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Comité international de la Croix-Rouge
10-09-2008  Interview  
Yémen : la guerre et le drame de l’eau
De retour d’une mission de 14 mois à Saada, au Yémen, l’ingénieur hydraulicien du CICR, Johannes Bruwer, explique pourquoi l’accès à l’eau potable est essentiel pour les Yéménites touchés par le conflit, et comment le CICR répond à quelques-uns des besoins les plus urgents.

Carte des programmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement au Yemen en 2008. Télécharger la carte - format ZIP

Quelle est la région du Yémen la plus durement frappée par la pénurie d'eau ?

Le pays tout entier souffre du manque d'eau. Du fait de l'approvisionnement insuffisant en gazole, beaucoup de pompes à eau sont paralysées, et l’acheminement d’eau par camion devient tellement coûteux que la plupart des habitants du pays pourraient bientôt ne plus pouvoir se procurer de l'eau potable. Dans les régions en proie au conflit, le prix de l'eau a effectivement plus que doublé au cours du mois d'août. Dans la ville de Dahyan, qui est probablement l’une des régions les plus durement touchées, le CICR s'efforce d’apaiser la situation en fournissant du carburant.

Un problème propre au Yémen réside dans le fait que sa population est dispersée dans tout le pays ; d’où la difficulté d’approvisionner tout le monde de manière régulière.

Quel impact le conflit a-t-il eu sur la disponibilité de l’eau, et que fait le CICR pour contribuer à remédier à cette situation ?

Bien que de manière différente, des villes comme Dahyan et Saada ont payé un lourd tribut au conflit.

À Dahyan, le réseau local de distribution d'eau a été partiellement détruit. Le CICR consolide et élève un réservoir d’une capacité de 200 000 litres qui approvisionne la ville tout entière.
©ICRC / R. Gallway / V-P-YE-E-00640 / April 2008
Malahit, nord du Yémen. Des habitants reçoivent des filtres à eau du CICR.

Quant à Saada, au plus fort du conflit, elle abritait 50 000 personnes déplacées, selon les estimations. Cette situation a contribué à épuiser encore davantage les réserves de la ville déjà insuffisantes, sans compter que le ravitaillement en eau a été interrompu lorsque les combats ont endommagé le générateur servant à actionner les pompes. Les ingénieurs du CICR se sont alors employés à rétablir l’approvisionnement en remettant en état le générateur et en fournissant de nouvelles pompes.

En collaboration avec le Croissant-Rouge du Yémen, le CICR a installé six camps pour personnes déplacées à Saada. Ces derniers accueillent actuellement quelque 8 700 personnes, auxquelles le CICR fournit individuellement 20 litres d'eau potable par jour. Il a également construit 400 latrines afin d’améliorer les conditions sanitaires et d’hygiène dans les camps.

Quels sont les principaux problèmes que la pénurie d’eau entraîne, et quelles conséquences ont-ils pour la population ?

Le manque d’eau est un problème chronique au Yémen. Il s’est vu aggravé par le conflit qui fait rage dans le nord du pays et par la diminution de quatre à six mètres par an du niveau de la nappe phréatique.

Jusque dans les années 70, les ressources souterraines sont restées intactes. Grâce à des moyens traditionnels permettant de capter les eaux de pluies ou de tirer profit d’autres réserves, le Yémen avait vécu jusque-là en harmonie avec ses ressources naturelles. Puis on a commencé à forer des puits. Il en existe à l’heure actuelle 4 000 dans le seul gouvernorat de Saada, et beaucoup sont très profonds. Or, les pluies ne permettent pas de régénérer assez rapidement la nappe phréatique pour compenser l’eau qui y est puisée. Le captage des eaux souterraines a ainsi conduit à une situation insoutenable.

Dans certains villages, les habitants vendent leurs fermes et s’en vont, car les réserves en eau s'épuisent irrémédiablement. Quant aux personnes qui se sont enfuies pendant les affrontements, elles ne rentrent simplement pas chez elles. Elles abandonnent leur foyer et leurs terres parce qu’il n’y a plus assez d’eau.

Le district de Maran, où l’eau de pluie est collectée dans des réservoirs creusés à la main appelés birkets, est particulièrement sinistré en raison des pluies spécialement peu abondantes tombées entre mai et juillet. Nombre de ces réservoirs ont subi des dommages à l’époque des combats, et le CICR est en train d’en réparer une partie.

©ICRC / J. Bruwer / V-P-YE-E-00641 / April 1998
District de Sahar, Saada. Le CICR installe une pompe à eau dans la localité d’Al-Aredha.

L’eau qui provient des puits profonds a l’avantage d’être très propre. Dans les endroits où les gens sont tributaires des eaux de surface, le CICR distribue des filtres – filtres colloïdaux argentés fabriqués au Yémen – destinés non seulement à purifier l’eau, mais aussi à éviter la propagation de maladies transmises par l’eau. À Maran, on utilise encore aujourd'hui des filtres fournis par le CICR en 2005 !

Selon vous, que faudrait-il faire pour éviter que la situation ne se détériore encore davantage ?

Les personnes touchées par un conflit armé ont besoin d'eau potable. Lorsqu'il n'y en a pas, les maladies transmises par l'eau risquent de se propager.

Dans l’immédiat, il est essentiel de continuer à remettre en état les infrastructures détruites ou mises hors d'état de marche par le conflit, pour qu'elles puissent fonctionner à nouveau. Et s’il est clair que les personnes déplacées vivant dans les camps ont besoin d'eau tous les jours, elles ne pourront rentrer chez elles que si elles sont sûres d’y trouver de l’eau potable en suffisance.

Les communautés devraient profiter de la paix relative qui règne actuellement pour envisager d’adopter des solutions durables pour l’environnement. Puiser dans les réserves des nappes fossiles n’en est pas une. Le Yémen vit avant tout de l'agriculture. Pour que cette situation perdure, et au nom de la prospérité du peuple yéménite, une utilisation judicieuse de l'eau s'impose.


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Copyright © 2009  Comité international de la Croix-Rouge10-09-2008
Rubrique :  Dans le monde > Moyen-Orient et Afrique du Nord > Yémen
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