À Tillabéri, les agropasteurs à l’épreuve du conflit et du changement climatique. CICR

Niger : à Tillabéri, les agropasteurs à l’épreuve du conflit et du changement climatique

Au Niger, plus d’un million d’agropasteurs sont victimes de l'impact direct des changements climatiques et de la violence. À Tillabéri, au sud-ouest du Niger, où les gens vivent principalement de l'agriculture et de l'élevage, les populations ne sont pas épargnées. Les éleveurs sont pris en étau entre les effets du changement climatique, qui assèchent les pâturages et les conflits qui les empêchent de se déplacer.
Article 03 août 2021 Niger

Dans cette contrée sahélienne, lorsque la saison s'annonce difficile, les éleveurs ont coutume de parcourir de plus longues distances avec leurs troupeaux à la recherche du pâturage.

Aujourd'hui, en raison de l'insécurité les transhumances sont devenues de plus en plus dangereuses. Le bétail et les moyens de subsistances sont en risque. Les éleveurs craignent les attaques et les vols de bétail encore fréquents dans la région. Ils sont confinés dans des endroits plus sécurisés mais souvent peu fertiles.

Au Niger, plus d'un million d'agropasteurs sont victimes de l'impact direct des changements climatiques et de la violence. CICR

De l'aliment pour bétail pour survivre

La région de Tillabéri est l'une des régions les plus durement touchées par l'insécurité alimentaire au Sahel, conséquence des mauvaises récoltes souvent liées à de médiocres campagnes agricoles. Une partie importante du bétail souffre du manque de pâturage, alors que, le déficit pluviométrique en 2019 et 2020, a porté un nouveau coup aux moyens de subsistance des éleveurs. L'afflux de personnes déplacées fuyant le conflit ne fait qu'aggraver la situation dans cette partie du pays où les communautés vivent principalement de l'élevage. Ces nouveaux déplacements ont contribué à une augmentation du nombre global des déplacés passant de 540 000 personnes à plus de 584 000 personnes, soit une augmentation de plus de 8% par rapport au mois de Janvier 2021.

« Le manque d'herbe et les longues marches à la recherche de fourrage ont amaigri les animaux. Les éleveurs sont donc contraints de vendre leurs animaux à des prix dérisoires. », affirme Alioune Soumano, chargé des programmes vétérinaires du CICR pour le Niger.

De nombreuses familles ne peuvent plus se nourrir convenablement faute de provisions suffisantes. Leur pouvoir d'achat étant trop faible, les plus démunis ne peuvent plus s'approvisionner sur le marché. A Tillabéri, diverses actions ont été entreprises ces dernières semaines en vue de compléter l'alimentation des animaux et aider environ 2 400 familles à faire face à cette situation alarmante.

À cet effet, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge nigérienne (CRN) viennent de mettre en place 11 banques d'aliments pour le bétail (BAB). Ces banques d'aliments permettent de pallier le manque de pâturage en mettant à la disposition des éleveurs vulnérables de l'aliment bétail à un prix modéré par rapport au prix sur le marché local. Environ 390 tonnes d'aliments pour le bétail ont été prépositionnées au niveau de ces BAB. À ce jour, 1 950 familles ont acheté plus de 195 tonnes de ces aliments bétail.

Dans ce contexte, ces banques d'aliments bétail sont une réponse pertinente pour ces populations dont le cheptel reste le principal moyen d'existence qui assure la survie de leur famille.

Dans cette même région de l'ouest du Niger, le CICR a soutenu une campagne de vaccination et de traitement du bétail visant un million d'animaux contre des maladies épidémiques et des parasites internes et externes.

Les banques d'aliments pour le bétail permettent de pallier le manque de pâturage en mettant à la disposition des éleveurs vulnérables de l'aliment bétail à un prix modéré. CICR

Garantir la sécurité économique

« Dans la région de Tillabéri, les communautés ne demandent qu'à retrouver leur autosuffisance. En plus de l'assistance alimentaire souvent vitale, des programmes sur le plus long terme doivent être mis en place et servir de modèles, comme des projets "argent contre travail". », poursuit M. Soumano.

Ainsi, le CICR et la Croix-Rouge nigérienne ont lancé des programmes qui permettent aux communautés de réhabiliter des sols dégradés, d'élaguer des arbres envahissants, de construire des seuils d'épandage (facilitant l'infiltration de l'eau de pluie pour faire pousser de l'herbe) ou d'approfondir des mares naturelles, en recevant en contrepartie de l'argent pour subvenir à leurs besoins.

Dans la région de Tillabéri, où nous concentrons nos efforts, les populations ne s'étaient pas encore remises de la crise quand elles ont dû accueillir, en l'espace de quelques semaines, plusieurs dizaines de milliers d'agropasteurs fuyant les violences armées. Au regard de l'ampleur de leurs besoins, elles sont aujourd'hui tributaires de l'aide alimentaire d'urgence. Elles ont aussi besoin d'appui financier, de fourrage pour leur bétail et de soutien pour se préparer à la saison agro-pastorale qui s'installe progressivement.