©ICRC/A. Montanari/np-e-00201
Sunamati, dont le mari a disparu il y a six ans s’entretient avec une interprète du CICR.
Sunamati vient du district plat et rural de Bardiya, dans le centre-ouest du Népal. Elle a les pommettes hautes et des mains fortes, et quand on lui demande son âge, elle donne celui de son mari – 40 ans – avant d'ajouter qu'elle est un an et demi plus jeune.
L'année de naissance de son mari est une des rares choses dont elle est certaine à son sujet, depuis qu'il a disparu de sa vie, le 17 avril 2002. La nuit était tombée lorsqu'une vingtaine d'hommes armés sont arrivés dans le village. Ils ont encerclé la maison et demandé à son beau-père où étaient ses fils. « Ils ont mangé, puis sont allés se coucher », a répondu le vieil homme.
Sunamati avait à peine terminé de se préparer pour aller se coucher et elle est allée réveiller son mari : « Lève-toi, il y a des gens qui sont là. » Il est sorti. Les hommes armés lui ont demandé son nom, et aussi : « Êtes-vous le directeur de l'école ? » Il a répondu que non, et ils lui ont ordonné de s'habiller, car ils allaient l'emmener. Il a protesté qu'il n'avait rien fait de mal, mais ils ont refusé de s'expliquer.
Une nuit à attendre sur le bord de la route
Sunamati se rappelle exactement ce que son mari portait quand il a été emmené : un tee-shirt marron avec des bandes rouges, un pantalon gris et une casquette. Il a mis ses papiers d'identité dans la poche de son tee-shirt, afin de prouver qu'il enseignait à l'école du village de Baidi. La famille tout entière l'a accompagné à pied jusqu'à la route. « Si vous l'emmenez, alors s'il vous plaît, emmenez-moi aussi », a supplié Sunamati. Ils ont répondu : « Nous ne le garderons que trois ou quatre jours, nous l'interrogerons puis le renverrons. Ce n'est pas la peine de venir ni de vous inquiéter ». Après leur départ, elle s'est assise au bord de la route et elle a attendu toute la nuit.
Le lendemain matin, Sunamati a marché jusqu'à la caserne militaire la plus proche pour s'enquérir de son mari. Les hommes de garde lui ont dit qu'il était inutile de venir si tôt après l'arrestation et que de toute façon, son mari n'était pas là. Elle s'est quand même rendue dans les autres casernes, chez les maoïstes et à la police ; où qu'elle aille, les personnes avec qui elle parlait disaient toujours ne rien savoir au sujet de son mari.
Quelques jours plus tard, elle a repris sa tournée, demandant simplement si elle pouvait voir son visage, mais elle n'a rien appris de plus. Elle a cessé ses recherches après avoir été menacée par un soldat. « Je n'ai plus jamais rien su de mon mari », dit-elle calmement.
Aujourd'hui, elle vit avec ses trois enfants et son beau-père, qui est trop âgé pour travailler. Elle dit que le jeune frère de son mari ne leur donne rien. Ils n'ont pas de ressources, pas de biens, et pour survivre, ils cultivent les terres d'autres personnes et récupèrent une partie de la production. Les enfants ne sont pas scolarisés.
Une faible lueur d'espoir
« Avec un mari, il aurait été facile de les envoyer à l'école et de les nourrir, soupire-t-elle. Si vous voulez des vêtements, vous devez vous passer de nourriture, et si vous voulez de la nourriture, vous ne pouvez pas acheter de vêtements. »
Elle ne peut s'empêcher de conserver une faible lueur d'espoir et de penser que son mari est en vie, bien qu'elle admette que cela soit peu probable. Quand on lui demande si elle envisagerait de se remarier, elle secoue la tête vigoureusement, puis ajoute qu'il n'est pas facile de trouver un mari quand on a des enfants en bas âge. Elle a décidé d'essayer d'élever seule ses enfants, de les nourrir et de se satisfaire de cette vie.
Son mari était à moins de deux ans de la retraite quand il a disparu. « S'il est en vie, les autorités devraient le dire, dit-elle. S'il est mort, elles devraient le dire aussi et me donner une sorte de compensation. Pourquoi est-ce que je ne peux pas toucher sa pension ? »
Des organisations humanitaires, dont le CICR, lui ont fourni des couvertures et d'autres articles ménagers de première nécessité. Sunamati dit qu'elle a dépensé presque toutes ses économies en voyages pour obtenir des informations, mais qu'elle a reçu peu de réponses à ses questions.