Transcription de l'interview audio en anglais, donné le 11 janvier 2009.
Antoine Grand, chef de la sous-délégation du CICR à Gaza, parle des efforts déployés pour accéder aux civils en danger, alors que l'offensive israélienne continue.
Quels sont les principaux défis à relever dans la réponse apportée à la crise actuelle ?
C'est à la fois extrêmement difficile et dangereux. Comme vous le savez, les frappes aériennes se poursuivent, et la sécurité de notre équipe n'est pas assurée. Il y a deux jours, un de nos convois a été directement pris pour cible par les forces israéliennes. Le défi majeur en ce moment est d'avoir accès aux victimes dans ce contexte aussi imprévisible que dangereux. Nous sommes dans une position où nous devons mettre en balance la sécurité de notre personnel sur le terrain et les besoins de la population – tous ces blessés qui doivent être secourus, qui doivent être évacués des zones de conflit. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ces personnes seules, sans possibilité d'évacuation, sans aide. Nous sommes donc obligés de prendre des risques, que nous essayons de réduire le plus possible, afin d'accomplir notre mandat et notre mission. C'est la plus grande difficulté à présent.
Comment en êtes-vous arrivés à la décision d'envoyer, la semaine dernière, une équipe à Zeitoun secourir à pied des personnes ?
Il n'y avait pas d'autre choix que d'aller à pied chercher tous les blessés et les personnes à évacuer. La décision a été prise d'encourir le risque de marcher sur 1,5 km pour secourir ces personnes. C'était dangereux, très risqué, mais ils ont décidé d'y aller. Je suis vraiment très fier de mon équipe.
Said Shaath est palestinien ; employé par le CICR, il travaille comme spécialiste de la sécurité économique
Vous venez, pour la seconde fois, d'escorter jusqu'à Zeitoun des ambulances de la Société du Croissant-Rouge palestinien. Que s'est-il passé là-bas et qu'y avez-vous fait ?
Jeudi, à 14 h 15, nous avons reçu le feu vert pour nous rendre dans le secteur. Nous sommes allés jusqu'à la première barrière de sable. Nous nous sommes arrêtés là avec les ambulances et les véhicules du CICR pour la simple et bonne raison que ces obstacles n'avaient pas été levés par les Forces de défense israéliennes. Nous avons été autorisés à continuer à pied. Nous avons réussi à ratisser une zone de deux km2 et à retrouver, grâce à Dieu, presque une centaine de personnes vivantes. Nous avons aussi récupéré trois corps.
Comment étaient ces personnes ? Dans quel état les avez-vous trouvées ?
C'était incroyable. Nous avons trouvé 80 personnes entassées dans une maison, pour la plupart, des nourrissons et des enfants âgés de moins de dix ans. Il s'agissait de plusieurs familles qui avaient jugé plus prudent de se rassembler dans une même maison. Elles étaient terrifiées quand je me suis approché. Un vieil homme est sorti lorsqu'il nous a entendu crier pour demander s'il y avait des survivants. Il s'est approché de la barrière en s'exclamant : « Vous êtes tombés du ciel ! Nous attendions notre sauveur ». Pour lui, c'est Dieu qui nous avait envoyés.