Jakob Kellenberger, Président du CICR
1 - À ce jour, le CICR n’a toujours pas réussi à accéder aux trois soldats israéliens capturés et il n’a pas non plus été en mesure de transmettre à leurs familles un signe de vie qui les aurait rassurées. Quels sont les efforts déployés actuellement par le CICR pour accéder à ces soldats et pour s’assurer qu’ils sont bien traités ?
L’incertitude sur le sort d’un proche est à l’origine d’innombrables souffrances. Chaque jour, nos collaborateurs, dans le monde entier, sont en contact avec des familles qui vivent dans l’angoisse car elles sont sans nouvelles d’un des leurs. Les familles ont le droit de savoir ce qu’il est advenu de leurs proches portés disparus ou détenus. L’accès direct aux personnes détenues en rapport avec des situations de conflit armé dans le monde est une priorité du CICR. Faute d’un tel accès, le CICR ne peut évaluer de manière indépendante les conditions de détention et de traitement des détenus ni s’assurer que les principes fondamentaux d’humanité sont respectés.
Nous n’épargnons aucun effort pour atteindre cet objectif, y compris dans le cas des trois soldats israéliens capturés. Gilad Shalit a été capturé le 25 juin par des factions armées palestiniennes, Ehud Goldwasser et Eldad Regev ont été capturés le 12 juillet par le Hezbollah. Nous avons immédiatement informé toutes les parties concernées de notre volonté de visiter les soldats, de leur apporter, si nécessaire, une assistance médicale, et d’établir des contacts entre eux et leurs familles. Au Liban et à Gaza, nous avons à maintes reprises lancé un appel à ceux qui détiennent les soldats afin qu’ils les traitent avec humanité dans le plein respect du droit international humanitaire, et leur permettent de contacter leurs familles. Nous sommes pleinement conscients de l’immense désespoir des familles qui sont depuis près d’une année sans nouvelles de leur fils et avons donc pour priorité d’essayer de transmettre au moins un signe de vie. En dépit de tous les efforts du CICR, et de ma propre frustration, cela n’a pas encore pu être concrétisé.
2 – Les acteurs non-étatiques sont-ils liés par le droit international humanitaire, et dans l’affirmative, comment le CICR peut-il s’assurer que les acteurs non-étatiques se conforment au droit international humanitaire ?
Oui, les acteurs tant étatiques que non-étatiques des conflits sont tenus de se conformer aux règles du droit international humanitaire. L’une de ces règles dispose que toutes les personnes privées de liberté avoir le droit de correspondre avec leurs familles.
Un des problèmes les plus importants auxquels le CICR est confronté dans un environnement des conflits en plein changement consiste à assurer l’accès aux personnes touchées par un conflit armé et à d’autres situations de violence, notamment l’accès aux personnes détenues par des acteurs non-étatiques. Est également posée la question des relations que nous entretenons avec des acteurs non-étatiques, leur reconnaissance du CICR et des règles du droit international humanitaire. À cet égard, le développement et le maintien de contacts avec toutes les parties prenantes à un conflit, et avant tout, l’élaboration d’une approche indépendante, impartiale et neutre de l'action humanitaire, sont essentiels.
Nous restons axés sur les objectifs humanitaires de notre action, qui est, selon nous, accomplie au mieux de manière discrète avec un grand nombre de parties qui sont directement et indirectement impliquées dans de tels cas. L’instauration et le maintien d’un dialogue avec ceux qui déterminent le sort des détenus sont nécessaires dans tous les efforts que nous déployons pour venir en aide aux détenus. La confidentialité de nos démarches auprès de toutes les parties est, pour nous, le meilleur moyen d’accéder aux détenus à l’avenir.
3 - Qu’attendez-vous aujourd’hui de ceux qui détiennent les soldats et quel est le message le CICR adresse-t-il aux familles de ces soldats et, plus généralement, aux parents de ceux qui sont portés disparus, détenus dans des lieux secrets ou détenus en otage en relation avec les conflits dans le monde ?
Nous espérons qu’il soit permis à toute personne détenue, à titre de geste humanitaire minimum, de signaler à sa famille qu’elle est toujours en vie. Dans le cas des trois soldats israéliens, nous déplorons vivement le fait que le Hezbollah au Liban et les factions palestiniennes à Gaza aient jusqu’à ce jour refusé à nos délégués l’accès aux détenus, et que plusieurs tentatives visant à transmettre des nouvelles aux familles ( par exemple, les messages Croix-Rouge) ou à obtenir un signe de vie aient été rejetées.
Nous n’acceptons pas cette fin de non-recevoir comme réponse et ne renoncerons pas à nos efforts. Nous suivrons toutes les pistes susceptibles de se présenter au siège à Genève et par l’intermédiaire de nos différentes délégations dans la région et dans le monde. Il importe aussi de noter que nous maintenions un contact régulier avec les familles, ainsi qu’avec les autorités concernées
Nous souhaiterions réaffirmer aux familles de ceux dont on est toujours sans nouvelles, qui sont portés disparus ou détenus dans des lieux secrets, que nous sommes fermement résolus à poursuivre nos efforts afin d’accéder à ces personnes et à les aider à contacter leurs familles. Toutefois, le rôle du CICR ne peut d’aucune manière se substituer aux responsabilités qui incombent aux parties à un conflit armé. Une meilleure application et un meilleur respect du droit humanitaire relèvent principalement des parties aux conflits armés, qu’il s’agisse d’acteurs étatiques ou non-étatiques.