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Comité international de la Croix-Rouge
9-02-2009  Éclairage  
Tchad : des vies sauvées au fil… d'un SMS !
Le 1er janvier 2009 l’équipe chirurgicale du CICR à N'Djamena reçoit un étrange message d’appel à l’aide. Ce SMS marque le début d’une opération d’urgence menée avec efficacité par des professionnels aptes à pratiquer des opérations sur des blessés de guerre dans des conditions très rudimentaires.

©ICRC / A. Groen

La table d’opération attend son premier patient.

Ans Groen, de même que toute l'équipe chirurgicale du CICR de N'Djamena, n'oubliera pas ce début d'année 2009. « Le matin du 1er janvier, je reçois un étrange SMS qui sollicite l’intervention urgente de notre équipe chirurgicale. Pas de signature. Je suis surprise ; j’ignore d’où provient ce message. Quelques heures plus tard la demande se précise : le docteur Ahmed* appelle depuis un village près de la frontière avec le Soudan. Des combats ont eu lieu, les blessés sont nombreux et il est impossible de les déplacer. Il a besoin de l'équipe chirurgicale du CICR ». L'équipe est formée d’un chirurgien, d’un médecin anesthésiste et de deux infirmières. Ce sont des professionnels expatriés qui rejoignent le CICR plusieurs mois par année. Ils sont disponibles pour agir en cas de crise et, lorsque la situation est plus calme, travaillent aux Urgences, dans un hôpital de N'Djamena.

La machine se met vite en marche. Les appels téléphoniques se multiplient. Il faut prendre des décisions, obtenir les autorisations, organiser le RED (petit avion affrété par le CICR, qui dessert les différentes bases opérationnelles). L'équipe chirurgicale n'a pas besoin de beaucoup de temps pour se préparer. Dans l'après-midi du même jour, le « flying kit » (matériel chirurgical d’urgence) est vérifié et d’autres sets chirurgicaux sont prélevés sur le stock. Les gestes précis, l’efficacité de l’organisation indiquent à quel point les membres de l’équipe sont expérimentés. « Nous sommes prêts, nous n'avons plus qu'à attendre l'avion ! » s'exclame Barthélemy Merzouga, le médecin anesthésiste, arrivé au Tchad la veille et déjà engagé dans une opération urgente.

Les médecins et les infirmières arrivent à destination dans l'après-midi du 2 janvier. Le docteur Ahmed les attend au bord de la piste d'atterrissage et les conduit dans une maison, devant laquelle huit blessés ont déjà été transportés. Il fait très froid. « Le docteur Ahmed nous apprend que les autres blessés sont quelque part à deux kilomètres de là et qu’ ils seront également transportés vers la maison où nous nous trouvons », dit Christine Poulain, infirmière de bloc opératoire. Quelques heures plus tard en effet, huit autres blessés sont amenés. Mais la nuit est tombée et il fait trop sombre et trop froid pour ôter leurs couvertures et les examiner.

©ICRC / A. Groen

L’équipe chirurgicale passe aux choses sérieuses.
Dans une pièce de la maison se trouvent deux tables en bois faites avec des boîtes de munitions. L'une d'entre elles servira de table d'opération mais aussi de table pour les repas. Une deuxième pièce est utilisée comme chambre à coucher pour toute l'équipe tandis qu'une troisième sert de bureau à un responsable en uniforme. Il n’y a ni électricité ni eau courante ; l'eau est apportée dans des seaux ou des jerrrycans, sur demande.

Dès le lendemain matin, les opérations chirurgicales commencent. Il y a beaucoup de va-et-vient dans la maison. Les personnes présentes donnent un coup de main, s'occupent du transport des patients et sont également très intéressées par les opérations qui se déroulent de manière satisfaisante, dans une atmosphère calme et concentrée, malgré les conditions rudimentaires. Dans le cas d’un patient, le doute quant à savoir si il pourra garder ou non sa jambe, persiste jusqu’au départ de l’équipe, 3 jours plus tard.

Le docteur Ahmed se chargera d’effectuer les fermetures secondaires des plaies 5 jours plus tard ainsi que le suivi des blessés. Si cela est nécessaire et possible, il organisera le transfert des patients ayant besoin de se rendre dans un hôpital. L'équipe suggère d’emmener un blessé à l'hôpital de N'Djamena afin qu'il soit soigné dans de meilleures conditions, mais le docteur refuse poliment cette proposition.

©ICRC / A. Groen

Une table d’opération polyvalente.
Dans l'après midi du 3 janvier, de nouveaux patients sont présentés à l'équipe du CICR. Parmi eux, un accidenté de la route qui a perdu connaissance. Après une perfusion et quelques médicaments, l'homme revient à lui.

Ans, Christine, Igor et Barthélemy sont fatigués mais heureux d’avoir soigné tant de blessés et probablement sauvé des vies. En deux jours, ils ont traité 16 blessés de guerre, fait douze interventions avec anesthésie et deux traitements sans anesthésie. Ils ont aussi soigné deux blessés par accident de voiture et fait huit autres consultations.

Pour qu’une équipe chirurgicale se déplace il faut qu’il y ait en principe au moins dix blessés graves. Si leur nombre est inférieur, l’équipe demande que les blessés soient transférés vers une structure médicale dans laquelle elle travaille.

« Au village, la nuit tombe rapidement et il fait très froid. Les gens vivent dans des conditions très difficiles et pourtant ils sont très accueillants. Beaucoup d’entre eux ont apprécié notre intervention. C’était tellement intense que j’ai l’impression que toute une semaine s’est écoulée et non pas 2 jours » explique Igor Macala, le chirurgien.

L’équipe CICR est satisfaite de son action rapide et efficace, dans un environnement difficile. Elle a été capable d’opérer des blessés de guerre en dehors de toute structure médicale et malgré des conditions très rudimentaires.

Grâce à son approche humanitaire neutre et indépendante, le CICR gagne la confiance des différentes parties au conflit et intervient là où d'autres organisations ne seraient pas en mesure de travailler. Pour sauver des vies.


(*) nom d'emprunt


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Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge9-02-2009
Rubrique :  Dans le monde > Afrique > Tchad
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