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Comité international de la Croix-Rouge
3-04-2009  Interview  
Colombie : garantir l'accès à l'eau dans le cadre du conflit armé
Le manque d'approvisionnement durable en eau pour les usages de la vie quotidienne est dû, dans certains cas, à l'isolement et à la pauvreté. Les conflits armés rendent l’accès à l’eau encore plus difficile. À Honduras Motilona, commune du nord-ouest de la Colombie, le CICR a lancé en 2008 la construction d'un aqueduc avec la participation de la communauté et des autorités locales. Paola Ximena Cárdenas, spécialiste en eau et habitat au CICR, raconte ce projet réalisé dans la municipalité de Convención (département de Norte de Santander).

Paola Ximena Cárdenas
Comment se fait-il que le CICR construise un aqueduc à Honduras Motilona ?

Le projet de cet aqueduc est né de la nécessité pour la communauté d'améliorer son accès à l'eau. Auparavant, la population locale tirait son eau des ruisseaux, mais ce système ne leur permettait pas d'avoir de l'eau tout au long de l'année. L'été, par exemple, les gens se retrouvaient sans eau, et celle qu'ils utilisaient était très polluée à cause de la proximité de fosses septiques et de l'accumulation de détritus. Des équipes de santé du CICR ont travaillé pendant près de trois ans dans cette commune. Elles ont trouvé beaucoup d'indices révélant que la consommation de cette eau causait des affections intestinales et épidermiques. La communauté a donc mis cette question au rang de ses priorités, et c'est ainsi que le CICR, avec la participation active de la population locale, a pris la décision de construire l'aqueduc.

Comment le conflit armé interne a-t-il influé sur cette situation ?
L'aqueduc de Honduras Motilona dessert :
  • 445 habitants de cette communauté
  • 89 foyers
  • 1 école pouvant accueillir 120 élèves
  • 1 poste de santé au service de toute la communauté
  • La commune de Honduras Motilona est isolée, non seulement du fait de sa situation géographique, mais aussi à cause des effets du conflit armé que connaît la Colombie, et qui touchent tout particulièrement cette partie du pays. Les institutions publiques y sont de ce fait peu présentes, et les infrastructures de base apportent une assistance minime. C'est pour cette raison que le CICR a choisi de construire un aqueduc dans cette communauté, en priorité.

    Quelles ont été les étapes de la construction à partir du moment où le CICR a été impliqué ?

    Comme il le fait habituellement avant d’entreprendre la réalisation de tout projet visant à répondre aux besoins d'une communauté, et conformément à ses principes de neutralité et d'indépendance, le CICR a tout d’abord établi des contacts avec toutes les parties au conflit armé. Puis, après avoir obtenu toutes les garanties de sécurité pour pouvoir entrer dans la zone, nous avons commencé à programmer des visites du site et à élaborer des ébauches de plan, conjointement avec la communauté. Ensuite, nous avons entrepris les travaux proprement dits, après quoi nous avons remis l'aqueduc directement aux habitants, afin de garantir la durabilité du projet. La communauté et les autorités locales se sont engagées, de leur côté, à assurer une gestion correcte de l'aqueduc en vue de cet objectif.

    Y a-t-il eu des contretemps ou des difficultés dans la mise en œuvre du projet ?

    Il y a eu quelques problèmes à la suite de la vague de froid qui s'est abattue sur la Colombie l'an dernier ; les pluies abondantes ont provoqué des inondations, ce qui a mis à mal une partie du système. Mais avec la communauté, nous avons organisé les réparations nécessaires et avons ainsi réussi à réguler la distribution d'eau. Le climat défavorable a également entravé les premières étapes de la construction de l’ouvrage. Je me souviens avoir dû aller dégager le camion qui transportait le matériel ; il s'était embourbé. Là, on a réellement vu l'engagement des membres de la communauté dans le projet, qui nous ont aidé activement à surmonter ces problèmes.

    Quel est le rôle des autorités locales dans un projet comme celui-ci ?

    © CICR /N. Frelechoux
    Réservoir de stockage du nouvel aqueduc.
    Pour le CICR, il est primordial d'établir un contact avec les autorités locales, afin de leur expliquer que la communauté a besoin d'un système d'approvisionnement en eau et que l'on projette de construire un aqueduc. Dans le cas présent, les autorités ont alors engagé une personne pour dessiner les plans, qui ont ensuite été remis au CICR. De notre côté, nous avons vérifié que les plans et les données étaient conformes, et nous avons procédé à la réalisation de l’ouvrage. Une fois l'aqueduc remis à la population locale, la municipalité s'est engagée à accompagner la communauté dans l'entretien du système.

    De quelle manière la communauté a-t-elle participé à ce processus ?

    © CICR /P.Cárdenas
    Sur les hauteurs de la commune de Honduras Motilona.

    La communauté a participé dès le début, quand le CICR s'est rendu sur place et que le contact a été établi entre les deux parties. Puis le CICR a apporté son soutien en procurant le matériel et en le transportant jusque dans la zone, ainsi qu'en assurant la sécurité des personnes chargées de la construction. Pour sa part, la communauté a mis à disposition la main d'œuvre non qualifiée, et une fois l'aqueduc entré en service, le CICR a encouragé la création d'un comité d'administration comprenant des membres de la population locale et un représentant de la municipalité. Ce comité a engagé un plombier chargé de contrôler l'entretien de l'aqueduc.

    Quels ont été les effets de la construction de l'aqueduc de Honduras Motilona sur les habitants ?

    Les effets ont été très positifs. Je me rappelle notamment la joie avec laquelle les habitants ont reçu l'aqueduc quand nous le leur avons remis. Des choses comme celles-là, que l'on considère normales en ville, sont pour eux une avancée incroyable. Les élèves ont eu la même réaction ; ils étaient ravis d'avoir des sanitaires qui fonctionnent bien, grâce à l'eau provenant de l'aqueduc.



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    Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge3-04-2009
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