« Nous y allons avant tout et surtout pour prier », a déclaré avant de partir Mohammed Said Al Kadamau, 62 ans. Cela fait cinq ans qu'il assiste chaque année à une cérémonie religieuse organisée au sud de Damas en l'honneur du prophète druze Abel. « Je suis très heureux d'y aller, Abel est notre prophète le plus important », a-t-il expliqué.
Un point de passage fermé
©CICR/H. Kvam
Le premier groupe de pèlerins arrive au point de passage de Kuneitra.
Le point de passage de Kuneitra, qui se trouve au milieu de la zone de séparation entre les points de contrôle israélien et syrien, est normalement fermé. Ce n'est que lors d’occasions vraiment particulières que les autorités des deux pays acceptent de l'ouvrir ; et encore, seules certaines personnes sont autorisées à traverser.
Mohammed ferait-il le voyage en Syrie plus souvent si le point de passage était ouvert en permanence ? « Oh oui, oh oui », a-t-il répondu avec un grand sourire. « Je rendrais visite à mes amis et à ma famille qui vivent loin de la frontière. Au cours du pèlerinage, il n'aura guère l'occasion de voir des personnes qui ne soient pas aussi des pèlerins. « Je serai en compagnie d'autres croyants, venant de Syrie et du Liban », a-t-il précisé.
Un intermédiaire neutre
Le CICR sert d'intermédiaire neutre entre Israël et la Syrie pour faciliter les passages. Il fait suivre aux autorités syriennes les listes que les autorités israéliennes lui font parvenir, où figurent les noms des personnes qui seront autorisées à traverser. Il transmet aussi aux voyageurs des documents signés par les autorités syriennes et israéliennes.
« Nous faisons le lien entre les deux pays et nous gérons les questions pratiques. Il est très important que la population puisse traverser le point de passage. De part et d'autre, la grande majorité des personnes ont des proches qui vivent de l'autre côté de la ligne de démarcation – parfois même des futurs époux vivent chacun d'un côté. En outre, les étudiants et les pèlerins doivent traverser à des fins éducatives ou religieuses. Pour la population, le fait de pouvoir passer de l'autre côté est nécessaire pour maintenir un semblant de vie normale. Voilà pourquoi cette activité est importante pour nous », a déclaré Marc Linning, qui travaille pour le CICR en Israël et dans les territoires occupés.
Interdits de passage
©CICR/H. Kvam
Une employée du CICR aide une femme à porter ses bagages à travers le no man's land au passage de Kuneitra.
Alors que les pèlerins autorisés à se rendre en Syrie proprement dite arboraient un sourire, d'autres n'ayant pas eu cette chance avaient les larmes aux yeux. « Je n'ai pas vu mes parents depuis 11 ans. Certaines personnes ayant reçu l'autorisation de traverser, je pensais qu'on me la donnerait aussi », a expliqué une femme à des journalistes côté israélien. Elle n'a pas été autorisée à franchir le point de passage, ouvert uniquement aux pèlerins enregistrés précédemment.
Visites familiales
En raison de la fermeture du point de passage, il est très difficile pour les personnes vivant dans le Golan occupé de rendre visite à leurs proches vivant en Syrie proprement dite, ou même de maintenir le contact avec eux. Les autorités ont mis fin en 1992 aux visites familiales que le CICR facilitait. L'institution a tenté à de nombreuses reprises de les faire reprendre, jusqu'ici en vain.
Le mois prochain, outre qu'il va faciliter le passage des pèlerins druzes, le CICR fera le nécessaire pour que des étudiants en vacances avec leur famille dans le Golan occupé retournent en Syrie proprement dite, et pour qu'une jeune femme soit autorisée à se rendre côté syrien pour épouser son fiancé.