Niger : nouvel afflux de déplacés fuyant la violence dans le nord-est du Nigéria

02 octobre 2014
Niger : nouvel afflux de déplacés fuyant la violence dans le nord-est du Nigéria
Commune de Diffa, Niger. Des collaborateurs du CICR et des volontaires de la Croix-Rouge nigérienne expliquent le déroulement de la distribution aux bénéficiaires. / CC BY-NC-ND / ICRC / A. Oumarou

Le conflit qui sévit dans le nord-est du Nigéria continue d’affecter la région de Diffa, à l’extrémité est du Niger. Ces dernières semaines, des milliers de personnes fuyant les récents affrontements opposant l’armée nigériane à des groupes armés, ont afflué à Diffa, en quête de sécurité.

« Il s’agit du mouvement de population le plus important enregistré ces derniers mois », dit Loukas Petridis, chef de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Niger. Ces populations, composées essentiellement de femmes et d’enfants, ont fui les localités de Bama, Baga, Doron Baga et Kaya Koura où des combats ont récemment opposé l’armée nigériane à des groupes armés. « Ces populations sont complétement démunies et dépendent entièrement de la solidarité des communautés qui les accueillent et de l’aide des organisations humanitaires », explique M. Petridis.

Secours d’urgence aux déplacés et aux résidents

Les déplacés vivent à Diffa dans des conditions très précaires. « Tous leurs biens ont été pillés ou brûlés avec leurs maisons lors des combats », indique Marc Fumeaux, expert en sécurité économique du CICR.

À Diffa, certains ont dû s’installer dans des abris de fortune (en toile ou en paille), à la lisière de la ville. Les plus chanceux ont été reçus dans des familles d’accueil qui ont du mal à assurer leur propre subsistance. « Ils ont un besoin urgent de vivres et d’articles de première nécessité », précise Marc Fumeaux, qui s’inquiète aussi de la situation des populations résidentes qui accueillent des déplacés.

 

Commune de Diffa, Niger.
Des collaborateurs du CICR et des volontaires de la Croix-Rouge nigérienne expliquent le déroulement de la distribution aux bénéficiaires.
/ CC BY-NC-ND / ICRC / A. Oumarou

 

Afin de répondre aux besoins humanitaires urgents des déplacés et soulager des familles résidentes vulnérables, le CICR et la Croix-Rouge nigérienne viennent d’acheminer des vivres à plus de 2 000 personnes (274 ménages de déplacés et 65 ménages résidents vulnérables) à Diffa. De plus, 203 ménages ont reçu des assortiments d’articles de première nécessité (couvertures, bâches, moustiquaires, nattes, vêtements et ustensiles de cuisine).

Assistance aux déplacés dans les îles du lac Tchad

De nombreux déplacés ont également trouvé refuge dans les îles du lac Tchad. Ces îles, qui accueillaient normalement  des populations de pêcheurs saisonniers et de commerçants, ont vu leur population décuplée par l’arrivée massive de déplacés fuyant les combats. « Les populations déplacées et les résidents y ont un accès extrêmement limité à de l’eau potable, à des infrastructures sanitaires ou à des soins de santé. Avec la montée des eaux, l’accès à ces îles isolées reste un véritable défi logistique, et l’insécurité empêche de nombreuses organisations humanitaires d’y accéder », explique Yssouf Koné, chef de la sous-délégation du CICR à Diffa.

Depuis le mois de mai, le CICR et la Croix-Rouge nigérienne ont pu acheminer des vivres à quelque 3 516 personnes dans  les îles de Koita Mota, Gadira, Karamga et Toumboun Boka. « Une de nos équipes est actuellement sur le terrain et procède à de nouvelles évaluations », précise M. Koné.

Accès à l’eau et aux services de santé

Dans la localité de N’gouba à 80 km de Diffa, le CICR vient d’achever la réhabilitation d’un forage de grande capacité qui permettra d'approvisionner en eau quelque 12 000 personnes dans les communes de Bosso, Toumour et Ngouba. « L’accès à l’eau est une question vitale dans cette région. Sans accès à de l’eau potable, les populations n’ont d’autre choix que de boire l’eau des mares, ce qui comporte des risques graves pour la santé », indique Tiémoko Ouattara, spécialiste en eau du CICR. Depuis le début de la crise en mai 2013, le CICR a réalisé 13 nouveaux forages équipés de pompes manuelles, construit un nouveau puits cimenté et réhabilité neuf autres puits cimentés pour faciliter l’accès à l’eau pour les déplacés et les résidents des départements de Diffa, Bosso et Mainé Soroa. De plus, une petite adduction d'eau potable équipée de deux bornes fontaines et d'un abreuvoir pour les animaux a été réhabilitée à Boulangou Yakou, à 12 km de Diffa.

 

Commune de Diffa, Niger.
Une famille de déplacés reçoit des vivres et des articles de ménage essentiels.
/ CC BY-NC-ND / ICRC / A. Oumarou

Au centre hospitalier régional de Diffa, le CICR a procédé à quatre donations de médicaments et de matériel médical. À Bosso, où se concentrent de nombreux déplacés, un partenariat a été mis en place avec le centre de santé intégré local. Une première donation de médicaments et de matériel médical permet au centre de mieux prendre en charge les malades et les blessés parmi les populations déplacées et résidentes.

 

Commune de Diffa, Niger.
Une famille de déplacés reçoit des vivres et des articles de ménage essentiels.
/ CC BY-NC-ND / ICRC / A. Oumarou

Le CICR est très préoccupé par l’afflux de déplacés dans la région de Diffa. « Les risques d’une détérioration de la sécurité dans le nord-est du Nigéria sont préoccupants, ils pourraient avoir pour conséquence un plus grand afflux de personnes, notamment vers le Niger. En coopération avec les autres composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge, nous nous préparons à faire face à une situation humanitaire encore plus difficile dans la région de Diffa », explique Loukas Petridis, chef de la délégation du CICR au Niger.

Informations complémentaires :
Oumarou Daddy Rabiou, CICR Niamey, tél. : +227 96 66 99 12
Jean-Yves Clémenzo, CICR Genève tél. : +41 22 730 22 71 ou +41 79 244 32 17