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27-03-2007 Éclairage Tchad : l’eau potable, une ressource vitale L’insécurité régnant dans l’est du Tchad a contraint près de 120 000 personnes à fuir leur foyer, ce qui a considérablement pesé sur les ressources en eau, dans une région du monde célèbre pour son aridité. Le CICR s’efforce d’approvisionner en eau potable les personnes déplacées par le conflit.
© CICR
« L’eau est vitale pour les hommes », déclare Mahmoud Mahamat Marouf, chef du village d’une minuscule communauté reculée de l’est du Tchad, appelée Goz Bagar. « S’il n’y a pas d’eau, il y a des problèmes. Comment peut-il y avoir de vie sans eau ? »L’eau est une ressource précieuse partout dans le monde, mais en particulier dans les provinces orientales du Tchad, où le paysage aride est constamment balayé par des tempêtes de sable tourbillonnantes, par une température de 45 degrés. Comme le font remarquer les villageois locaux, trouver de l’eau était déjà une préoccupation quotidienne majeure. Mais avec l’arrivée soudaine d’un grand afflux de villageois déplacés en décembre 2006, les ressources ont été fortement sollicitées, jusqu’à atteindre le point de rupture. « Quand les personnes déplacées sont arrivées, nous les avons bien accueillies – après tout, c’est comme si elles étaient de notre famille, explique Mahmoud. Mais nous avons eu de nombreux problèmes. Si je commençais à tous vous les raconter, j’en aurais pour plus d’une journée ! » Mahmoud a de bonnes raisons d’être inquiet. Normalement, quelque 7 500 villageois vivent dans sa région, Bardé. Avec l’arrivée de près de 12 000 Tchadiens déplacés, la population locale a pratiquement triplé en l’espace de quelques petites semaines. Les déplacés, qui ont fui les violences interethniques, ont provoqué une augmentation considérable de la demande en eau, une ressource clé qui était déjà rare. Le CICR a commencé à construire des puits à Bardé et dans d’autres régions de l’est du Tchad ayant accueilli des afflux de villageois déplacés. Plus de 20 puits ont été construits en 2006, et le CICR espère en construire au moins 20 autres en 2007. Ceux qui utilisent les nouveaux puits disent qu’ils font une immense différence. « On ne peut pas les comparer à nos puits traditionnels », dit Ibrahim Mahamat Abdallah tout en tirant de l’eau d’un nouveau puits construit par le CICR dans le village d’Arkoum. « Chez moi, je dois faire 90 minutes à pied pour aller chercher de l’eau. Je peux perdre une journée entière juste pour remplir deux bidons, et encore, l’eau est brune. Mais cette eau, ici, est très bonne. Elle est propre et claire, et il y en a beaucoup. » Jusqu’à l’arrivée du CICR, les villageois locaux utilisaient ce qu’on appelle des puits « traditionnels » pour trouver de l’eau. Ces puits consistent en des trous creusés dans des oueds, ou des lits de rivières asséchés, et dont les bords sont ensuite tapissés de brindilles et de feuilles. Non seulement ces puits nécessitent un travail éreintant, mais ils constituent un risque sanitaire majeur. Leur eau est généralement d’un brun sale, souillée par le sable et la saleté, mais également par des excréments animaux. « C’est la façon traditionnelle de trouver de l’eau, et elle est utilisée depuis des centaines d’années », dit Bernard Salzmann, coordonnateur du CICR chargé de l’eau. « Les puits de ce type doivent être reconstruits régulièrement, mais le plus important est que l’eau est polluée, ajoute-t-il. Souvent, les gens attrapent la diarrhée, le choléra et d’autres maladies transmises par l’eau. » Le manque d’eau a des conséquences majeures pour les conditions d’existence de la population, et non seulement pour des questions pratiques, comme l’assainissement : comme pour toute ressource rare, les conflits ne sont jamais loin. « Regardez mes vêtements », implore Younous Issak, un villageois qui vit dans une région où cinq villages doivent se partager un puits. « Je n’ai rien de propre à porter. Je ne lave mes vêtements qu’une fois par semaine. En plus, comme il y a très peu d’eau dans le puits, cela provoque des bagarres. Certaines femmes s’en inquiètent tellement qu’elles vont chercher leur eau pendant la nuit. Elles ont peur. » À ce jour, le CICR a construit trois nouveaux puits dans la région de Bardé, et en « réhabilite », ou en nettoie, un quatrième. La construction des puits, qui coûtent jusqu’à 3 000 dollars US chacun, prend quatre à six semaines. Les experts en eau utilisent un mélange de savoir local et de techniques scientifiques pour déterminer l’emplacement d’un puits. Le sol peut sembler complètement sec pour un œil inexpérimenté, mais même ici, au Tchad, la nappe phréatique contient souvent une quantité surprenante de liquide. Le CICR emploie toujours des villageois locaux pour aider à creuser les puits, car la participation instaure un sentiment de propriété et de responsabilité à l’égard de la nouvelle installation. Un des points positifs inattendus du projet de construction de puits a été un petit boom de l’agriculture. Par exemple, près du nouveau puits construit par le CICR à Arkoum, des villageois ont commencé à cultiver des carottes, des oignons et de l’ail. La population locale s’est rapidement rendu compte qu’elle pouvait exploiter cette nouvelle ressource en eau et l’utiliser à son avantage. C’est une vision inhabituelle que de voir des pousses vertes percer le sol, ici dans le désert. Le but de ce travail n’est pas seulement d’alléger le poids qui pèse sur les communautés hôtes, mais aussi d’éviter qu’un sentiment de ressentiment n’apparaisse chez les villageois, qui voient leurs voisins déplacés bénéficier d’une aide extérieure. « Nous pensons que l’eau est une question cruciale et c’est un des principaux apports du travail accompli ici par le CICR, explique Bob Ghosn, délégué du CICR pour la région. L’eau est essentielle – elle est indispensable à la vie dans la région et trouver de l’eau représente une lutte de tous les jours. Nos projets aident vraiment les groupes les plus vulnérables et les victimes du conflit à accéder à l’eau, et c’est exactement ce dont ils ont besoin pour alléger leurs souffrances. » L’approvisionnement en eau potable ne constitue qu’une partie des activités du CICR dans l’est du Tchad. Par exemple, dans la région de Bardé, un tout nouveau centre de santé construit par le CICR doit ouvrir ses portes en avril. Il sera géré par des infirmiers du ministère tchadien de la Santé, même si le CICR fournit le stock de départ de médicaments et d’équipement pour aider à sa mise en route. Tout comme les nouveaux puits en construction, le centre desservira tant les habitants locaux que les déplacés, dans le but de réduire la pression qui pèse sur un système de santé déjà fortement sollicité. Le CICR a en outre distribué des articles non alimentaires aux Tchadiens déplacés ; un service vital vu que de nombreuses personnes ont fui leur foyer dans une telle précipitation qu’elles n’ont pas eu le temps d’emporter leurs biens. « Tous nos vêtements et nos biens ont été volés lors d’incursions transfrontalières, mais le CICR est venu nous apporter des couvertures, des bidons à eau et des tentes », raconte Abdulai Mahamat Yacoub, qui représente les 12 000 Tchadiens déplacés vivant à Bardé. « Cela nous a vraiment aidé à vivre – Dieu soit loué pour le CICR. » |