Accueil
Document imprimé depuis le site web du CICR
URL : http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/philippines-feature-100908
Comité international de la Croix-Rouge
10-09-2008  Éclairage  
Philippines : un Ramadan sous la pluie et une tente pour seul abri
Sur l'île de Mindanao (sud des Philippines), des milliers de civils ayant fui les affrontements entre les forces armées gouvernementales et les combattants du Front moro islamique de libération vivent dans des conditions précaires. Iolanda Jaquemet, collaboratrice du CICR, s'est entretenue avec quelques-uns de ces civils et rend compte des activités que l'institution déploie pour leur venir en aide.

C'est le déluge. La route non goudronnée n’est plus qu’une traînée de boue. La pluie a détrempé les feuilles de palmiers recouvertes d'une feuille de plastique bleu minuscule sous laquelle une femme de 45 ans, ses deux filles adolescentes et sa petite-fille de cinq ans se recroquevillent. Leurs pieds sont exposés à la pluie, et l'eau ruisselle à l'intérieur de leur abri de fortune. Cette femme a refusé de donner son nom, elle juge que « c'est dangereux ». « La nuit, il fait si froid à cause de la pluie », me confie-t-elle.

À Libungan Torreta, un village situé à deux heures de voiture au sud de Cotabato City, au centre de Mindanao, on ne compte plus ces frêles tentes. Ce sont parfois jusqu'à quatre familles qui s'y abritent. « D'ordinaire, le village compte 3 000 habitants, mais dans la nuit du 22 août, nous avons accueilli plus de 3 800 personnes», explique Ibrahim Raman, un élu local. Les hostilités, qui avaient éclaté 12 jours auparavant entre l'armée philippine et le Front moro islamique de libération, avaient atteint leur village au beau milieu de la nuit.

Les nouveaux venus ont dû traverser des marécages ; ils sont arrivés « à pied ou en bateau, avec rien d'autre que ce qu'ils avaient sur eux », déclare Fairudz Abdul, mère de quatre enfants. « À cause de la pluie, certains parents ont dû envelopper leur bébé dans des feuilles de plastique », ajoute-t-elle.

Le CICR continue de prêter main-forte

Dès le début, le CICR, conjointement avec la Croix-Rouge philippine, a distribué des vivres, des articles d'hygiène, des couvertures et d'autres articles ménagers de première nécessité aux personnes déplacées. Un immense réservoir d'eau a été installé, donnant accès à de l'eau potable à tous. Cette intervention d'urgence vient compléter les efforts déployés par les agences gouvernementales philippines et d’autres organisations internationales.

Vu son expérience de longue date dans cette île frappée par les conflits, le CICR n'a pas été pris au dépourvu. « Au cours des trois dernières années, nous avons installé des systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement à travers Mindanao, dans les lieux que nous jugions susceptibles d'accueillir des personnes déplacées. De fait, ce sont bien là les régions touchées aujourd'hui », explique Perry Proellochs, délégué du CICR au centre de Mindanao. « La population a donc bénéficié de notre assistance avant même que nous soyons sur le terrain, et ces infrastructures seront utilisées dans les semaines, les mois, et peut-être même les années à venir. »

Libungan Torreta est l'un de ces nombreux villages à avoir accueilli des déplacés internes à bras ouverts ; il l'avait déjà fait précédemment lors de deux crues subites. Néanmoins, les villageois doivent également pouvoir continuer à vivre normalement.

« Certains de nos hôtes vivent dans l'école, mais en raison de leur séjour prolongé, nous leur avons demandé de libérer le lieu pendant les heures de classe. Je sais bien qu'il pleut, mais qu'est-ce que nous pouvons faire d'autre ? déclare M. Raman, l'élu municipal. Par manque de place, les enfants déplacés ne peuvent pas suivre les leçons.

« Ces combats sont les pires qu'a connus Mindanao depuis 2003, et ils entraînent des conséquences dramatiques sur le plan humanitaire », précise Felipe Donoso, chef de la délégation du CICR à Manille. « D'habitude, les personnes déplacées retournaient chez elles après trois ou quatre jours ; cette fois, la situation se prolonge. En outre, leurs mécanismes de survie ont été affaiblis par les déplacements répétés que le conflit et les catastrophes naturelles ont provoqués. »

Dominik Stillhart, directeur adjoint des opérations au CICR, a procédé sur place à une évaluation et se montre particulièrement inquiet. « Une femme m'a confié que c'était la quatrième fois cette année qu'elle avait dû fuir de son village. Je n'ai encore jamais connu de cas de déplacements aussi fréquents. Ce genre de situations fait payer un lourd tribut à ceux qui sont touchés. »

Faire au mieux dans une situation difficile

Les personnes déplacées de Libungan Torreta ne semblent pas encore prêtes à rentrer. « Nous ne savons pas encore quand nous partirons. Je m'inquiète pour ma maison et mes animaux, mais qu'est-ce que je peux faire ? déclare une vieille femme élégamment vêtue, suscitant autour d'elle des hochements de tête d'approbation.

«Ce matin-même, 20 familles qui étaient rentrées chez elles sont revenues en disant qu'elles n'étaient toujours pas en sécurité dans leur village », précise l'élu municipal. « On entend les tirs de mortier jusqu'ici. »

La vieille femme, qui porte un turban vert ainsi qu’une blouse et un sarong orange, est d'une élégance incongrue. Au-dessus d'un feu de coques de noix de coco, elle prépare le « buka puasa », le repas de rupture du jeûne qui se prend au coucher du soleil pendant le Ramadan. À cause de l'humidité, une fumée âcre se dégage et brûle les yeux.

Normalement, ce mois devrait être festif, mais pour la population de Libungan Torreta et pour les dizaines de milliers de personnes déplacées à travers l'île de Mindanao, « c'est un triste Ramadan »,regrette Fairudz Abdul, berçant doucement dans ses bras sa fillette d'un an.

Triste certes, mais pas pour tout le monde. Racma Usman, une sage-femme dynamique qui, à elle seule, a vacciné 411 enfants déplacés contre la rougeole, a une anecdote heureuse à raconter. Elle avait diagnostiqué chez une femme à la grossesse avancée qui se trouvait parmi les personnes déplacées un fort risque d'éclampsie, un syndrome dangereux dont l'hypertension artérielle est un des symptômes.

« J'ai immédiatement signalé le cas au CICR, qui a évacué cette femme vers l'hôpital le plus proche », a-t-elle raconté. Son diagnostic était correct et d'autant plus opportun que la jeune femme, dont c'était la première grossesse, attendait des jumelles. « Elle est maintenant en train de se rétablir, et ses deux bébés sont en parfaite santé », ajoute Racma Usman, dont la joie est palpable.

©CICR/ph-e-00054
Province de Cotabato, commune de Pikit. Une famille déplacée se blottit sous une tente.



©CICR/ph-e-00065
Province de Cotabato. Le CICR installe un point d’eau pour les personnes déplacées.



©CICR/ph-e-00067
Province de Cotabato. Des volontaires de la Croix-Rouge philippine participent à une distribution de secours en faveur de personnes déplacées.


Vers le haut
Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge10-09-2008
Rubrique :  Dans le monde > Asie et Pacifique > Philippines
Retour à la page précédente Retour à la page précédente