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Comité international de la Croix-Rouge
2-07-2008  Interview  
Côte d'Ivoire : le développement doit remplacer l'action d'urgence
Claude-Alain Zappella, chef de délégation du CICR en Côte d'Ivoire, retrace ici les grandes lignes de l'action de l'organisation depuis la crise ivoirienne de 2002 et explique la réorientation de ses activités en 2008. Pour lui, l'urgence humanitaire arrive à son terme. Il appelle l'État et la société civile à assumer toutes leurs responsabilités en raison de la stabilisation de la situation politique et militaire.

©ICRC
Claude-Alain Zappella
La crise ivoirienne de 2002 a-t-elle entraîné une réorientation des actions sur le terrain ?

Depuis la fin du conflit au Libéria, notre délégation à Abidjan n’avait qu’une fonction de soutien technique aux Sociétés nationales de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge ainsi qu'aux États de la région. À partir de 2002, nous avons ouvert une délégation opérationnelle pour la Côte d’Ivoire, comportant cinq structures sur le terrain, déployant de nombreuses activités humanitaires à l'intérieur et des deux côtés de la zone de confiance.


Quelles ont été les principales activités pendant le conflit ?

Tout d'abord, nous avons sensibilisé tous les acteurs politiques et militaires du conflit ivoirien aux règles du droit international humanitaire et à la nécessité de les respecter et de les faire respecter. À travers notre dialogue bilatéral avec les deux parties, nous pouvions leur rendre compte des problèmes constatés sur le terrain afin qu'ils prennent les mesures qui s’imposaient.


Le CICR a porté assistance aux personnes privées de liberté, surtout celles détenues en rapport avec les événements. Quel est le sens de cette démarche ?

Il s’agit d’observer au travers de visites régulières si les principes internationalement acceptés dans le domaine de la détention sont respectés et de soumettre nos observations aux autorités concernées. Nous avons effectué ces visites tant dans le Nord que dans le Sud. Nous avons dû entreprendre des actions d’aide sanitaire et nutritionnelle ponctuelles en raison de la situation inquiétante que nous avons trouvée dans certains lieux de détention. La stabilisation du pays devrait permettre aux autorités de se préoccuper de ces problèmes persistants et d'y apporter une réponse. C'est du moins ce que nous espérons.


Qu'est-ce que le CICR a fait pour assister les populations ?

Une bonne moitié du pays s’est retrouvée sans services publics. Le CICR a essentiellement cherché à pallier cette absence pour limiter les effets de la crise sur les populations dans les zones conflictuelles.

L’eau posait un problème particulier dans la mesure où, non traitée, elle pouvait rapidement conduire à des épidémies. Nous avons donc fait fonctionner les stations de traitement d'eau qui avaient été abandonnées par la plupart des agents de la compagnie responsable, la SODECI, en raison de l'insécurité.

D'un autre côté, les capacités des centres de santé dans les zones Centre, Nord et Ouest ont été mises à mal par la crise. Le CICR leur a apporté un soutien, notamment en équipement et en médicaments. On a, en outre, convoyé des camions de livraison de la Pharmacie de santé publique dont les chauffeurs n'osaient plus se rendre seuls dans ces zones conflictuelles. En collaboration avec la Croix-Rouge de Côte d'Ivoire, nous avons également évacué des centaines de blessés et collecté de nombreux cadavres pendant les affrontements. Je tiens à saluer le courage des secouristes de la Société nationale qui nous ont aidés dans cette tâche.

Nous avons également fourni de la nourriture et d'autres biens de première nécessité à des léproseries, des orphelinats, des pouponnières ainsi qu'à des établissements pour handicapés.

À travers le réseau Croix-Rouge en Afrique de l'ouest, on a aidé des milliers de familles à se retrouver une fois la crise apaisée. Le CICR a pu réunir une centaine d'enfants avec leurs parents.


Quels sont les principaux axes de votre action en 2008 ?

L'action la plus caractéristique du CICR reste la protection et l'assistance aux détenus, en particulier envers ceux arrêtés pour des motifs de sécurité. Nous poursuivrons nos efforts visant à coopérer avec les autorités pour améliorer les conditions de détention, si cela s'avère nécessaire.

En matière d'assistance, nous ne sommes plus dans l'urgence. Nous favorisons désormais le plus long terme avec, par exemple, des microprojets générateurs de revenus et le renforcement des capacités d'institutions ivoiriennes comme les centres de santé et la Croix-Rouge nationale. Dans le Nord, nous aidons des milliers de paysans touchés par la crise à redémarrer leurs cultures en leur fournissant des semences améliorées et de l'engrais.

Par ailleurs, nous encouragerons la SODECI à assumer toutes ses responsabilités dans les zones Centre, Nord et Ouest, où nous prenons toujours en charge le traitement de l'eau et l'entretien des infrastructures. Les conditions de sécurité qui y prévalent aujourd'hui ne justifient plus cette substitution.
Enfin, nous continuons à appuyer les efforts de l'État de respecter et faire respecter le droit international humanitaire (DIH). Pour cela, nous travaillons non seulement avec les forces de défense et de sécurité, mais aussi avec l'Assemblée nationale, la Commission nationale de mise en œuvre du DIH, l'École nationale d'administration, les universités et le ministère de l'Éducation nationale, sans oublier la société civile.


Le retour à une paix durable que laisse entrevoir l’Accord de Ouagadougou de mars 2007 et la promesse d'élections en novembre 2008 vont-t-il entraîner un réajustement des actions du CICR en Côte d’Ivoire ?

Les choses s’améliorent effectivement depuis un ou deux ans, même si nous devons rester prudents tant que le processus de sortie de crise n'aura pas abouti. Si la situation continue à se normaliser, nous poursuivrons notre désengagement progressif. L'humanitaire n'a pas vocation à s'éterniser. Il doit céder la place au développement à long terme. C'est à l'État, au secteur privé et aux organisations de coopération de se redéployer. Nous sommes cependant dans une période de transition et les réglages sont parfois longs à trouver. J’espère que cette transition pourra se faire de façon aussi harmonieuse et rapide que possible.


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Rubrique :  Dans le monde > Afrique > Côte d'Ivoire
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