Géorgie : un nouveau système de santé dans les prisons

12-12-2013 Interview

Le docteur Eva Gerber-Glur, experte du CICR dans le domaine des soins de santé en milieu carcéral, raconte comment une évaluation minutieuse des besoins des détenus sur le plan sanitaire a contribué à l’établissement d’un nouveau système de santé dans les prisons en Géorgie.

Pourquoi le CICR a-t-il décidé de lancer un projet de soins de santé primaires en Géorgie ?

Nous avons soutenu le programme géorgien de lutte contre la tuberculose dans les prisons entre 1997 et 2009 et nous avons facilité son intégration dans le programme national de lutte contre la tuberculose. Nous cherchions donc des moyens de rendre les mesures antituberculeuses plus durables et de les intégrer aux soins de santé généraux dispensés en prison.

Début 2008, nous avons conduit une évaluation des soins de santé dans les prisons géorgiennes, qui a montré plusieurs défaillances dans les services de santé de base. Les détenus se voyaient généralement administrer des soins dans leur cellule par des médecins généralistes, du personnel infirmier ayant suivi une formation supplémentaire ou des spécialistes extérieurs venant faire des consultations dans l’établissement. Ces professionnels avaient besoin du concours d'autres spécialistes, tels que des pharmaciens.

L'une des principales recommandations de l'évaluation était d’établir un nouveau système de santé en milieu carcéral, axé sur les besoins avérés des détenus et non pas sur leurs besoins perçus.

Avec qui avez-vous collaboré ?

Notre principal partenaire était le ministère géorgien du système pénitentiaire et de l'assistance juridique (MCLA). En 2010, nous avons conjointement lancé un programme pilote de soins de santé primaires dans deux prisons, où sont détenues des populations différentes ayant des besoins différents.

La première phase du programme pilote consistait à dispenser une formation à huit médecins et huit membres du personnel infirmier dans le domaine des soins de santé primaires. Ils ont pu ensuite appliquer ces nouvelles connaissances dans les prisons où ils travaillaient. Parallèlement, nous avons monté une équipe multidisciplinaire de suivi et d’évaluation pour travailler aux côtés du personnel récemment formé et évaluer les progrès accomplis.

Quels sont les résultats obtenus à ce jour ?

Nous avons observé beaucoup de changements depuis que nous avons lancé les projets pilotes. Les personnels médical et infirmier ont commencé à adopter une approche plus préventive en matière de soins et ils se concentrent sur les véritables besoins des malades. Grâce à leurs nouvelles compétences, à leur volonté accrue, ainsi qu’à une meilleure qualité des dépistages et des diagnostics, ils ont pu relever des besoins qu’ils n’avaient jamais observés auparavant. C'est un des points positifs des projets pilotes. Toutefois, à mesure que le temps passe, les besoins devraient être tous plus ou moins connus, ce qui nous permettra de nous concentrer davantage sur l'établissement de systèmes visant à y répondre.

Tout comme il nous a aidés à relever des lacunes dans la fourniture des soins de santé, le programme pilote nous a permis de trouver le personnel nécessaire pour dispenser des soins de santé primaires et de dresser une liste des médicaments essentiels, ce qui facilitera le calcul des budgets à l'avenir.

Ce projet fructueux peut-il garantir à lui seul des soins de santé de qualité aux détenus des prisons géorgiennes ?

Il est évident qu'un projet seul ne peut pas faire de miracles. Il existe d’autres facteurs importants qui influencent le bien-être physique et psychologique des détenus. Les conditions générales de détention, parmi lesquelles l’accès à l’air frais, la possibilité de faire de l'exercice, les activités éducatives et le contact régulier avec les familles, jouent toutes un rôle important.

Le programme de soins de santé primaires – tout comme l’amélioration des conditions générales de détention – a considérablement contribué à la santé des détenus.

Photos

Eva Gerber-Glur 

Eva Gerber-Glur
© CICR

Un médecin de l'équipe responsable des soins de santé primaires avec un patient, dans le quartier des mineurs délinquants d’un établissement pénitentiaire. 

Georgie.
Un médecin de l'équipe responsable des soins de santé primaires avec un patient, dans le quartier des mineurs délinquants d’un établissement pénitentiaire.
© CICR

Une infirmière dispensant des soins de santé primaires mesure la pression sanguine d'un patient dans un établissement pénitentiaire. 

Georgie.
Une infirmière dispensant des soins de santé primaires mesure la pression sanguine d'un patient dans un établissement pénitentiaire.
© CICR