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Myanmar: réparer ce que d’autres ont brisé

07-04-2014 Éclairage

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Myanmar est le témoin d’une accumulation de mines terrestres et de restes explosifs de guerre qui ont touché un nombre incalculable de personnes. L'héritage de ces armes, dans le monde entier et au Myanmar, continue encore de faire des milliers de nouvelles victimes chaque année.

Edison a perdu sa jambe alors qu’il avait à peine 24 ans. Soldat dans l'armée, il avait été envoyé avec deux amis pour cueillir du bambou pour des travaux de construction. En entrant dans la forêt, Edison a marché sur une mine qui a explosé. Il se rend chaque année au centre de réadaptation de Hpa-an pour y faire réparer et refaire sa prothèse. 

Centre d’appareillage orthopédique et de réadaptation de Hpa-an, Myanmar.
Edison a perdu sa jambe alors qu’il avait à peine 24 ans. Soldat dans l'armée, il avait été envoyé avec deux amis pour cueillir du bambou pour des travaux de construction. En entrant dans la forêt, Edison a marché sur une mine qui a explosé. Il se rend chaque année au centre de réadaptation de Hpa-an pour y faire réparer et refaire sa prothèse.
© CICR / Jan Powell

La réadaptation physique des survivants – civils et militaires - de mines terrestres, d'autres armes, d’accidents et d’autres causes est une tâche énorme. Les chiffres sont impressionnants : l'Organisation mondiale de la santé estime que 0,5 % de la population, soit une personne sur 200, est physiquement handicapée. Cela signifie que sur une population de 60 millions d’habitants, 300 000 personnes dans de nombreuses régions du Myanmar sont susceptibles d'avoir besoin de services de réadaptation physique.

En 2013, les programmes de réadaptation physique soutenus par le CICR au Myanmar ont fourni plus de 1 700 prothèses à des personnes handicapées, dont quelque 760 à des survivants de mines terrestres. Dans la région de Mandalay, le centre de réadaptation physique situé dans la léproserie de Yenanthar, relevant du ministère de la Santé, a fourni près de 200 prothèses, dont seules 38 ont appareillé des victimes de mines. Mais à Hpa-an, où la Croix-Rouge du Myanmar gère un centre de réadaptation physique depuis 2003, 63 % des 1 030 personnes appareillées étaient des survivants de mines terrestres. L'impact de la proximité des zones de combats est évident.

Une tâche très difficile

« Le personnel médical de la Croix-Rouge du Myanmar, dans les sections locales du pays, a orienté 695 personnes handicapées vers les centres de Hpa-an et de Yenanthar pour qu’elles puissent accéder à des services de réadaptation physique », explique Didier Reck, responsable du programme de réadaptation physique du CICR au Myanmar. « Le CICR soutient les personnes ayant besoin de services en prenant à sa charge leur voyage, leur hébergement et les frais de subsistance au cours des quelque trois semaines qu’elles doivent passer dans un centre de réadaptation physique pour être appareillées, et offre la possibilité à un membre de la famille d’être présent si la victime est un enfant », ajoute-t-il.

Soutenir ces services est une tâche très difficile car la durée de vie moyenne d’une prothèse n’est que de trois ans. Pour pouvoir aider les personnes physiquement handicapées au Myanmar, il faudrait disposer de 400 orthoprothésistes formés, or le pays ne compte aujourd’hui que dix orthoprothésistes.

Il est possible de former des orthoprothésistes dans des universités à l'étranger en trois ans. Au Myanmar, les universités introduiront en 2015 un cours de formation d’orthoprothésistes sur quatre ans, la première année étant commune à toute une gamme de professionnels de la santé, dont des physiothérapeutes, des techniciens de laboratoire, des radiologues et des orthoprothésistes.

Leo Gasser, le spécialiste du CICR en orthèses et en prothèses au Myanmar, est un ardent partisan d’une plus grande formation de professionnels locaux dans son domaine. « Pour améliorer l’accès aux soins de nombreuses victimes de mines terrestres dans le nord et l'est du pays, le CICR commence à mettre en places des centres de réadaptation physique à Myitkyina et Khaing Tong », explique t-il, et ajoute : « mais nous ne pourrons répondre à cette demande de services que si nous arrivons également à remédier le plus rapidement possible à la pénurie de spécialistes orthoprothésistes ».

Améliorer les possibilités d’appareillage

Des techniciens contrôlent les points de pression sur le moignon d'Edison après une séance pratique avec sa nouvelle jambe. Après son accident, Edison a dû quitter l'armée. Le fait de marcher sans béquilles lui permet de travailler comme enseignant dans sa ville natale. 

Centre d’appareillage orthopédique et de réadaptation de Hpa-an, Myanmar.
Des techniciens contrôlent les points de pression sur le moignon d'Edison après une séance pratique avec sa nouvelle jambe. Après son accident, Edison a dû quitter l'armée. Le fait de marcher sans béquilles lui permet de travailler comme enseignant dans sa ville natale.
© CICR / Jan Powell

Tous les survivants d’accidents de mines ne peuvent pas être appareillés, mais de bonnes techniques chirurgicales peuvent contribuer à améliorer de telles perspectives. Une fois par an, les chirurgiens du Myanmar ont la possibilité de participer à un séminaire sur l'amputation, qui se tient à Yangon, et donne aux survivants de mines les meilleures chances possibles d'être appareillés, une fois qu'ils surmontent le traumatisme. Les séminaires sont dirigés par l'Association médicale du Myanmar et la Société nationale, avec le soutien du CICR.

Depuis plus de 20 ans, en étroite collaboration avec la Croix-Rouge du Myanmar et le ministère de la Santé, le CICR apporte son soutien technique et financier aux programmes de réadaptation physique au Myanmar – et entend poursuivre cette activité. La réadaptation physique est souvent la première étape qui permet aux survivants de mines terrestres et à d’autres personnes ayant un handicap physique d’avoir les mêmes chances que d’autres dans la société. L'agriculture, ou la recherche d’un emploi, par exemple, peut s’avérer très difficile, tant que la mobilité n’est pas retrouvée.