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1-06-1997  Rapport d'activité 1996 
Liban

"Raisins de la colère"

Dans le cadre du conflit israélo-arabe, le CICR a continué à s'occuper des conséquences, sur le plan humanitaire, de l'occupation par Israël d'une partie du Sud-Liban, la zone dite de sécurité. Les civils vivant dans la zone occupée et au nord de la ligne de front ont, une fois encore, été affectés par des opérations militaires sporadiques, et la marine israélienne a maintenu son blocus sur la côte sud du Liban.

Début avril, la tension s'est sensiblement accrue et, plusieurs incidents s'étant produits entre des groupes armés et l'armée israélienne, celle-ci a lancé une opération de deux semaines baptisée "Raisins de la colère". Les civils ont payé un lourd tribut: 170 Libanais tués (dont plus de 100 qui ont trouvé la mort lors du bombardement du camp de la FINUL* à Cana), 350 blessés, 350 000 déplacés, et des centaines de maisons endommagées ou détruites. Du côté israélien, plus de 60 personnes ont été blessées et quelque 20 000 déplacées.

Pendant et après les opérations militaires, le CICR a fourni protection et assistance aux civils qui étaient restés sous le feu de l'ennemi dans la région du Sud-Liban, ainsi qu'aux personnes déplacées qui avaient trouvé refuge dans des lieux publics à Saïda, Beyrouth et les vallées du Chouf et de la Bekaa. Il  a ainsi été amené à coopérer étroitement avec la Croix-Rouge libanaise et a entretenu des relations suivies avec la Fédération. Le CICR a également mené ses activités en coordination avec des instances de l'État libanais, les organisations non gouvernementales locales travaillant sur le terrain et des organismes des Nations Unies (PNUD*, UNICEF, FINUL). Il a fourni des secours médicaux d'urgence à des établissements de santé du Sud-Liban pour leur permettre de faire face à l'afflux de blessés et de poursuivre les traitements habituels des personnes qui étaient restées dans la région. Les hostilités terminées, le CICR a distribué des médicaments et du matériel médical à tous les établissements médicaux situés le long de la ligne de front pour les aider à reconstituer leurs stocks.

Le 16 avril, le CICR a rappelé solennellement aux parties belligérantes leur obligation de respecter les règles du droit humanitaire visant à protéger toutes les victimes de conflits armés. Le 19 avril, il a condamné publiquement le bombardement du camp de la FINUL à Cana et insisté sur l'interdiction absolue de lancer des attaques sans discrimination. Il a également effectué des démarches auprès des belligérants, leur demandant en particulier d'accorder aux civils, ainsi qu'aux établissements et aux véhicules sanitaires, le respect auquel ils avaient droit.

Plus de deux semaines après le début de l'opération "Raisins de la colère", un cessez-le-feu a été décrété de facto, et les civils de part et d'autre de la frontière israélo-libanaise n'ont plus eu à déplorer d'attaques. Une commission de surveillance de la trêve constituée de représentants américains, français, israéliens, libanais et syriens a été créée. Vers la fin de l'année, la situation était de nouveau tendue au Sud-Liban, et plusieurs plaintes relatives au non-respect de l'accord ont été examinées par la commission. En décembre, des civils libanais ont été blessés lors d'un bombardement par les forces armées israéliennes, tandis que des combattants non identifiés tiraient une roquette katyusha contre le nord d'Israël.

Protection de la population civile

En vue de protéger la population civile, des délégués ont recueilli, dans la zone occupée au Sud-Liban, des informations concernant des allégations de violation du droit humanitaire et sont intervenus auprès des parties au conflit, leur demandant instamment d'épargner les civils et leurs biens. La délégation avait auparavant négocié des garanties de sécurité avec toutes les parties, afin de mener ses activités humanitaires et de fournir une assistance médicale et matérielle aux civils vivant le long de la ligne de front et à proximité de la zone occupée par Israël. Elle a géré cinq cliniques mobiles, qui desservaient sept villages à l'intérieur et à proximité de la zone occupée.

Chaque fois qu'en Israël des civils ont été victimes d'attaques à la roquette lancées par des groupes armés, comme cela a notamment été le cas en avril, la délégation du CICR à Tel-Aviv a fourni des informations à la délégation de Beyrouth, pour que celle-ci entreprenne les démarches appropriées.

Visites de détenus

Des délégués du CICR ont visité régulièrement les détenus du centre de détention de Khiam, dans la zone occupée par Israël. Ils ont discuté avec les autorités des moyens d'améliorer le traitement et les conditions de détention des prisonniers, auxquels ils ont fourni une assistance. Les familles des détenus ont bénéficié d'un programme de visites familiales mis en place par le CICR. Les détenus ont échangé des messages Croix-Rouge avec leurs proches et ont reçu des colis de la part de leur parenté.

Le 21 juillet, suite à un accord négocié sous les auspices du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne et à la demande des parties concernées, le CICR a supervisé la libération simultanée de 62 prisonniers et le rapatriement des dépouilles mortelles de 125 personnes aux mains d'Israël, de l'Armée du Sud-Liban (ASL) et du Hezbollah. Pour les familles des deux camps, cela signifiait la fin de plusieurs années d'incertitude quant au sort de leurs proches.

Un des deux anciens détenus palestiniens déportés par Israël vers le Sud-Liban en avril 1995, en violation de la IVe Convention de Genève, est resté bloqué à la base de la FINUL à Naqoura, en dépit des efforts du CICR pour qu'il puisse retourner chez lui. Des délégués du CICR l'ont visité régulièrement, afin de lui permettre d'échanger des messages avec ses proches et de lui porter assistance.

Camps de réfugiés palestiniens

Un sujet de préoccupation du CICR au Liban a été la détérioration de la situation - déjà précaire - de quelque 350 000 Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés, la plupart d'entre eux depuis 1948. L'UNWRA* leur a porté assistance en assurant les soins médicaux et l'éducation. La violence risquant à tout moment d'éclater en raison de désaccords politiques et du sentiment profond de frustration parmi les réfugiés, le CICR a distribué des secours d'urgence aux établissements médicaux de ces camps.

Coopération  avec le Mouvement

Pendant l'opération "Raisins de la colère", le CICR travaillé en étroite collaboration avec la Croix-Rouge libanaise. Celle-ci a accompli un travail remarquable en avril: elle a mobilisé plus de 600 secouristes volontaires, transféré en urgence des personnes malades ou blessées, réapprovisionné les stocks de produits sanguins, évacué les morts et géré plus de 200 postes de premiers secours et plus de 130 cliniques mobiles.

Le CICR a apporté son soutien au service d'ambulances de la Société nationale, ainsi qu'aux centres de santé communautaires situés à l'intérieur de la zone occupée.

Le CICR a entretenu des relations étroites avec la Fédération tout au long de l'année, et plus particulièrement en avril. La Fédération a continué à soutenir le développement institutionnel de la Croix-Rouge libanaise, ainsi que ses activités dans les domaines des soins de santé primaires et de la banque du sang. Cette coopération et l'échange d'informations qui en a résulté ont permis à toutes les composantes du Mouvement d'éviter le double emploi.


EN 1996, LE CICR A:

- effectué 39 visites à 248 détenus au centre de détention de Khiam, dont 90 enregistrés pour la première fois;

- organisé le transfert de 87 détenus libérés à partir de la zone occupée par Israël, ainsi que des visites familiales qui ont permis à 1 177 personnes de voir leurs proches détenus au centre de Khiam; permis l'échange de 6 465 messages Croix-Rouge entre les détenus et leur famille et émis 447 certificats de détention;

- agi en tant qu'intermédiaire neutre dans plusieurs situations: la libération de 45 personnes du centre de détention de Khiam; la remise au CICR de 18 dépouilles mortelles se trouvant aux mains de l'ASL; la libération de 17 prisonniers de l'ASL et la remise des dépouilles mortelles de deux soldats israéliens par le Hezbollah; la remise par les autorités israéliennes des dépouilles mortelles de 105 personnes, dont celles de combattants du Hezbollah;

- fourni une assistance ponctuelle à des familles nécessiteuses dont le soutien était détenu en Israël ou au centre de détention de Khiam;


 - rétabli et maintenu le contact entre les membres de familles dispersées par suite du conflit en permettant l'échange de 1 320 messages Croix-Rouge;


 - fait des démarches auprès des parties au conflit lorsque des civils étaient victimes du non-respect du droit humanitaire, et ce, pendant l'opération "Raisins de la colère" et chaque fois que d'autres incidents ont été portés à sa connaissance;


 - pendant et après les grandes opérations militaires d'avril, distribué des secours dont 225 000 perso nnes ont bénéficié, principalement dans la région affectée par les activités militaires au Sud-Liban et dans les centres où les personnes déplacées s'étaient rassemblées (Saïda, Beyrouth, Chouf et Bekaa);

- fourni une assistance ponctuelle aux victimes du conflit et aux habitants des villages qui s'étaient retrouvés isolés en raison de ce conflit;


 - fourni une assistance médicale ponctuelle aux hôpitaux, dispensaires et postes de premiers secours situés le long de la ligne de front, entre la zone occupée par Israël et le reste du pays, et géré cinq cliniques mobiles du CICR dans la région, lesquelles ont donné 2 846 consultations;

- pendant l'opération "Raisins de la colère", porté assistance à tous les établissements médicaux traitant les blessés et les déplacés qui avaient trouvé refuge dans des lieux publics: au total, 96 établissements ont bénéficié de cette assistance;

- fourni une assistance d'urgence aux hôpitaux et dispensaires palestiniens à l'intérieur des camps de réfugiés;


 - contribué à maintenir la capacité opérationnelle de la Croix-Rouge libanaise dans la zone occupée en fournissant un soutien financier et matériel à ses services de premiers secours dans les régions affectées par le conflit, ainsi que des médicaments et du matériel médical pour ses dispensaires;

- apporté son soutien aux activités de diffusion, de formation des volontaires et de communication de la Société nationale;


 - contribué à mieux faire connaître et respecter le droit humanitaire, ainsi que les principes et les règles du Mouvement, en maintenant et en développant ses relations avec les médias et en organisant des cours à l'intention des forces armées, des représentants de la FINUL, des combattants des groupes armés, et des universités (l'enseignement du droit humanitaire a été incorporé dans les programmes d'instruction de l'ensemble des forces armées libanaises);

- donné un exposé sur l'application du droit humanitaire, devant quelque 60 officiers supérieurs de l'armée libanaise, à l'occasion d'un séminaire organisé en septembre par l'armée à l'académie militaire de Beyrouth;


 - pris les dispositions nécessaires pour la diffusion en direct, par la chaîne nationale de télévision "Télé-Liban", d'un programme de deux heures consacré au problème des mines terrestres au Liban et attirant l'attention sur la campagne que mène le CICR contre ces armes dans le monde entier.




Notes:

* UNWRA: Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient.

* FINUL: Force intérimaire des Nations Unies au Liban.

* PNUD: Programme des Nations Unies pour le développement.

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