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Afghanistan : l’éducation des femmes est source d’apprentissage pour toute la famille

05-08-2014 Éclairage

Dans le sud profond de l’Afghanistan, des traditions séculaires régissent la vie de nombreuses femmes, notamment leur façon de s’habiller et leur liberté de mouvement hors de chez elles. Les femmes ne peuvent par exemple pas sortir sans être voilées et accompagnées en permanence par un parent masculin.


Les femmes s’aident mutuellement à suivre les instructions des travaux de groupes. © CICR / J. Barry

Quand on franchit la porte du centre tenu par une association de femmes à Lashkar Gah, on ne peut donc qu’être surpris par l’atmosphère qui y règne : un ronronnement de machines à coudre s’ajoute aux bavardages animés d’une quarantaine de femmes et de filles en plein apprentissage de la couture ; dans une pièce voisine, une quinzaine de femmes assises à une table visionnent une vidéo explicative sur l’élevage de bétail.
Humayoon Samim, le formateur de 32 ans, s’adresse posément aux femmes et leur explique combien le sel est important dans l’alimentation des vaches. Son statut d’enseignant l’autorise à se trouver en présence de femmes, qui doivent néanmoins rester voilées.

 

Jamila Niazi est d’avis que « l’éducation des femmes est source d’apprentissage pour toute la famille ».
© CICR / J. Barry

Pendant la pause de la matinée, deux participantes, Sharifa et Nazanin, viennent partager leurs impressions sur le cours.

« Nous avons appris que l’endroit où on loge les bêtes doit rester propre », observe Nazanin, dont la famille possède deux moutons et six poulets. « Et j’ai été surprise d’apprendre que les vaches avaient besoin de sel. Je l’ignorais complètement. »
Sharifa poursuit : « Ce sont les femmes qui s’occupent des bêtes à la maison. Pendant ce temps, nos pères, nos maris et nos frères travaillent aux champs. Ce que je retiens avant tout, c’est que l’étable doit être lumineuse et dotée d’une fenêtre. »

La soif d’apprendre

Ce n’est pas seulement son envie d’acquérir des connaissances sur le bien-être des bêtes qui distingue Sharifa des autres femmes. À tout juste 18 ans, cette étudiante veut également en savoir plus sur le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a organisé la formation sur le bétail et dispense des cours similaires aux agriculteurs hommes. Oubliant un instant les bêtes, Sharifa aborde le cœur du mandat du CICR : « Comment manifestez-vous votre neutralité ? »

Un aspect empêche cependant les femmes d’étancher totalement leur soif d’apprendre. En théorie, sur les dix jours de formation, une journée devrait être consacrée aux travaux pratiques dans une ferme voisine, mais comme il s’agit d’un lieu public, il est impensable que les femmes s’y rendent. Elles ont donc trouvé une solution alternative consistant à regarder des vidéos sur les travaux agricoles dans la salle de cours équipée de rideaux. Elles accomplissent également des travaux de groupes à l’aide de tableaux à feuilles. Dans ce type d’activités, Sharifa et les autres femmes alphabétisées viennent en aide à celles qui ne savent pas lire, afin qu’elles comprennent les textes et les illustrations basiques.

Les femmes écoutent attentivement les propos de leur formateur, Humayoon Samim. 

Les femmes écoutent attentivement les propos de leur formateur, Humayoon Samim.
© CICR / J. Barry

Faire la connaissance de Sharifa, Nazanin et des autres agricultrices n’est pas le seul événement réjouissant de ces quelques jours à Lashkar Gah. Le lendemain matin, une trentaine de femmes volontaires du Croissant-Rouge afghan viennent visiter le centre orthopédique du CICR et participent à une discussion sur les difficultés que les femmes rencontrent en situation de conflit et sur l’action humanitaire du CICR.

Parmi les volontaires les plus jeunes, certaines sont très timides. Assises sur de gros coussins à même le sol, plusieurs sont venues avec leur enfant, qu’elles gardent dans leurs bras. Une ou deux femmes plus âgées exposent ouvertement les problèmes que toutes rencontrent au quotidien. Quelques-unes ont suivi une formation dispensée par le Croissant-Rouge afghan en premiers secours à base communautaire.

« Nos maris sont sans emploi », déplorent-elles. « Nous voulons acquérir des compétences qui nous permettront de mieux épauler nos enfants. Pouvons-nous suivre la formation sur le bétail ? »

Encourager l’éducation des femmes

On dit souvent que l’éducation est au cœur du progrès. Comment ces femmes pourraient-elle dire le contraire ?

De retour au centre, Jamila Niazi, du ministère des Affaires féminines, explique qu’elle partage cet avis. Ancienne directrice d’école, Mme Niazi a joué un rôle essentiel en contribuant à créer des possibilités pour les femmes à Helmand.

« Nous avons déployé de gros efforts pour encourager les chefs religieux et communautaires, ainsi que les médias, à promouvoir l’éducation des femmes et à demander aux hommes d’autoriser leur épouse et leurs filles à suivre des formations professionnelles », raconte-t-elle. « Résultat, aujourd’hui, 1 000 femmes viennent suivre une formation en couture ou en informatique au centre. Par ailleurs, nous apprécions que le CICR forme des agricultrices », conclut-elle. « L’éducation des femmes est source d’apprentissage pour toute la famille. »