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Comité international de la Croix-Rouge
15-09-1995  Rapport  
Questions et Défis - C. Les liens entre l'action humanitaire et l'action politique, économique et militaire
Extrait de "Principes et intervention en matière d'assistance et de protection dans le cadre de l'action humanitaire internationale; XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge"


Aujourd'hui, l'action humanitaire se heurte à de nombreux dilemmes. Faut-il nourrir les réfugiés ou aider à rechercher les auteurs de violations des droits de l'homme? Fournir une assistance humanitaire ou pousser à l'action politique? Chercher une place éminente dans les médias ou continuer à travailler anonymement? Résoudre ces dilemmes fait partie intégrante du travail humanitaire actuel.

Si elle aide à pourvoir aux besoins essentiels et à atténuer les souffrances, l'action humanitaire ne peut en revanche supprimer les causes fondamentales de ces souffrances. Aucune crise ne peut se résoudre sans action politique. A elle seule, l'aide humanitaire d'urgence ne peut qu'atténuer temporairement les symptômes les plus aigus de ce qui est en fait une endémie. Les problèmes de la Somalie, de l'Afghanistan, de l'Azerbaïdjan, de l'ex-Yougoslavie ou du Rwanda ne sauraient se résoudre seulement par une assistance humanitaire.

L'affirmer n'est pas nier la nécessité d'une action humanitaire efficace. La Fédération internationale et le CICR restent fermement convaincus qu'une place particulière doit être réservée à cette action, pour permettre d'atteindre sans retard les victimes, indépendamment de toute considération politique.

Malheureusement, le qualificatif "humanitaire" s'emploie souvent aujourd'hui dans un sens assez éloigné de son sens originel, qui le lie étroitement à la prévention et à l'atténuation des souffrances. Donner sa place à une action humanitaire authentique ne signifie ni isolement ni naïveté politique, bien au contraire. Mais, pour que cela soit possible, une action politique visant à mobiliser les Etats et les Nations Unies pour faire respecter davantage les norme humanitaires et le droit international humanitaire est indispensable.

Dans ce contexte, il importe de distinguer entre les responsabilités politiques des Etats aussi bien que des Nations Unies et des organisations régionales, et celles découlant des activités humanitaires exercées par des institutions neutres et impartiales. Il s'agit là de deux fonctions totalement distinctes: une fonction de politique et de droit, qui procède du devoir de rendre la justice, de faire respecter la loi et d'en punir les violations; et une fonction d'assistance, qui a pour seul souci de protéger et de secourir chaque victime au nom de l'humanité. La nécessité de renforcer cette distinction et d'assurer le respect par les institutions humanitaires des principes fondamentaux de l'oeuvre humanitaire, ainsi que de garantir l'accès aux personnes dans le besoin, a été réaffirmée en 1993 à la session du Conseil des Délégués du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.[6]

La pression qui est aujourd'hui exercée sur les gouvernements, notamment par le truchement des médias, tend à susciter une attente d'actions spectaculaires. Or, une telle attente risque d'inciter les gouvernements à perdre de vue des besoins prioritaires et à éviter ou différer des décisions politiques ou même militaires urgentes. Nous devons donc réaffirmer que l'action humanitaire ne saurait remplacer de telles décisions.

Les liens entre humanitaire et militaire

Les récents enseignements des conflits ont fait mieux comprendre la relation entre intervention humanitaire, politique et militaire. Bien que cette dernière puisse s'accompagner de l'exercice d'une action humanitaire, les deux ne devraient en aucun cas être confondues. Pour accepter l'intervention humanitaire, il est indispensable que les parties à un conflit puissent constater son caractère neutre et impartial. Lorsque tel n'est pas le cas, les victimes souffrent davantage et le personnel humanitaire court un grand risque d'être pris pour cible, en particulier si le mandat des forces chargées du maintien de la paix comprend -- ou est remplacé par -- des mesures visant à l'imposer. Une nette distinction pratique doit donc être établie entre action militaire et action humanitaire.

Les liens entre humanitaire et politique

Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge plaide pour qu'il soit tenu davantage compte des critères humanitaires lors de décisions politiques. De même, les considérations humanitaires devraient également intervenir dans l'application de sanctions économiques, surtout lorsque celles-ci constituent une mesure collective de coercition au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Lorsqu'il s'agit d'appliquer une décision du Conseil de sécurité, les sanctions économiques peuvent certes représenter une option plus appropriée et, d'un point de vue humanitaire, moins néfaste que l'intervention militaire. Pourtant, alors qu'elles visent essentiellement à persuader les autorités de l'Etat en cause de se conformer à l'ordre juridique international, ces mesures risquent d'imposer de cruelles souffrances aux civils et en particulier aux plus vulnérables.

Signe encourageant, le Secrétaire général de l'ONU a formulé dans son Supplément à l'ordre du jour pour la paix des propositions propres à épargner à la population civile les retombées de ces sanctions, et en particulier à garantir une aide humanitaire aux plus vulnérables.

Note

6. Résolution 11, Conseil des Délégués, Birmingham (R.-U.), 1993.

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Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge15-09-1995
Rubrique :  Focus > Mouvement CR > Conférence internationale > 26e Conférence
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