République centrafricaine : un sentiment accru de vulnérabilité

22-11-2010 Interview

Le CICR vient de commencer à distribuer une aide alimentaire à 55 000 personnes dans l'est du pays. Christa Utiger, coordonnatrice du CICR chargée de la sécurité économique pour la République centrafricaine, explique le contexte de l'opération.

     
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République centrafricaine. Des personnes déplacées dans le Haut Mbomou reçoivent des vivres fournis par le CICR.      
       

       
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République centrafricaine. Des personnes déplacées dans le Haut Mbomou reçoivent des vivres fournis par le CICR.      
       

       
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Des volontaires de Croix-Rouge centrafricaine aident à distribuer des vivres aux personnes déplacées près d’Obo, dans le Haut Mbomou.      
           
     
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    Christa Utiger      

          Pourquoi le CICR a-t-il décidé de lancer cette opération ?

La décision de fournir une aide alimentaire à Mboki, Obo, Rafai et Zemio – les quatre grandes villes de l a région – reflète notre inquiétude au sujet de l'érosion continue de la sécurité alimentaire dans l'est de la République centrafricaine.

Les terres n'avaient jamais posé problème ici : la fertile préfecture du Haut Mbomou est l'une des régions les moins peuplées du pays mais la violence et le sentiment accru de vulnérabilité qu'elle génère perturbent les modes de vie traditionnels. Ces derniers mois, plus de 20 000 personnes des villages avoisinants ont afflué dans ces villes en quête de sécurité et la population y a pratiquement doublé. Elles ont été rejointes par 6 000 réfugiés congolais.

La demande de vivres s’est de ce fait accrue tandis que la production de cultures a diminué, les personnes déplacées étant forcées de quitter leurs champs en grande partie sans surveillance. Les champs proches des villes sont surexploités et deviennent moins productifs, entraînant une hausse des prix des denrées alimentaires. Et les petits agriculteurs ne sont pas seuls à être touchés ; les éleveurs réagissent en changeant les caractéristiques du pâturage et en se rapprochant des villes. Les terres agricoles disponibles sont donc moins nombreuses et le risque d'affrontements entre les éleveurs et les agriculteurs au sujet de ces terres est plus grand.

L’insécurité accrue a également réduit considérablement le volume des échanges dans la région. Mboki a toujours été un carrefour commercial et une grande ville d’échanges mais les commerçants réfléchissent aujourd’hui deux fois plutôt qu’une avant de venir acheter du bétail, ce qui a un impact énorme sur les revenus de la communauté.

Tous ces facteurs combinés ont exacerbé le problème de sécurité alimentaire, nous poussant à agir.

 Quels résultats le CICR escompte-t-il obtenir ?  

L'aide alimentaire vise à compléter les stocks appauvris de nourriture et d’aider les communautés à survivre à cette période de violence. Nous avons décidé de fournir une assistance à toute la population de ces villes car tout le monde est touché. Chaque ménage recevra une aide comprenant du riz ou du maïs, des haricots blancs ou des arachides, de l’huile et du sel : des produits de base et de bonnes sources de protéines et d'énergie.

Le CICR prévoit également de distribuer des semences à ces mêmes communautés – avant la saison des semailles au début de 2011 – afin de garantir de bonnes récoltes vers la fin de l'année et suffisamment de nourriture à un prix raisonnable. Nous espérons ainsi permettre aux communautés de reprendre pied.

 Quels défis logistiques devez-vous relever ?  

 La région est vaste et fertile, mais elle est faite de brousse et la plupart des infrastructures les plus élémentaires font défaut (par exemple, routes goudronnées et ponts). Pendant la saison des pluies, les routes se détériorent rapidement et les rivières gonflent. Les camions mettent trois semaines pour se rendre de Bangui à Obo, une distance d’environ 1 300 kilomètres. Le voyage se déroule en quatre traversées : les camions doivent être totalement déchargés aux points de passage, puis chargés à nouveau sur l'autre côté.

Comme vous pouvez l’imaginer, tout cela prend du temps. Un autre défi est l'insécurité le long de la route et dans la région. Cette opération requiert une très grande planification préalable pour que les vivres parviennent dans les villes au bon moment. Il faut se munir de patience !