Au Myanmar, les mines font obstacle au retour des déplacés

08 mai 2017
Au Myanmar, les mines font obstacle au retour des déplacés
Su Myat Thandar explique les dangers des mines terrestres. CC BY-NC-ND / ICRC / C. Brassard-Boudreau

Ravagé par un conflit qui dure depuis des décennies, le Myanmar est aujourd’hui fortement contaminé par les mines terrestres et les munitions non explosées. De nombreuses personnes craignent la présence de restes d’armes à sous-munitions.

Depuis plus de deux ans, la Croix-Rouge du Myanmar et le CICR mènent des activités de sensibilisation auprès des personnes déplacées par le conflit dans l’État de Kachin, afin de réduire les effets de la contamination par les armes sur les communautés locales.

« Si vous voyez une mine, arrêtez-vous », explique Su Myat Thandar. « Ne la touchez pas. Signalez clairement sa présence, ou déposez un vêtement à proximité. Et faites demi-tour en empruntant le même chemin qu’à l’aller. »

À 26 ans, cette ancienne mathématicienne originaire du Kachin a récemment intégré la Croix-Rouge du Myanmar. Su Myat Thandar travaille aujourd’hui dans des camps qui accueillent des communautés déplacées par le conflit. Elle mène des activités de sensibilisation aux risques que représentent les mines terrestres et les munitions non explosées.

« Au Myanmar, les personnes qui n’ont aucune connaissance sur les dangers des mines sont nombreuses, alors que les blessures qu’elles causent peuvent bouleverser leur vie », indique-t-elle. « Certaines ont beaucoup de mal à l’accepter. »

Cela fait des années que le Kachin, situé dans le nord du Myanmar, est en proie au conflit armé. Peu après la reprise des hostilités en 2011, des milliers de personnes ont quitté leur village pour trouver refuge dans des camps. Aujourd’hui, elles sont plus de 100 000 à être toujours déplacées dans les États de Kachin et de Shan.

« Nous sommes préoccupés par les conséquences humanitaires que les mines terrestres, ainsi que les bombes non explosées et les obus n’ayant pas éclaté, peuvent avoir sur les communautés locales », indique Srdjan Jovanovic, expert de la contamination par les armes au CICR. « La contamination par les armes restreint les déplacements dans les zones rurales, limite l’accès aux pâturages et à l’eau, et réduit les possibilités de développement. »

Su Myat Thandar avertit les participants de la présence de mines terrestres dans l'État de Kachin. CC BY-NC-ND / ICRC / C. Brassard-Boudreau

Au camp Mali Yang à Myitkyina, dans l’État de Kachin, une centaine de personnes est réunie à l’ombre d’un toit de bambou et de tôle. Elles viennent d’écouter religieusement Su Myat Thandar, qui leur a montré des photos d’armes pouvant être présentes dans le Kachin. Pour ces personnes, les risques que représentent les mines terrestres sont énormes.

« C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les gens ont peur de retourner dans leur village », explique Sabrina Denuncq, cheffe de la délégation du CICR dans le Kachin.

Su Myat Thandar montre l’image d’une personne blessée. « Voici ce qui arrive lorsque l’on est touché par une mine », avertit-elle. « Donc, les enfants, si vous en voyez une, prévenez immédiatement vos parents. »

Différents outils sont utilisés pour avertir la population des risques que représentent les mines terrestres. CC BY-NC-ND / ICRC / C. Brassard-Boudreau

Depuis 2015, le CICR a formé près de 200 volontaires de la Croix-Rouge à la sensibilisation aux dangers des mines. Ces derniers ont à leur tour sensibilisé plus de 2 200 personnes dans les États de Kachin, Shan et Kayin, la division de Thanintharyi et celle de Bago.

« Le CICR aide les communautés à prévenir les risques liés aux mines terrestres et aux munitions non explosées », explique Jürg Montani, chef de la délégation du CICR au Myanmar. « Nous fournissons également une aide aux personnes touchées dans le cadre de nos services de réadaptation. »

Des services de prothèses sont également assurés depuis plus de dix ans au centre de réadaptation orthopédique de Hpa-an, administré par la Croix-Rouge du Myanmar. Actuellement, le réseau des centres de réadaptation physique soutenus par le CICR est en pleine expansion dans les États de Kachin et Shan, renforcé par des dispensaires mobiles de réparation de prothèses de la Croix-Rouge du Myanmar.

« Ces services fournissent des prothèses et des orthèses à des personnes qui ont perdu des membres. Ils leur permettent de retrouver leur mobilité, leur autonomie et leur dignité et de surmonter certains obstacles que rencontrent les personnes handicapées », indique Jürg Montani. « Le CICR vise à apporter des solutions durables en vue de contribuer à la stabilisation du Myanmar. Nous nouerons également un dialogue avec les parties au conflit, afin qu’elles prennent conscience des conséquences humanitaires qu’un tel danger entraîne pour les civils. »

À l’issue de la séance, Su Myat Thandar se félicite de ce que le groupe comprend mieux les risques posés par les mines terrestres. « Les médias parlent souvent de gens qui ont marché sur des mines », déplore-t-elle. « J’espère que notre action aura un véritable impact. En tout cas, les participants ont désormais moins peur de rentrer chez eux. »

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