Distribution de cash à Kamako  CC BY-NC-ND / CICR / Jonathan Busasi

République démocratique du Congo : de l’aide en espèces pour les Congolais expulsés d’Angola

Plus de 7 000 familles, expulsées d’Angola et de retour en République démocratique du Congo (RDC), ont reçu une assistance financière dans la ville frontière de Kamako, dans la province du Kasaï. Ce soutien leur permet de trouver un moyen de transport pour rejoindre leurs proches ou d’améliorer leurs conditions de vie.
Article 17 décembre 2018 République démocratique du Congo

François doit retrouver sa famille à Kananga, la capitale de la province du Kasaï-Central : « J'ai deux enfants malades et je n'ai aucun médicament à leur donner. »

Pour y arriver, il doit parcourir plus de 500 kilomètres à moto pendant trois jours. Dans cette zone où les routes sont très dégradées, les véhicules se font rares. Ce trajet va lui coûter plus de 100 dollars américains.

L'idéal pour la plupart des familles, c'est de quitter Kamako où elles sont arrivées dépourvues de moyens de subsistance. Mais sans argent, c'est difficile de partir. « On aurait pu faire une intervention à court terme avec une donation de petites quantités de vivres », explique Bruno Mesureur, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Mais comme l'objectif pour la majorité c'est de partir, cela ne sert à rien de les charger. Avec l'argent, ils ont le choix. Soit ils achètent ce dont ils ont besoin, soit ils continuent leur voyage. »

 Après avoir reçu l'assistance en espèces, plusieurs expulsés ont poursuivi leur voyage pour rejoindre leurs proches. CC BY-NC-ND / Jonathan Busasi / CICR

Jina, elle, n'a pas le choix. Elle doit rester à Kamako. Avec quatre enfants et une grossesse presqu'à terme, difficile de se déplacer. « Je marche à peine. Je peux mettre au monde du jour au lendemain », dit-elle. « Je n'ai même pas la force de faire un petit commerce. » Même si elle pouvait se déplacer aisément, Jina ne saurait où aller. N'ayant aucun membre de sa famille dans la zone, elle n'a pas bénéficié du service d'appels téléphoniques gratuits mis en place par le CICR et la Croix-Rouge de la RDC dans la ville de Kamako.

 Je ne sais pas qui appeler. J'ai quitté mon pays pour l'Angola, toute petite.

Jina craint de dépenser tout ce qu'elle a reçu : « Manger, acheter du savon... j'ai l'impression que cet argent finira dans moins d'un mois, surtout qu'à Kamako, la vie est très chère. »

Jina, expulsée d'Angola avec ses 4 enfants. Avec une grossesse presque à terme, elle est parmi les personnes les plus vulnérables. CC BY-NC-ND  / Jonathan Busasi / CICR

Une distribution sous contraintes

Comme partout où le CICR organise ses interventions en argent liquide, la sécurité demeure le défi principal. En 2017, Kamako avait été particulièrement touchée par les violences qui avaient secoué la région du Kasaï. À ce jour, les tensions intercommunautaires sont encore perceptibles. Et avec la masse des personnes expulsées, la situation est encore plus complexe.

« Nous avons tenté de faire cette distribution sur un site délocalisé. Mais on s'est vite rétractés à cause des tensions qui apparaissaient. On a estimé que le risque était trop grand », explique Bruno Mesureur. « Nous n'avions pas les garanties de sécurité suffisantes pour les équipes et les bénéficiaires. » Le CICR a dû recourir à une agence de transfert de fonds pour mener à bien cette opération.

Pendant la distribution, tout se passait selon les listes d'enregistrement préétablies plusieurs semaines avant. CC BY-NC-ND / Jonathan Busasi / CICR

Par ailleurs, même si le rythme des expulsions s'est ralenti, de nouveaux arrivants continuent d'affluer vers Kamako. « A l'heure actuelle, les listes d'enregistrement pour le programme d'assistance sont bouclées », indique Bruno Mesureur. « Notre but a été de répondre à l'urgence humanitaire au plus fort de la crise. »

 

Cette distribution rapide d'argent a offert un répit à une partie des expulsés, le temps que les autorités congolaises et d'autres agences humanitaires s'organisent. Depuis le début d'octobre, plus de 400 000 ressortissants congolais ont été expulsés d'Angola. Près de 70 pour cent ont transité par la ville frontière de Kamako (RDC) pour regagner leur foyer dans la province du Kasaï, théâtre ces dernières années de graves troubles.

Entre 2016 et 2017, les affrontements entre une milice locale et les forces nationales de sécurité, doublées de violences interethniques, ont fait des milliers de morts et forcé plus de centaines de milliers de personnes à fuir.