Sécurité et protection des journalistes et de leurs équipes et droit international humanitaire et reportage de guerre

21-11-2007 Interview

Au titre du droit international humanitaire (DIH), les journalistes civils en missions dans les conflits armés doivent être respectés et protégés contre toute forme d'attaque intentionnelle. Le DIH confère aux journalistes civils la même protection qu'aux civils aussi longtemps qu'ils ne participent pas directement aux hostilités.

Entretien avec Antonella Notari, cheffe de projet pour le CICR sur le sujet de la sécurité des journalistes et droit international humanitaire et reportage de guerre

 

(Veuillez noter que ci-dessous le terme «journaliste(s)» se réfère aux journalistes et à leurs équipes.)    
Sécurité et protection des journalistes 
 

  Que dit le droit international humanitaire sur la protection des journalistes qui couvrent les conflits armés ?  

Aux termes de l'article 79 du Protocole I additionnel aux Conventions de Genève :
 

1. Les journalistes qui accomplissent des missions professionnelles périlleuses dans des zones de conflit armé seront considérés comme des personnes civiles (…).

2. Ils seront protégés en tant que tels conformément aux Conventions et au présent Protocole, à la condition de n'entreprendre aucune action qui porte atteinte à leur statut de personnes civiles (…).

Dans l'étude sur le droit international humanitaire coutumier (2005), la règle 34 du chapitre 10 dispose que les journalistes civils qui accomplissent des missions professionnelles dans des zones de conflit armé doivent être respectés et protégés, aussi longt emps qu'ils ne participent pas directement aux hostilités (…) La pratique des États établit cette règle en tant que norme du droit international humanitaire coutumier applicable à la fois dans les conflits armés internationaux et non internationaux.

Dans tous les conflits armés, le DIH interdit explicitement les actes suivants à l'encontre des personnes ne prenant pas ou plus activement aux hostilités : les atteintes portées à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices; les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué,assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés. Voir Conventions de Genève, article 3 commun.

  Que peut faire le CICR en termes de protection pour les journalistes dans les conflits armés ?  

La HOTLINE du CICR est un service à la disposition des journalistes qui se trouvent en difficulté dans des conflits armés. Les journalistes, leurs employeurs ou leurs proches peuvent nous prévenir lorsqu'un journaliste a disparu, est blessé, a été tué ou est détenu pour solliciter notre aide.

Les types de services de protection que le CICR peut apporter aux journalistes sont notamment les suivants :

chercher à obtenir une notification d'une arrestation/capture alléguée et avoir accès aux journalistes dans le cadre des visites du CICR aux détenus, informer immédiatement les proches et les employeurs/associations professionnelles sur les coordonnées du journaliste recherché lorsque cette information peut être obtenue, maintenir des liens avec la famille; chercher activement les journalistes disparus, identifier et transférer ou rapatrier la dépouille mor telle, évacuer les journalistes blessés.

Ce service a un caractère purement humanitaire et nous viendrons en aide aux journalistes dans les meilleurs délais en fonction de nos possibilités et de notre champ d'action. Les demandes peuvent être adressées par l'intermédiaire du numéro de téléphone permanent de la HOTLINE du CICR : 41 79 217 32 85 ou par le bureau le plus proche du CICR.

En tant que promoteurs du DIH auprès des autorités civiles et militaires, les acteurs non étatiques dans les conflits armés et autres conflits seront également encouragés à faire connaître et respecter les règles qui protègent les journalistes et les civils en général.

En outre, nous participerons aux initiatives d'autres organisations qui s'emploient à contribuer à la sécurité des journalistes, par exemple avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, l'International News Safety Institute, Reporters Sans Frontières (RSF), l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) etc. 

  Que peuvent faire les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour les journalistes ?  

     

Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui ont les compétences requises en matière de formation aux premiers secours pourraient organiser des cours spécifiques destinés aux journalistes dans leurs pays afin que les journalistes soient mieux préparés, sensibilisés aux risques et aient la capacité de faire face à une urgence sanitaire. Cela peut être utile pour les journalistes qui couvrent les catastrophes naturelles, les conflits armés et d'autres types de violence.

Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissa nt-Rouge, qui jouent un rôle dans la promotion du DIH, peuvent contribuer à sensibiliser à la protection juridique conférée aux journalistes.

  Pourquoi le CICR se préoccupe-t-il du sort des journalistes dans les conflits armés ? et pourquoi maintenant ?  

Nous agissons en faveur des journalistes depuis longtemps et la HOTLINE du CICR existe depuis 1985. Cependant, la multiplication des attaques perpétrées contre les journalistes dans les conflits armés (et dans d'autres situations de violence) nous a poussés à envisager d'autres moyens de contribuer à la sécurité et à la protection des journalistes. Tout comme la sécurité générale des civils, celle des journalistes dans les conflits armés se détériore sérieusement, ce qui est fort alarmant. De plus, faire taire les journalistes ou les faire fuir des zones de crise prive le public des informations qu'ils sont en droit de recevoir sur les situations de crise dans le monde. À notre manière, nous souhaitons montrer l'importance que nous accordons au travail des médias et de ceux que nous assistons sur le terrain, et prendre une action humanitaire concrète pour les aider à réfréner la violence à l'égard des journalistes.

  Que pense le CICR de la proposition d'un traité international visant à protéger les journalistes dans les conflits armés (et au-delà) ?  

Nous estimons qu'I est de la plus grande urgence et importance de s'assurer que la protection juridique existante des journalistes (voir ci-dessus) est diffusée et strictement appliquée par les États. Si un consensus se dégage sur l'élaboration d'une autre législation internationale, nous sommes prêts à accompagner un tel processus selon nos possibilités et notre mandat. Toute mesure qui sert à renforcer les règles existantes est bienvenue.

  Que faut-il faire pour améliorer la sécurité et la protection du personnel des médias dans les conflits armés (et au-delà) ?  

Le bien-fondé des lois qui protégent les journalistes contre les attaques doit être reconnu et leur respect contrôlé. Nous pensons que tous les acteurs des conflits armés devraient être informés de ces règles et obligations qui en découlent pour eux, en particulier pour les forces armées et de sécurité ainsi que les acteurs non étatiques.

Les journalistes devraient être prêts à affronter les risques inhérents aux conflits armés et autres situations de violence, par la formation et d'autres formes de conseils et de soutien. Ils doivent recevoir le soutien de leurs employeurs. Cela doit s'appliquer aussi bien aux journalistes recrutés qu'aux journalistes indépendants.

D'autres recommandations sur les mesures à prendre pour améliorer la sécurité des journalistes ont été mises au point par des organisations qui s'attachent à protéger les journalistes, (par exemple, voir le rapport sur l'étude mondiale menée par l'International News Safety Institute (INSI) en mars 2007).

 
Droit international humanitaire et reportage de guerre 
 

  Pourquoi les journalistes devraient-ils avoir des connaissances du DIH lorsqu'ils couvrent les conflits armés ?  

     

Respecté ou violé, le DIH est une partie importante de l'histoire dans les conflits armés contemporains. Les violations de la loi sont souvent à l'origine des crises humanitaires et politiques. Lorsque des combattants violent la loi, cela risque de compromettre le succès de leur mission. Il est de plus en plus probable que les criminels de guerre allégués seront traduits en justice et il important donc de comprendre le contexte juridique de ces poursuites lorsqu'on les couvre.

Comprendre la signification de certaines actions et certains événements en termes de DIH peut générer une plus grande qualité du reportage de guerre. Les journalistes pourront alors poser des questions pertinentes, saisir les problèmes sous des angles intéressants, sonder ce qui se cache derrière l'histoire, et alimenter le débat sur les droits et obligations des différents acteurs sur le terrain et au delà.

Un rapport de qualité du point de vue du DIH peut avoir de l'influence. Il peut exercer une influence sur l'élaboration des politiques et la prise de décision ainsi que sur le comportement, à savoir accroître la «volonté» de respecter la loi, de lutter contre l'impunité, de protéger les civils.

  Comment les journalistes peuvent-ils avoir connaissance du DIH ? Quelles sont les ressources en DIH dont disposent les journalistes ?  

Dans certains pays, les journalistes peuvent suivre la formation au DIH offerte par les universités ou les associations professionnelles. Quelques Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge organisent des ateliers ou d'autres types de séances de formation au DIH pour les journalistes. Le CICR organise aussi de tels événements dans un certain nombre de pays, souvent avec d'autres partenaires.

On peut trouver des documents sur les sites web des organisations qui travaillent sur les questions du DIH ou mettre des ressources à la disposition des journalistes couvrant les conflits armés, par exemple www.crimesofwar.org . Le site web du CICR est largement consulté par les responsables politiques et praticiens qui traitent professionnellement des questions du DIH.

Dans de nombreux pays, il peut être fait appel à des experts pour fournir des informations et des avis sur les questions relatives au DIH. (par exemple, conseillers juridiques des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, professeurs ou chercheurs, experts gouvernementaux, experts d'ONG connues, etc).

De plus, le CICR et le Crimes of War Project mettent actuellement au point une base de données numériques à utiliser dans les ateliers en DIH pour les médias qui sera disponible en 2008 en anglais.

  Que dit le DIH sur la manière dont les medias devraient couvrir des histoires ayant trait à des conflits armés – en particulier au sujet des prisonniers de guerre ou des civils ?  

     

L'article 13 de la IIIe Convention de Genève et l'article 27 de la IVe Convention de Genève disposent qu'ils doivent être protégés en tout temps, notamment contre tout acte de violence ou d'intimidation, contre les insultes et la curiosité publique. Cela signifie que les médias doivent avoir à l'esprit lorsqu'ils montrent ou publient des images de prisonniers de guerre ou de civils de ne pas porter atteinte à la dignité et à la sécurité des prisonniers de guerre ou des civils.