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Armes autonomes : quel contrôle humain ?

12-05-2014 Communiqué de presse 14/78

Genève (CICR) – Lors de la réunion d'experts qui se tient cette semaine à l'Organisation des Nations Unies à Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) exhortera les gouvernements à centrer leur débat concernant les armes autonomes sur la question du contrôle humain sur l’usage de la force.

La réunion d’une durée de quatre jours, organisée par les États parties à la Convention sur certaines armes classiques, devrait effectivement permettre aux États de commencer à explorer les questions fondamentales d’ordre juridique, éthique et sociétal que posent les systèmes d'armes autonomes. Lors de la séance d'ouverture qui aura lieu demain, Kathleen Lawand, chef de l'Unité armes du CICR, présentera les points saillants du nouveau rapport du CICR sur le sujet et exposera quelques questions clés auxquelles les États doivent s'atteler.

« Le développement de systèmes d'armes autonomes a des incidences importantes pour l'avenir de la guerre », déclare Mme Lawand. « La question centrale est celle de l'absence potentielle de tout contrôle humain sur les fonctions essentielles d'identification et d’attaque des cibles, notamment des cibles humaines. L'idée que des machines puissent avoir un pouvoir de vie ou de mort sur un champ de bataille, fonctionnant avec peu ou pas de contrôle humain, créé un sentiment de profond malaise. »

Le CICR préconise la mise au point de nouvelles armes dont les fonctions autonomes feraient l'objet d'un examen juridique approfondi afin de s'assurer qu'elles peuvent être utilisées conformément au droit international humanitaire, obligation que les États sont tenus de respecter avant d’employer toute nouvelle arme.

Le nouveau rapport, qui sera publié demain, reflète les discussions qui ont eu lieu au cours d'une réunion organisée par le CICR sur les armes autonomes en mars de cette année en présence d’experts civils et militaires du gouvernement et de la société civile. L’intérêt pour ces armes s’explique par la potentialité qu’elles ont d'accroître la capacité militaire tout en réduisant les risques pour les soldats qui les utilisent.

Des préoccupations majeures subsistent néanmoins : en effet, une arme entièrement autonome pourrait-elle exercer un jugement complexe, en fonction du contexte, comme le requièrent les dispositions du droit international humanitaire. Par exemple, en plein combat, une arme autonome serait-elle capable de faire une distinction entre un civil et un combattant ? Serait-elle capable d'annuler une attaque qui aurait des effets indirects disproportionnés sur des civils ? Tout cela représente un défi de programmation colossal qui pourrait bien se révéler impossible à réaliser », ajoute Mme Lawand.

Aujourd'hui déjà, les systèmes d'armes sont équipés de fonctions autonomes. Cependant, le rapport souligne qu’au fur et à mesure que les systèmes d'armes deviendront plus autonomes, ils risquent de devenir moins prévisibles, inspirant des doutes sur la manière de garantir leur fonctionnement dans le respect du droit.

Le débat sur les armes autonomes va bien au-delà des complexités juridiques et techniques, il soulève des questions fondamentales sur le rôle de l'être humain dans la prise de décisions meurtrières dans les conflits armés. Ces armes sont-elles acceptables au regard des principes d'humanité, et si oui dans quelles conditions : cela pourrait très bien être la question que nous devons nous poser.
 

Informations complémentaires :
Ewan Watson, CICR Genève, tél. : +41 22 730 33 45 ou +41 79 244 64 70

 

>> Voir aussi: Nouvelles technologies et droit international humanitaire


Photos

 

Un robot doté d'un système d'armement futuriste, lors d'une exposition à Tokyo.
© Reuters / K. Kyung Hoon