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9-06-2008  Éclairage  
Zimbabwe : un long parcours semé d’espoir jusqu’aux retrouvailles
Quand le conflit en République démocratique du Congo s’est étendu au village d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, les habitants ont fui, craignant pour leur vie. Nombre d’entre eux ont été séparés de leur famille. Certains, à l’instar de Domina, ont entrepris un éprouvant voyage en direction de camps de réfugiés soutenus par le CICR, tels que Tongogara, situé dans un pays voisin, le Zimbabwe. Récit de Mabel Sithole.

Dans la chaleur étouffante du soleil estival, Domina évoque la vie à Uvira, le seul foyer qu’elle ait jamais connu avant que des combats n’y éclatent. Assise à l’ombre d’un petit msasa, cette femme d’une cinquantaine d’années, mère de six enfants, essuie des perles de sueur de son front et, accablée en pensant avec effroi au sort de ses sœurs cadettes, se demande si elle les reverra un jour.

Elle raconte comment elle est parvenue à s’enfuir d’Uvira avec ses six enfants et d’autres villageois, pendant les combats. Ils ont marché des jours entiers en mendiant de la nourriture et de l’eau, avant d’atteindre les rives du lac Tanganyika. Là, des canoës leur ont fait traverser le lac jusqu’à la petite ville de Mpulungu, en Zambie.

Épuisée et affamée, Domina était surtout soulagée d’être en sécurité, loin des combats. Toutefois, elle était en permanence préoccupée par le sort de son mari et de ses sœurs. Angoissée, elle a passé Mpulungu au peigne fin, à la recherche d’un membre de sa famille qui aurait réussi à s’enfuir.

De la Zambie au Zimbabwe

Quelques jours après, Domina a décidé de se rendre au Zimbabwe avec ses six enfants, dans l’espoir de retrouver ses proches dans un camp de réfugiés appelé Tongogara. Elle a parcouru environ 1 400 km en bus et en camion durant plusieurs jours.

Bien que le trajet lui ait semblé interminable, Domina est restée optimiste à la pensée de retrouver son mari et ses sœurs. Une fois arrivés au camp, Domina et ses enfants ont été reçus par des fonctionnaires gouvernementaux et des représentants du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), chargés de faciliter leur intégration. Peu de temps après, Domina s’est adressée aux autorités du camp pour obtenir des renseignements sur les membres de sa famille, mais elle a été déçue de ne rien apprendre sur eux. Néanmoins, quelques jours après, elle a rencontré par hasard son cousin, Mamadou, qui se rendait parfois au camp depuis Harare.

Des nouvelles, enfin

De nombreux mois se sont écoulés, au cours desquels Domina et ses enfants se sont installés dans le camp. Puis, un jour, un réfugié qui s’était porté volontaire pour distribuer des messages Croix-Rouge pour le CICR est venu lui transmettre un message pour son cousin, Mamadou, qui se trouvait alors à Harare. Le message provenait de la sœur de Domina, Dorcas Myinyi. Domina était soulagée à l’idée d’apprendre que sa sœur était en vie et en bonne santé, mais le message lui révélait que Dorcas vivait à présent dans un pays lointain : l’Australie !

Quelques semaines plus tard, un autre message Croix-Rouge est arrivé, cette fois de la part d’une autre sœur portée disparue, Tendilonge, qui vivait dans un camp de réfugiés au Burundi. L’espoir de revoir un jour son mari et ses autres sœurs est alors né chez Domina.

« C’était absolument merveilleux de contacter mes sœurs. L’une d’elles est allée en Australie et je l’ai retrouvée grâce à la Croix-Rouge », déclare Domina. Même si, alors, elle ne savait pas si elle reverrait Tendilonge, les trois sœurs sont restées en contact par le biais de la Croix-Rouge.

L’espoir brille de mille feux

En décembre 2007, Tendilonge a quitté le Burundi avec ses cinq enfants pour rejoindre Domina à Tongogara. Les deux sœurs se sont retrouvées dans la joie.

« J’étais si heureuse, tout d’abord parce que je ne savais pas où se trouvait ma sœur, ensuite parce que cela faisait deux ans que je ne l’avais pas vue », confie Domina.

Pour Tendilonge, la joie des retrouvailles avec Domina était mêlée à la tristesse qu’elle éprouvait pour son mari porté disparu, resté au pays quand elle s’est enfuie au Burundi. Elle conserve néanmoins l’espoir qu’ils soient de nouveau réunis. En outre, Domina et Tendilonge croient fermement qu’un jour, elles retrouveront leur sœur, Mulumderwa.

Voir aussi l’article intitulé : Un tournant inattendu : l'histoire de Mulumderwa

©CICR/M. Sithole
Camp de réfugiés de Tongogara, au Zimbabwe. Domina raconte son histoire.



Camp de réfugiés de Tongogara

Tongogara a ouvert le 17 février 1984. Ses premiers résidents comptaient 17 réfugiés qui avaient fui la guerre civile au Mozambique. « En dix ans, la population du camp a atteint quelque 60 000 réfugiés mozambicains », explique l’administrateur du camp, M. Mlambo.

Après la guerre civile, en 1994, la plupart des réfugiés ont été rapatriés avec succès. Toutefois, des conflits en Angola, au Burundi, en Érythrée, en Éthiopie, en Ouganda, en République démocratique du Congo, au Rwanda et au Soudan ont entraîné de nouveaux flux de réfugiés à partir de 1998. Aujourd’hui, le camp abrite plus de 2 600 personnes, dont la plupart viennent de la République démocratique du Congo. Le CICR participe au rétablissement du contact entre des membres de familles dispersées qui vivent dans le camp et leurs proches.

« J’apprécie le CICR pour le rôle efficace qu’il joue dans le rétablissement des liens entre des membres de familles dispersées qui se trouvent à Tongogara et leurs êtres chers », remarque M. Mlambo.
©CICR/M. Sithole
Camp de réfugiés de Tongogara, au Zimbabwe. Le camp est une ruche d’activités : les enfants jouent, tandis que les hommes et les femmes accomplissent leurs tâches quotidiennes.

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9-06-2008