Le regard d’un médecin de prison : entretien avec Raed Aburabi

En prison, comme dans le monde extérieur, on est en présence de violences sexuelles dès lors que des actes de caractère sexuel sont imposés par la force ou la contrainte. Par essence, les lieux de détention sont des lieux de coercition, le concept de consentement ne pouvant être compris que dans le contexte de la relation d’autorité qui s’instaure entre les détenteurs d’un pouvoir (qu’ils soient surveillants ou détenus) et les autres, pouvoir qui peut imposer des règles, officielles ou non, échappant à tout contrôle extérieur. Le manque de ressources, caractéristique de l’univers carcéral, y compris des lieux de détention les mieux gérés, peut amener les détenus à monnayer des actes sexuels en échange de biens et de services - denrées alimentaires de base, eau ou soins de santé - pour s’acquitter de dettes, se procurer l’accès à des moyens de communication ou bénéficier d’une certaine protection. En milieu carcéral, un acte sexuel, même consensuel en apparence, risque fort de ne pas l’être, alors que, a contrario, un acte de violence sexuelle ne sera pas nécessairement reconnu comme tel.

Au sujet de l'auteur

Dr Raed Aburabi
Responsable de l’unité Médecine carcérale au siège du CICR à Genève

Le docteur Raed Aburabi travaille au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) depuis vingt ans. Il est actuellement responsable de l’unité Médecine carcérale au siège du CICR à Genève, fonctions qui l’amènent à se rendre dans les pays où le CICR a une activité opérationnelle pour y dialoguer avec les autorités pénitentiaires sur l’amélioration des services et conditions sanitaires.