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Comité international de la Croix-Rouge
6-11-2008  Éclairage  
Une déléguée en trekking dans les Visayas
Le travail d’Ophélie Deyrolles au CICR n’a rien de particulier : elle offre protection et assistance aux civils touchés par les conflits armés, dans les Visayas, un archipel caché au cœur des Philippines. La particularité de son travail est qu’elle doit faire du trekking pour atteindre les communautés reculées. Iolanda Jaquemet, du CICR, témoigne d’une de ses marches éprouvantes.

© CICR / I. Jaquemet
Village de Cancaiyas, municipalité de Basey, dans l’ouest de l’île de Samar, Visayas, Philippines.

Ophélie Deyrolle, déléguée du CICR, près de la source. Elle se rend régulièrement au village pour surveiller l’évolution des réparations et observer la situation des civils touchés par les combats entre les forces armées des Philippines et la Nouvelle armée du peuple.

Il n’est que 9 heures, mais la chaleur est déjà étouffante. Imperturbable, Ophélie Deyrolle marche d’un bon pas avec son employé local, Ramon Catacutan, vers son objectif du matin, le hameau de Cancaiyas. Ils ont laissé leur véhicule dans le village de Cogon, car la route de terre devient impraticable à cet endroit, même avec un tout terrain.

« Cancaiyas, explique Ophélie, est comme de nombreux villages de l’île de Samar : isolé à cause de l’absence de route adéquate, et manquant des services les plus essentiels. » Ce matin, la déléguée a rendez-vous avec le capitaine du barangay (chef du village), pour évaluer les progrès accomplis dans l’installation d’un système d’approvisionnement en eau soutenu par le CICR.

À 28 ans, Ophélie a fait du chemin depuis son Paris natal. Il s’agit de sa première mission pour le CICR, mais elle a déjà acquis une expérience humanitaire en Côte d’Ivoire, au Tchad et en Afghanistan. Elle attribue son envie de voir le monde à son enfance, rythmée par de fréquents voyages au Maroc, où sa famille a vécu pendant plusieurs dizaines d’années.

© CICR / I. Jaquemet
Village de Cancaiyas, municipalité de Basey, dans l’ouest de l’île de Samar, Visayas, Philippines.

Le capitaine du barangay (chef du village) Mario Ciata Jr., mieux connu sous le nom de Junjun, inspecte la source du village. Les villageois posent de nouvelles conduites sous la supervision d’un ingénieur du CICR.

L’homme qu’elle vient rencontrer aujourd’hui est Mario Ciata Jr., mieux connu par les villageois sous le nom de Junjun. À 30 ans, il est jeune pour être capitaine de barangay. Au cours d’une discussion autour de noix de coco vertes fraîchement cueillies – le seul mets délicat que les villageois démunis peuvent offrir à leurs invités – il évoque à contrecœur la raison de sa promotion : « Je remplace une dame qui a été élue en octobre 2007 mais qui a été enlevée. Nous pensons qu’elle est morte, mais nous n’avons jamais retrouvé son corps. »

La vie ici contraste vivement avec la beauté envoûtante des collines luxuriantes et des bosquets de cocotiers. Les habitants luttent pour survivre. « Nous arrivons à peine à vendre notre riz et nos noix de coco, parce que nous n’avons pas de route adéquate, dit Junjun. L’électricité est arrivée il y a deux ans, mais la sage-femme ne vient qu’une fois par mois, et les enfants qui veulent continuer leur scolarité après l’école primaire doivent faire une heure de marche dans chaque sens pour atteindre l’école. »

En outre, il y a la violence. « Pendant des années, Samar a été le théâtre d’affrontements entre les Forces armées des Philippines et la Nouvelle armée du peuple. Les organismes humanitaires et de développement se risquent rarement à l’intérieur des terres », explique Ophélie. Le CICR a déterminé que Cancaiyas était l’un des villages les plus durement touchés. En 2007, les habitants ont dû brièvement se réfugier dans une ville voisine à cause du conflit.

La violence engendre la peur, et il est difficile pour Junjun et les autres villageois de parler de ce qu’ils ont vu. Ils sont pris entre deux feux et pensent que le silence leur garantit la sécurité.

Engagement de la communauté

© CICR / I. Jaquemet
Village de Cancaiyas, municipalité de Basey, dans l’ouest de l’île de Samar, Visayas, Philippines.

Junjun, le chef du village, discute avec Ophélie Deyrolle, déléguée du CICR, près du réservoir d’eau. Le système d’approvisionnement en eau du village ne fonctionne plus depuis 14 ans, et maintenant les villageois le réparent sous la supervision et avec le financement du CICR.

Quand le CICR a approché les habitants de Cancaiyas, ceux-ci ont rapidement établi leur priorité : rénover le système d’approvisionnement en eau. Le système tire l’eau d’une source proche mais ne fonctionne plus depuis 14 ans. Fin 2008, des bornes-fontaines installées au centre du village desserviront 80 familles, soit quelque 600 personnes. Si la pression est suffisante, une extension pourrait être construite pour 30 familles supplémentaires qui vivent plus loin.

« Techniquement, le projet est simple, en partie parce qu’il serait impossible de transporter des équipements lourds sur cette route de terre, explique Marco Albertini, coordonnateur eau et habitat du CICR aux Philippines. Et aussi parce que nous avons choisi, dès le début, d’associer toute la communauté au projet d’approvisionnement en eau. »

© CICR / I. Jaquemet
Village de Cancaiyas, municipalité de Basey, dans l’ouest de l’île de Samar, Visayas, Philippines.

Ophélie Deyrolle, déléguée du CICR, avec une conseillère du village de Cancaiyas. Les conseillers organisent le déploiement de volontaires de chaque ménage pour rénover le système d’approvisionnement en eau.

« Pour le moment, l’eau de pluie est notre seule source d’eau potable, et le nouveau système sera très utile », explique Rutchie Padoc, une conseillère du village. Avec ses collègues, elle organise le recrutement des volontaires qui travaillent sous la supervision d’un ingénieur du CICR. Une personne par ménage doit participer au transport des matériaux, creuser les tranchées prévues pour les conduites et les combler.

Les contraintes liées au transport ralentissent l’avancement des travaux. Les matériaux (du sable, du gravier et du ciment pour faire du béton, des pierres et 600 mètres de conduites) ont dû être acheminés depuis Cogon, soit sur des buffles d’eau, soit à dos d’homme. « C’était très dur, dit Albertini. J’ai vu des hommes porter jusqu’à 50 kg sur leur tête. De plus, le calendrier des plantations et des récoltes détermine les périodes où les villageois ont le temps de travailler sur le système d’approvisionnement en eau. »

© CICR / I. Jaquemet
Village de Cancaiyas, municipalité de Basey, dans l’ouest de l’île de Samar, Visayas, Philippines.

Junjun, chef du village de Cancaiyas et Ophélie Deyrolle, déléguée du CICR, plaisantent en revenant de la source.


Un projet semblable est en cours sur l’île voisine de Negros, « et nous devrions pouvoir assurer l’approvisionnement en eau de trois autres communautés sur Negros et Samar l’an prochain », ajoute Albertini.

« Notre travail dans ces communautés isolées exposées à la violence armée répond à des besoins humanitaires réels, explique Felipe Donoso, chef de la délégation du CICR aux Philippines. Nous résolvons leurs problèmes matériels et nous pouvons surveiller l’impact que produisent les combats sur les civils. »

Ophélie et son collègue sur Negros rencontrent les familles dont des membres ont été harcelés et menacés, ont disparu ou ont été retrouvés morts. Elle rassemble les faits puis soulève la question auprès des parties au conflit, dans le respect des normes de confidentialité habituelles.

Sur le chemin du retour, la pluie tropicale transforme la route en une suite de nids-de-poule glissants. Mais Ophélie ne se plaint pas. Elle pense déjà à sa prochaine mission sur Samar, plus loin à l’intérieur des terres, pour laquelle elle devra passer cinq heures sur un petit bateau avant de faire encore trois heures de marche. Finalement, en comparaison, Cancaiyas n’est peut-être pas si isolé que cela.


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Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge6-11-2008
Rubrique :  Dans le monde > Asie et Pacifique > Philippines
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