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Comité international de la Croix-Rouge
24-02-2009  Éclairage  
Soudan : semer des graines d'espoir
Dans la région du Darfour-Nord, tandis que le CICR s'apprête à distribuer des semences aux civils, ceux-ci n'ont qu'une idée en tête : les prochaines semailles. Une bonne récolte permettra de nourrir pendant plusieurs mois plus de 130 000 personnes dans une situation désastreuse.

La place du marché en plein air de la ville d'El Fasher fourmille dans un nuage de poussière. Ici, la vie bat son plein dans un décor aux couleurs splendides. Des tas de tomates rouges bien mûres, de citrons jaunes et de longs gombos verts sont disposés soigneusement à côté de seaux de carottes orange vif sur de grandes couvertures étalées sur le sol, dans l'attente des clients.

« Nous avons de la chance d'avoir maintenant une si grande variété de fruits et de légumes », me dit Soaade, ma collègue, tandis que nous nous frayons un passage entre les marchands et essayons d'échapper aux groupes d'enfants décidés à nous vendre des sacs plastique pour nos provisions. « Il y avait des semaines où nous nous nourrissions de tomates et d'aubergines. Il y avait très peu de fruits et d'autres légumes », dit-elle, alors que je m'émerveille devant la couleur et la taille des oranges. Pour ce qui est des fruits et des légumes, c'est toujours l'abondance ou la famine ici, selon la saison.

Respecter les saisons

En parlant des saisons, la sous-délégation du CICR à El Fasher (capitale du Darfour-Nord) est en pleins préparatifs en vue de l'activité la plus importante de la saison : la distribution de semences, vénérée par tous. Les mois prochains sont cruciaux pour la majorité de la population du Darfour vivant dans le Jebel Marra et le Jebel Si : c'est la période où les villageois doivent ensemencer leurs terres s'ils veulent récolter à la fin de l'année. « Les semailles doivent être terminées mi-juin, avant le début des pluies, sinon la saison est perdue », explique Philippe, responsable de ce que le CICR appelle la sécurité économique.

Cette année, le CICR distribuera des semences et des vivres aux personnes qui ont été forcées par le conflit de quitter leurs terres et de fuir dans les montagnes. « Quand ces personnes se sont senties en danger, elles se sont réfugiées dans les montagnes, où elles ont partagé les terres et les repas des familles qui les ont recueillies », ajoute Philippe.

Cependant, les terres en montagne ne sont pas aussi fertiles que les terres à plus basse altitude ; et c'est pourquoi le CICR a décidé d'apporter une assistance. L'institution évalue si les personnes victimes d'une situation nouvelle – en l'occurrence, le conflit et le déplacement – ont suffisamment de moyens économiques pour vivre. Si ce n'est pas le cas, il détermine le niveau d'aide nécessaire, pour qu'elles puissent atteindre un seuil minimum d'économie ménagère durable. C'est la raison pour laquelle le CICR utilise généralement le terme de « sécurité économique » pour parler du soutien qu'il fournit dans ce type de situation.

« Après avoir observé la manière dont le conflit pèse sur les habitants de la région, nous avons confirmé que, une fois qu'ils ont quitté leurs terres, ils n'ont plus de moyens de subsistance. Ils en sont réduits à partager les ressources déjà maigres de leurs hôtes », poursuit Philippe.

Au cours des prochaines semaines, les habitants du Jebel Marra et du Jebel Si recevront des semences du CICR afin de cultiver leurs terres. Pour leur permettre de tenir jusqu'à la prochaine récolte, l'institution leur distribue également des rations alimentaires. Comme l'explique Philippe, « c'est surtout pour les aider à reprendre des forces en vue du travail éprouvant qui les attend. C'est aussi pour s'assurer qu'ils ne manquent pas de nourriture et n'en viennent à manger les semences ».

Si la récolte est bonne, elle devrait permettre de nourrir pendant huit mois plus de 130 000 personnes que le CICR considère comme ayant terriblement besoin d'assistance.

Tout le monde apporte sa contribution

En coopération avec le ministère de l'Agriculture et de centres de recherche agricole affiliés au ministère, en 2009, le CICR soutiendra également les agriculteurs établis autour de la ville d'El Fasher en leur offrant une formation, des outils et un appui technique, pour leur permettre de produire des semences de variétés locales de millet. Il leur achètera ensuite une partie de la récolte, qu'il redistribuera aux agriculteurs du Jebel Marra et du Jebel Si, afin de les aider à accroître leur production.

La principale difficulté pour le CICR et les différents acteurs est de respecter le calendrier des saisons, particulièrement strict dans la région. Tout doit être planifié et exécuté en temps et en heure, y compris l'évaluation de la production agricole, qui permettra de déterminer s'il faut changer les méthodes de culture l'année suivante.

Dans cette région du Darfour, le CICR travaille donc en fonction des saisons. Surmontant les obstacles dus au mauvais état des routes et à un environnement difficile, il sème de petites graines d'espoir dans le cœur des gens, qui, pendant un certain temps, se sont sentis perdus dans leur refuge en montagne.

© CICR/P. Dutilleul/v-p-sd-e-02286
Des camions du CICR traversent le Jebel Marra, au Darfour-Nord, pour livrer des semences et des secours alimentaires aux villageois.
© CICR/P. Dutilleul/v-p-sd-e-02295
Darfour-Nord. Le CICR distribue des semences et des vivres aux civils dans la région de Jebel Marra.
© CICR/P. Dutilleul/v-p-sd-e-02290
Région du Jebel Marra, Darfour-Nord. Un employé du CICR aide une femme à rassembler ses provisions après une distribution de vivres et de semences.


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Rubrique :  Dans le monde > Afrique > Soudan
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