous impliquons donc les bénéficiaires et nous travaillons en partenariat étroit avec les régies des eaux locales.

Nous privilégions le dialogue, c'est ce qui nous permet de négocier au mieux nos interventions et que nos efforts bénéficient à tous, quel que soit le camp auquel appartiennent les gens que nous aidons. Nous avons toujours réussi à nous mettre d'accord avec les régies sur une distribution équitable de l'eau. Le CICR neutre et impartial défend ses convictions, y compris dans le domaine de l'eau.

Notre préoccupation constante est de protéger toutes les personnes qui ont pour tâche de ramener de l'eau à la maison, que ce soit des femmes, des enfants ou des hommes. En ce sens, nous creusons des puits le plus près possible de là où habitent les bénéficiaires afin de diminuer les risques d'attaques pendant les trajets. À noter également le rôle de facilitateur joué par le CICR dans de nombreux contextes urbains où le personnel des régies des eaux n'ose plus sortir pour effectuer son travail. En accompagnant les ingénieurs locaux en charge sur le terrain, le CICR leur offre la protection conférée par l'emblème de la Croix-Rouge, donc des conditions de sécurité acceptables. C'est ce qui s'est passé en Irak, en Haïti ou au Liban.


3. Les conflits affectent de plus en plus des zones fortement urbanisées, comme on a pu le voir pendant l'été 2006 au Liban. Comment le CICR répond-t-il à ce défi ?

Le CICR a développé son savoir-faire en milieu urbain ces 20 dernières années, surtout dans les urgences complexes où l'on retrouve une forte densité de population, des systèmes d'approvisionnement relativement sophistiqués et la fragmentation des autorités. Dans un premier temps, il faut juguler les risques d'épidémies mais on ne peut le faire sans la connaissance des systèmes techniques en place. La présence du CICR sur le long terme dans de nombreux pays nous donne cette connaissance, non seulement des installations mais aussi des hommes qui les font fonctionner. Dans les Balkans, en Irak, en Afghanistan, les ingénieurs du CICR et des services des eaux ont accompli des miracles en un temps record.

Par la suite, nous nous efforçons d'améliorer les systèmes car la plupart du temps ils ne répondent plus à la demande du fait de l'accroissement de la population et du manque d'investissements nécessaires à leur entretien ou à leur renouvellement. À chaque fois, ces interventions s'inscrivent dans des stratégies répondant sur la durée aux objectifs des régies des eaux et aux besoins des populations. On ne met pas des sparadraps sur les installations, c'est un vrai travail de fond.

Il faut rappeler que notre but n'est pas un but d'ingénierie pure mais un but de santé publique. L'accès à l'eau seul ne suffit pas : il faut aussi assurer sur le long terme la production en quantité suffisante d'une eau de qualité. Voilà pourquoi on devrait avoir une journée internationale de l'eau et de l'assainissement, car ce sont deux domaines que l'on ne peut dissocier.


4. Les ingénieurs du CICR interviennent aussi beaucoup dans les lieux de détention. Quelle est leur approche ?

Nous travaillons avec les autorités détentrices dans une logique de soutien. Nous essayons d'éviter la substitution à moins que la vie des détenus soit immédiatement menacée. Le travail se fait là aussi sur le long terme et de manière préventive car les épidémies de typhus ou de choléra sont très difficiles à éradiquer en milieu carcéral.

Les ingénieurs doivent jongler avec de nombreux paramètres pour éviter ou juguler la propagation d'épidémies dans des endroits très confinés. Contrairement à des milieux ruraux, la même quantité d'eau par personne dans ces endroits fermés ne suffit pas à assurer un environnement sanitaire acceptable. Nous devons donc être très professionnels dans notre démarche.

Notre travail d'assistance dans les lieux de détention est très complémentaire de ce que le CICR y accomplit en matière de protection. Nos collègues ingénieurs sur le terrain sont focalisés sur le bien-être de la personne et l'amélioration des conditions matérielles de détention. Par conditions matérielles, on entend l'accès à l'eau, que ce soit pour boire ou se laver, mais aussi la sécurité alimentaire en assurant le fonctionnement normal des cuisines. Leur travail couvre également l'environnement de vie en général et l'espace disponible pour chaque détenu : on parle ici de ventilation, d'éclairage ou d'accès à une cour extérieure...

Enfin, il est clair que nous prenons en compte la situation des quartiers environnants aux lieux de détention car l'ensemble de la population d'une zone doit être traité de façon équitable. Dans de nombreux cas, nous développons des projets dans ces quartiers pour éviter que la population se sente marginalisée. C'est la même logique qui s'impose dans les camps déplacés : la population résidente doit pouvoir bénéficier de conditions d'accès à l'eau et à la santé similaires.

© CICR / Dominic Sansoni / lk-e-00271
Batticaloa, camp de personnes déplacées de Kiran. Le CICR a procédé à des distributions quotidiennes d’eau potable et a construit des latrines et des douches.
© CICR / Benoît Schaeffer /lb-e-00515
Sud Liban. Équipe du CICR travaillant à la réparation du système d'approvisionnement en eau dans la région.
Voir aussi
Histoires du terrain
  • Éthiopie : l'accès à l'eau potable, une lutte pour la survie
  • Népal : Népal : l’eau nécessaire à la survie revient et l’espoir renaît
  • Tchad : l'eau potable, une ressource vitale


  • Communiqué de presse :
    Le CICR contribue à rétablir l'approvisionnement en eau pour plus de 16 millions de personnes

    Vidéo : Changer Cité-Soleil

    Interview : l'eau et le DIH


    Partager :
    Autres documents dans cette section :
    Activités > Assistance > Eau et habitat 


    Vers le haut
    Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
    © 2008  Comité international de la Croix-Rouge
    20-03-2007