Les affrontements armés entre les forces pakistanaises et les groupes armés dans les régions occidentales du pays augmentent. Les zones tribales sous administration fédérale (FATA) et la province de la frontière nord-ouest, en particulier la région autour de Swat ont été les zones les plus touchées au cours du second semestre 2007.
©CICR
Médecins participants au séminaire de chirurgie de guerre organisé par le CICR
Les combats ont contraint ceux qui le peuvent à quitter leurs foyers, ceux qui ne sont pas en mesure de partir restent, espérant des temps meilleurs. Cette situation est un double défi pour ceux qui exercent une profession médicale : ils souffrent à la fois des conséquences de la violence et doivent soigner ceux qui sont pris dans cette violence.
En décembre 2007, le CICR a organisé à Peshawar et à Quetta des séances de formation sur les techniques de chirurgie de guerre et ont permis ainsi au personnel médical de discuter de leur expérience de travail et de leur action dans ces circonstances.
La vie avant la violence
« Il y a encore quelques mois, la vie à Swat se déroulait dans le calme et la paix, même si cette région n’est pas la plus développée. Pour un médecin, la vallée pittoresque était un lieu de travail très agréable. Les médecins soignaient des maladies courantes mais ceux qui vivent dans les montagnes sont en général robustes et en bonne santé. »
Ainsi s’exprime le docteur Yasir qui travaille dans un hôpital public à Swat et vit dans la région.
Aujourd’hui, Swat est loin de vivre dans la paix et les quelques habitants locaux chérissent la mémoire d’un passé plus pacifique à une époque où même les crimes de rue étaient rares et où personne n’avait peur de sortir.
Pour les habitants des zones tribales sous administration fédérale (FATA), les combats ne sont pas chose nouvelle, mais il n’est jamais facile de s’habituer à la violence et aux tragédies. Les médecins de Swat connaissent aujourd’hui les mêmes problèmes que ceux auxquels les médecins de FATA font face depuis plusieurs années.
Un médecin de FATA affronte le présent en enfouissant les souvenirs lointains.
« J’ai occulté le passé. Il ne fait que s’ajouter à la peine du présent et à celle que nous risquons d’avoir à l’avenir. »
Les défis actuels
Avec la nouvelle escalade des combats, ces médecins traitent de manière routinière des urgences dues à la violence et voient moins de patients avec des maladies courantes.
« Nous ne connaissons plus un afflux normal de patients. En fait, il n’y a pas moins de maladies, les malades ne sont simplement plus en mesure d’atteindre l’hôpital en raison de la restriction des déplacements », explique le docteur Waseem de Swat. Le docteur Yasir dit qu’il n’a pas vu sa famille depuis six mois car il ne pouvait simplement pas se rendre dans son village du fait de l’intensité des combats – il sait aussi que les patients qu’il ne pouvait pas voir avaient peut-être besoin de traitement médical.
« La situation n’est pas très différente à Miranshah, la capitale du Waziristan. Les bombes et les roquettes atterrissent quelquefois dans les maisons des habitants et, avec un peu chance, elles n’explosent pas. Sinon, la souffrance de chacun augmente », dit le docteur Mubarak Khan.
Un médecin de Swat sourit en disant « je suis reconnaissant au CICR pour la formation que j’ai reçue même si cela signifie que je devrai maintenant soigner tous les patients blessés par arme ! »
Pour certains médecins, qui procèdent aujourd’hui à plus d’autopsies que d’examens réguliers, c’est une grande tragédie.
Dommages psychologiques
Selon le directeur de programme du CICR, Salad-ud-Din, le dommage humain n’est pas seulement physique. La population, en particulier les enfants, sont psychologiquement touchés par l’environnement terrifiant que constituent les grondements et les explosions.
Les répercussions se font sentir jusque dans les zones plus calmes de la province, y compris dans la capitale Peshawar. Selon une femme médecin qui a été récemment transférée de Swat à Peshawar, la situation des femmes est pire encore.
« Lorsque les hommes ont peur de sortir, les femmes restent recluses et bon nombre d’entre elles risquent, je le crains, de ne plus avoir la possibilité de se rendre à des consultations médicales vitales».
Il a été demandé à tous les participants aux ateliers du CICR s’ils souhaitaient quitter ces régions troublées. Tous ont répondu par la négative. Ils ne peuvent pas partir professionnellement sans être recrutés ailleurs, en tout état de cause, ils ressentent un lien émotionnel qu’ils souhaitent maintenir.
Toutefois, ils souhaiteraient tous revenir à une époque où ils traitaient moins de cas d’urgence et avaient plus de consultations de routine.