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Comité international de la Croix-Rouge
30-10-2008  Interview  
Irak : il faut sauver l’action médicale de toute urgence
Le docteur Chris Giannou est un chirurgien du CICR qui vient de rentrer d’Irak, où il a dirigé un séminaire sur la chirurgie de guerre. Il nous parle des difficultés auxquelles se heurtent les victimes comme le personnel médical, et nous explique pourquoi la formation du personnel médical reste une priorité, de même que le soutien aux services d’urgence et la rénovation des infrastructures de santé.

Le CICR organise des séminaires à l’intention de chirurgiens de guerre de pays tels que l'Irak, Sri Lanka et le Liban, et actuellement, ses propres équipes travaillent dans de nombreux pays. Au cours de ces 25 dernières années, les chirurgiens du CICR ont traité plus de 100 000 patients blessés par des armes dans le monde entier.

Le docteur Giannou possède une grande expérience dans la chirurgie de guerre, acquise au cours de longues années de travail dans des zones en conflit, notamment en Somalie, au Cambodge, en Afghanistan, au Burundi, en Tchétchénie, au Liban et en Irak. En 1995, il était également le coordonnateur médical de la campagne lancée par le CICR pour interdire les mines antipersonnel, qui a finalement abouti à l'élaboration du traité d'Ottawa. Il a mis sur pied des services de chirurgie de guerre en Somalie et en Tchétchénie et actuellement, il écrit un guide sur la chirurgie de guerre.
Quels sont les défis actuels qui se posent aux services médicaux en Irak?


Bien que la sécurité se soit améliorée dans certaines régions du pays, les opérations militaires et des attaques aveugles contre des civils continuent à causer de nombreuses victimes.

Les hôpitaux doivent traiter les blessés dans des circonstances difficiles. Souvent, ils ne disposent pas des médicaments, de l'équipement, des infrastructures et du personnel expérimenté nécessaires.

Par personnel expérimenté, on n’entend pas seulement des personnes qui ont une formation scientifique et une pratique suffisantes, mais également des chirurgiens, des médecins et du personnel infirmier qui ont travaillé dans des conditions de stress et qui ont soigné des blessures de guerre, souvent complexes et différentes de celles qu’ils rencontrent dans un contexte civil.

L’Irak a produit une génération de médecins ayant une grande expérience de la chirurgie de guerre, les plus anciens ayant déjà travaillé lors de la guerre Iran-Irak, puis lors de celles de 1991 et de 2003.
Toutefois, bon nombre d’entre eux ont pris leur retraite ou quitté le pays pour des raisons économiques ou à cause de l'insécurité. Le personnel médical, notamment les universitaires, a été victime d'assassinats, de menaces de mort ou d'enlèvements, ce qui a contribué à l’exode des cerveaux.

Actuellement, les équipes médicales continuent à risquer leur vie pour accomplir leur tâche, même si le droit international humanitaire exige que le personnel médical et leurs installations soient protégés de toute attaque. Mieux faire connaître les obligations qu’impose le DIH pourrait contribuer à sauver des vies et à faciliter le travail des services médicaux.

Que fait le CICR pour renforcer les capacités des services médicaux ?

Soutenir les hôpitaux et les services médicaux d'urgence en leur fournissant du matériel chirurgical et un équipement adéquat est certes important, mais ce n'est pas suffisant. Il est aussi essentiel de pouvoir disposer d’un personnel qualifié qui prenne rapidement les bonnes décisions, et c’est pourquoi la formation du personnel médical reste une priorité.

Actuellement, une nouvelle génération de chirurgiens dirige les hôpitaux. Les conditions dans lesquelles ils travaillent sont beaucoup plus difficiles que celles qui prévalaient précédemment en Irak. Il y a des pénuries de médicaments et d’équipements, en outre les infrastructures ont été endommagées par les conflits successifs et par les sanctions. Dans la plupart des pays, les jeunes chirurgiens et le personnel médical travaillent sous la supervision de collègues plus expérimentés. En Irak, de nombreux hôpitaux n'ont pas ce personnel de haut rang qui pourrait fournir ce soutien.

Depuis 2006, le CICR a pu reprendre ses séminaires en Irak, donnant l’occasion aux chirurgiens de partager leurs expériences avec des collègues irakiens ou étrangers.

Je viens de rentrer d’Erbil, où nous avons organisé deux séminaires du 18 au 23 octobre, qui ont rassemblé 40 chirurgiens et 20 médecins venant de tout le pays. Les chirurgiens irakiens ont fait part de leurs expériences, et ceux du CICR ont parlé de la difficulté qu'il y a à travailler dans des situations d'urgence avec des moyens limités, ce qui correspond au contexte irakien. Cet échange de vues est un processus naturel et très important dans le domaine médical. Les sujets comprenaient les soins chirurgicaux d'urgence, le traitement des blessures causées par des armes et une introduction au droit international humanitaire portant sur les droits et les obligations du personnel médical en période de conflit.

Un autre séminaire avancé consacré aux premiers secours pour les blessés de guerre a eu lieu du 18 au 22 octobre ; 20 auxiliaires médicaux du ministère de la Santé y ont participé.

Ces séminaires ne peuvent pas remplacer complètement la formation continue dont ont besoin les jeunes chirurgiens, mais ils assurent au moins une certaine continuité dans la mise à niveau de leurs connaissances.

Le CICR et le ministère de la Santé ont convenu d’intensifier cette coopération qui bénéficie aux hôpitaux, au personnel et, en fin de compte, aux patients.

Des plans sont également envisagés pour renforcer les services d’urgence par le biais du transfert de savoir. Le CICR enverra deux équipes d’experts en gestion du service des urgences dans des hôpitaux irakiens.

Est-il nécessaire d’apporter des changements structurels aux services de santé ?

En Irak, on accorde actuellement une grande place à la médecine curative, et l'en encourage trop peu la médecine préventive. C'est une situation qui se retrouve dans le monde entier. Par médecine curative, on entend essentiellement les soins hospitaliers, alors que la médecine préventive se fait principalement dans le cadre des soins de santé primaires au niveau communautaire. Ceux-ci comprennent les programmes de vaccination et l’éducation à la santé, qui permettent d’éviter des maladies telles que le choléra. Fournir de l’eau potable à la population est une chose, mais lui apprendre à la conserver sans la contaminer en est une autre.


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Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge30-10-2008
Rubrique :  Dans le monde > Moyen-Orient et Afrique du Nord > Irak
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