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Comité international de la Croix-Rouge
4-12-2008  Éclairage  
Soudan : il est si merveilleux de pouvoir remarcher
Le conflit armé qui a fait rage dans le Sud- Soudan jusqu’en 2005 a tué près de deux millions de personnes et en a mutilé des milliers d’autres. Mary Angau, âgée à peine de sept ans au moment où elle a perdu sa jambe, raconte son histoire à Anne Kilimo du CICR.

Un combat avec la mort

On pouvait lire la souffrance dans les yeux de Mary Angau alors qu’elle racontait son combat avec la mort il y a 14 ans. Des hommes armés avaient attaqué son village et avaient commencé à tirer.

Mary n’avait que sept ans et elle n’avait pas la moindre idée des raisons pour lesquelles son sommeil avait été interrompu par des coups de feu. Elle se réveilla et se mit à courir. Elle ne savait pas où elle allait, elle tomba brusquement et essayant de se relever, réalisa qu’elle était incapable d’avancer. Elle a été blessée d’une balle dans la jambe. Ses os ont été détruits et elle ne pouvait plus remarcher.

« Je ne pensais pas pouvoir vivre. La douleur était trop forte. Je pleurais tout le temps ». Et pourtant, Mary ne pouvait pas crier malgré la douleur vive qu’elle ressentait dans sa jambe par peur d’être tuée par les attaquants. À l’aube, sa famille la trouva et ils prirent l’avion pour Lobone.

Vivre avec une jambe

© CICR
Juba, Soudan. Mary appareillée avec une nouvelle prothèse qui remplace sa prothèse cassée.


« Ma mère était sûre que j’allais mourir. Elle avait perdu tout espoir », dit Mary. C’est à Lobone qu’on entendit parler des ponts aériens pour les personnes ayant des blessures similaires à l’hôpital Lopiding au Kenya voisin. Mary a été transporté par le prochain vol pour Lopiding, mais c’était trop tard pour sauver sa jambe ; n’ayant pu être soignée à temps, elle a dû être amputée.

« Au début, je n’étais pas triste à l’idée de perdre ma jambe. J’avais tellement mal que c’était un soulagement », explique-t-elle. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé combien il me serait difficile de vivre sans. Je ne pouvais plus courir ni jouer avec mes amis ».

Mais elle avait une consolation. Au moins, elle pourrait remarcher une fois appareillée avec une prothèse à l’hôpital. Elle s’était même inscrite dans une école dans le camp de réfugiés voisin de Kakuma où elle est partie vivre avec un parent éloigné après le traitement.

Mary est retournée chez elle à Nimule après la signature de l’accord de paix global et la fin de la guerre en 2005. Elle vit maintenant avec son frère. Ses parents sont morts quand elle était au Kenya.

« Même sans vraie jambe, je suis heureuse et je remercie Dieu de pouvoir marcher et de faire un tas de choses pour moi. Sans cette jambe, la vie serait dure », précise-t-elle. Pour elle, tout comme la plupart des personnes handicapées, le fait d’être appareillé est un problème de toute une vie.

Mary ne se souvient pas du nombre exact de prothèses qu’elle a eues mais elle sait qu’elle en a eu beaucoup. « Quand j’étais petite, la prothèse était changée régulièrement car je grandissais. Elle se cassait quelquefois et je devais la faire réparer ou remplacer. C’est aussi la raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui. La prothèse s’est de nouveau cassée ».

Le CICR aide les personnes handicapées à remarcher

Mary est l’une des nombreuses personnes handicapées qui vivent au Sud-Soudan. Depuis juillet 2006, le CICR soutient le centre orthopédique à Juba, géré par le centre d’assistance pour personnes handicapées du Nil, qui équipe en prothèses et orthèses les personnes devenues handicapées durant la guerre ou plus récemment à cause de mines, de balles et de morsures de serpent. À ce jour, 1 541 personnes y ont bénéficié des services, dont 362 nouveaux patients qui ont été appareillés avec des prothèses et orthèses.

Le centre reçoit les patients des hôpitaux de divers États du Sud-Soudan et d’autres organisations. Malheureusement, la pension où séjournent les patients est très petite et elle ne peut accueillir plus de dix patients. Lorsque Mary, qui vit dans un autre État, vient se faire appareiller, elle doit trouver des proches ou d’autres personnes pour l’héberger, ce qui est difficile pour elle. Elle souhaiterait bénéficier de services similaires près de chez elle.

Heureusement, pour elle et d’autres patients qui vivent loin de Juba, le problème de l’hébergement sera peut-être bientôt résolu. En effet, le centre d’appareillage orthopédique et de rééducation physique de Juba devrait être transféré très prochainement par le CICR – en décembre 2008 – aux autorités du Sud-Soudan.

Construit et équipé par le CICR, le centre peut héberger 60 patients par mois et offrir des services à une centaine de patients lorsqu’il fonctionne à pleine capacité. Le CICR a financé des modules de formation de 20 orthoprothésistes et de deux physiothérapeutes au Soudan, au Rwanda et en Tanzanie pour leur permettre d’assurer les services qui font cruellement défaut dans le nouveau centre.

Le CICR soutient des centres orthopédiques dans cinq autres villes couvrant la plupart du Soudan (Khartoum, Nyala, Kadugli, Kassala et Damazin).


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Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge4-12-2008
Rubrique :  Dans le monde > Afrique > Soudan
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