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Kenya : la protection juridique des prisonniers au cœur des discussions avec des spécialistes de l'Islam

22-05-2014 Interview

Un atelier tenu fin 2013 à Mombasa (Kenya) a rassemblé 33 participants – pour la plupart des spécialistes de l'Islam d'Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique –, qui ont échangé des points de vue sur le statut, le traitement et la protection des prisonniers. Entretien avec Khoder El Tari, conseiller du CICR pour les affaires du monde islamique, qui coorganisait cette rencontre.

Pourquoi le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) organise-t-il ce type d'ateliers ?

 

Khoder El Tari
© ICRC

Établir un dialogue avec les chefs religieux afin de renforcer la compréhension mutuelle est une priorité du CICR. Ce type de rencontres est donc très important pour une institution comme le CICR, qui s'efforce d'atténuer les souffrances des personnes touchées par la guerre et la violence organisée. Par ailleurs, bon nombre des conflits actuels ont lieu dans le monde musulman.

En 2012, le CICR a visité plus de 540 000 détenus dans 97 pays et territoires à travers le monde. À cette période, plus de la moitié de ces prisonniers se trouvaient dans des pays musulmans. Il est donc essentiel que nous saisissions mieux la jurisprudence islamique et que les spécialistes de l'Islam comprennent mieux le droit international humanitaire (DIH) – l'ensemble des règles récemment établies et actuellement en vigueur qui visent à atténuer les effets des conflits armés pour des raisons humanitaires.

Quand le CICR a-t-il engagé le dialogue avec les milieux islamiques ?

Le CICR a commencé à établir des contacts avec des séminaires islamiques au Pakistan à la fin des années 1990. Depuis, et surtout dans les années 2000, le dialogue avec des spécialistes de l'Islam sur les points communs entre le DIH et les jurisprudences islamiques s'est étendu en Afrique du Nord et de l'Ouest, au Moyen-Orient, en Afrique de l’Est et dans certaines régions d'Asie du Sud et du Sud-Est. L’idée était de corriger les idées fausses qui régnaient des deux côtés et d'établir une définition commune de la préservation de la dignité humaine. Mais le plus souvent, les points abordés étaient des questions concrètes, comme l'amélioration de l'accès, de la protection et de l'assistance aux victimes des conflits armés.

Qu'avez-vous tiré de cet atelier ?

Nous avons examiné les points communs entre le DIH et la jurisprudence islamique applicable en matière de détention. Le sort des personnes privées de liberté est une préoccupation majeure pour nous, comme pour leur famille, leurs amis et leurs communautés. Les participants se sont penchés sur des principes humanitaires de l'Islam qui sont largement antérieurs au DIH. L'atelier a également abordé les principes communs à l'Islam et au DIH s’agissant des catégories de personnes protégées durant les conflits armés.

Existe-t-il réellement des points communs ?

Oui, beaucoup. La jurisprudence islamique et le DIH ont une base commune. Un exemple est le fait que les personnes ne participant pas ou plus aux combats devraient recevoir une protection. En droit international humanitaire tout comme en droit islamique, il existe différentes catégories de conflits armés et donc différentes incidences sur le plan juridique. Si le DIH et la jurisprudence islamique classifient différemment les situations, ils s'accordent en revanche clairement sur le principe général selon lequel les personnes privées de liberté devraient être traitées avec humanité. Nous sommes également d'accord sur le fait essentiel que le défi majeur à relever aujourd'hui est la promotion de l'adhésion à ce principe.

Quelle suite sera donnée à l'atelier ?

Nous avons énormément apprécié que l'événement soit coorganisé par l'Union des oulémas d'Afrique, le Conseil suprême des musulmans du Kenya et l'Université islamique d'Ouganda. L'origine de notre coopération avec cette dernière remonte à 2007. Nous espérons organiser des ateliers similaires en Afrique de l’Est et dans la région de la Corne de l’Afrique à l'avenir. Plusieurs des institutions participantes, notamment l'Université des Comores, se sont déjà déclarées disposées à accueillir les futurs ateliers. L'idée, à travers de telles initiatives, est de renforcer notre dialogue sur ces questions afin de mieux les comprendre.

Photo de groupe des participants de l'atelier de Mombasa – principalement des spécialistes de l'Islam – qui ont tenu des débats sur le statut, le traitement et la protection des prisonniers.