Le contexte politique de la torture : une analyse socio-psychologique

Les actes de torture sont conceptualisés comme des « crimes d'obéissance » qui sont inévitablement liés à des crimes commis aux échelons les plus élevés de la hiérarchie, c'est à dire au stade de l'édiction des ordres, de l'élaboration des politiques et de l'instauration d'une atmosphère propice à des actes de torture.

La présente analyse suggère plusieurs conditions dans lesquelles la torture peut devenir un instrument de la politique de l'État et la structure de l'autorité de l'État peut être pleinement utilisée pour la mise en oeuvre d'une telle politique. Par exemple, le fait que les autorités de l'État croient que la sécurité nationale est gravement menacée peut, au macro-niveau, justifier la torture et, au micro-niveau, contribuer à ce qu'elle soit autorisée.

Par ailleurs, l'existence d'un appareil élaboré et puissant chargé de protéger la sécurité de l'État peut, au macro-niveau, conduire au recrutement et à la formation de tortionnaires professionnels dans le cadre de cet appareil, et au micro-niveau, contribuer à la banalisation de la torture.

Enfin, l'existence de groupes ethniques, religieux, politiques ou autres mécontents à l'intérieur (ou sous le contrôle) de l'État qui ne jouissent pas de tous les droits conférés aux citoyens peut, au macro-niveau, conduire à leur désignation en tant qu'ennemis de l'État et cibles appropriées d'actes de torture et, au micro-niveau, à leur déshumanisation.

Au sujet de l'auteur

Herbert C. Kelman
Professor of Social Ethics

Herbert C. Kelman is Richard Clarke Cabot Professor of Social Ethics, Emeritus, at Harvard University and a student of international conflict and conflict resolution, specializing in the Middle East.