Myanmar : reprendre une vie normale !

05 septembre 2017
Myanmar : reprendre une vie normale !

Maji Kying Nang fait partie des milliers de personnes qui ont été déplacées en raison des combats dans l’État de Kachin. Elle a néanmoins réussi à subvenir aux besoins de ses quatre enfants grâce à l’atelier de couture qu’elle a créé avec la subvention reçue du CICR.

Dans l’État de Kachin et dans le nord de l’État de Shan, quelque 100 000 personnes déplacées vivent toujours dans des camps à cause des affrontements. En 2015, le CICR a mis en place un programme de subventions destiné aux plus vulnérables afin de développer et stimuler la croissance économique de la région. À Myitkyina, capitale de l’État de Kachin, Maji Kying Nang, l’une des bénéficiaires de cette aide, a monté un petit atelier de couture.     

Tout comme des milliers d’autres personnes, cette mère de quatre enfants a été déplacée lorsque les violences ont repris dans le nord du Myanmar en juin 2011. Après avoir quitté son village de Nam San Yang, situé à trois heures de voiture de Myitkyina, Maji est arrivée dans la capitale de l’État avec ses enfants. Après un bref séjour chez un proche, elle a trouvé refuge dans le camp de Le Kone Bethlehem où 200 autres personnes, bien que déplacées, tentent, tout comme elle, de reprendre une vie normale.      

Cette veuve de 52 ans actionne la pédale de sa machine à coudre et se concentre sur la bordure d’un gawun qu’elle est en train de coudre. Cette longue chemise traditionnelle portée par les femmes de l’État de Kachin rejoindra bientôt les autres chemises aux couleurs vives, jaunes, rouges et bleues qu’elle empile dans l’espace exigu de son unique pièce. 

À la recherche de moyens de subsistance

« Le manque de revenus est l’un de nos problèmes majeurs. De plus, nous sommes des fermiers mais nous ne pouvons pas cultiver nos terres car elles sont trop éloignées, sans parler du danger que représentent les mines antipersonnel. Certains hommes quittent le camp et travaillent comme journaliers. Moi je suis veuve, je ne peux compter que sur ma petite entreprise », dit Maji. Avant le conflit, la vie de Maji n’était en rien facile. Après la mort de son mari, elle a dû trouver le moyen de survivre et de nourrir ses enfants. C’est ainsi qu’elle a créé dans son village son premier atelier de couture.

Une fois arrivée au camp, Maji a décidé de continuer son activité de couturière pour gagner sa vie. « En 2015, j’ai reçu 250 000 kyats (environ 200 dollars américain) du CICR, ce qui m’a permis d’acheter une nouvelle machine à coudre », dit-elle. Aujourd’hui, elle travaille dans un petit abri en bambou recouvert d’un toit de tôle, où elle confectionne des vêtements pour femmes et enfants. Grâce au succès de son entreprise, elle a pu subvenir à l’éducation de ses enfants.

« Nous choisissons les personnes les plus vulnérables dans les camps, comme Maji, et nous leur apportons une aide financière afin qu’elles puissent créer une activité pouvant générer des revenus », explique Eteri Lotishvilin, responsable du programme de subventions du CICR dans l’État de Kachin. Entre janvier et juillet 2017, plus de 481 personnes déplacées de Chipwi, Hpakant et Mai Ja Yang ont bénéficié de ce programme et ont pu démarrer ou reprendre une activité commerciale, principalement l’élevage de cochons, la vente de produits d’épicerie ou la fabrication de produits artisanaux. Par ces programmes, le CICR espère à la fois garantir un avenir plus sûr aux personnes touchées par le conflit et contribuer à la relance de l’économie locale.    

De la lutte pour la survie à l’étude de Kant

Avec fierté, Maji explique que ses trois enfants ont étudié à l’université de Myitkyina. L’aîné a fait des études de psychologie, le deuxième a suivi une formation en relations internationales et le troisième fils suit actuellement un cursus de philosophie. Son quatrième enfant, une fille, poursuit ses études secondaires. Maji précise que l’éducation a offert de bien meilleures perspectives à toute la famille.

Je suis soulagée car deux de mes enfants ont aujourd’hui un travail.

Son fils aîné a quitté le camp et vit en ville. Même si elle est heureuse d’avoir permis à ses enfants d’avoir un avenir meilleur, Maji espère un jour retourner avec ses enfants dans la maison familiale et retrouver leurs rizières.

Maji est heureuse d'avoir pu subvenir aux besoins de ses enfants. CC BY-NC-ND / CICR / C. Dupoizat

Pendant ce temps, alors que Maji apporte toute son attention à la finition du gawun qu'elle confectionne, son troisième fils approfondit ses connaissances de philosophie dans le cadre de sa formation universitaire. « Kant est mon philosophe favori », dit-il, absorbé par ses lectures dans l'atelier qui lui tient lieu de salle d'étude.