La science médico-légale et l’action humanitaire

01 janvier 2017
La science médico-légale et l’action humanitaire
Haïti. Suite au séisme de 2010, des spécialistes en médecine légale du CICR et des membres du personnel de la morgue transfèrent les corps de quatre détenus de la prison de Port-au-Prince prison à la morgue de l'hôpital. © CICR / M. Kocic

Quand les gens meurent au cours de guerres, de catastrophes ou lorsqu'ils migrent, leurs dépouilles doivent être prises en charge avec respect et dignité ; et les restes des personnes non encore identifiées doivent être recherchés, retrouvés et identifiés. Le travail humanitaire inclut aujourd'hui ces tâches pour lesquelles la science médico-légale offre des outils et une expertise inégalables.

Il peut être difficile de procéder à la localisation et à l'analyse des restes humains, surtout si les corps sont enterrés dans des sépultures secrètes ; lorsqu'il y a une centaine de restes humains voire un nombre plus important, leur analyse et leur identification sont encore plus difficiles à réaliser. Le CICR fournit des conseils, un soutien et une formation aux autorités locales et aux praticiens de médecine légale en matière de recherche, de récupération, d'analyse, d'identification et de prise en charge de nombres très importants de restes humains dans des états de conservation divers. Même là où les installations médicolégales sont très développées, ce travail dépasse souvent les capacités des autorités locales et des praticiens de médecine légale. Le CICR s'attache à mettre en place des capacités de médecine légale locales et durables, car ces projets, qui peuvent s'étendre sur des décennies, ne disposeront peut-être pas toujours d'aide extérieure. Le CICR encourage aussi l'utilisation des meilleures pratiques scientifiques et l'organisation de la formation requise.

Les services de médecine légale du CICR sont adaptés aux besoins, et font partie d'une approche intégrée de l'action humanitaire, qui recouvre notamment les activités de protection, l'orientation juridique, le soutien psychosocial, les services de santé, l'assistance économique, l'accès à l'eau et à un logement convenable, et la réduction de l'impact humanitaire de la contamination par les armes.

Conflit armé

En vertu du droit international humanitaire, les restes des personnes décédées lors de conflits armés doivent être prises en charge avec dignité et être correctement gérés. Toutefois, lors de situations de conflit, il est souvent impossible de retrouver rapidement ou de gérer correctement les restes de ceux qui ont péri, qu'ils soient civils ou soldats. Dans bon nombre de cas, les personnes séparées de leurs familles ou soumises à la disparition forcée meurent avant de pouvoir être réunies avec leurs proches, et on ne sait pas où se trouvent leurs restes. La demande d'expertise médico-légale ne cesse de croître, y compris celle du CICR, parmi les autorités nationales et les praticiens locaux qui en ont besoin pour s'acquitter de leurs obligations au titre du droit humanitaire concernant la gestion des dépouilles et la fourniture d'informations aux familles endeuillées.

Dans le Caucase, le CICR aide les familles des personnes disparues à répondre à leurs besoins juridiques, économiques et psychosociaux. Dans le même temps, le CICR travaille avec les autorités pour renforcer les capacités médico-légales nécessaires et développer des mécanismes permettant d'améliorer la communication, la coopération et la coordination entre les acteurs mandatés pour élucider le sort des personnes portées disparues.

Catastrophes

Après une catastrophe, naturelle ou d'origine humaine, il importe que les restes des personnes décédées soient collectés en temps opportun, bien gérés et, dans l'idéal, identifiés. C'est capital. En cas d'effondrement des infrastructures locales, cela peut être particulièrement difficile. À cette fin, le CICR apporte un soutien matériel, des conseils et une formation, aux autorités locales et aux premiers intervenants. La formation et les conseils fournis par le CICR permettent aux premiers intervenants de recueillir et d'enregistrer des informations qui accroîtront la probabilité d'identifier les morts. Le fait de savoir que les restes de leurs proches ont été correctement traités, avec la dignité qui leur est dû, peut également être une source de réconfort pour les familles.

Au Népal, le CICR travaille avec des secouristes, la Croix-Rouge du Népal et les autorités nationales pour améliorer la réponse aux catastrophes et développer des capacités durables, notamment pour la gestion des restes humains.

Migration

Les restes non identifiés sur les routes migratoires peuvent s'accumuler au point de submerger les installations médico-légales locales, ce qui a pour autre conséquence d'empêcher les familles des victimes de connaître le sort de leurs proches, et donc de récupérer leurs restes et de faire le deuil. Le CICR travaille avec les autorités locales et les praticiens de médecine légale à l'élaboration de procédures et de protocoles normalisés, et à l'amélioration de la communication et des stratégies de coopération, pour faire face à ce problème.

Au Mexique, le CICR et la Croix-Rouge mexicaine contribuent à apporter protection et assistance – notamment des services médicaux de base, un accès à l'eau et à l'assainissement, des services pour la réunification des familles, – aux migrants originaires du Mexique ou traversant le pays. Le CICR coopère aussi avec les services médicolégaux nationaux pour élaborer des procédures internes et des protocoles pour améliorer la gestion et l'identification des restes humains.

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